‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 542 sur 643 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

le serment solennel de renoncer à leur allégeance si Jean repoussait leurs réclamations, et de lui faire la guerre jusqu'à ce qu'il les accordât. A Noël il était à Worcester ; mais, soit qu'il eût reçu avis de leur dessein, soit qu'il fut alarmé de la solitude de sa cour, il partit subitement, alla à Londres^ et s'enferma dans le Temple. Les confédérés le suivirent en grand nombre , et, à la fête de l'Épiphanie, ils présentèrent leurs demandes [6 janv. 4215]. Le roi prit d'abord un air de supériorité, et insista non-seulement pour qu'ils se désistassent de ces prétentions, mais pour qu'ils lui donnassent l'assurance écrite de leurs mains et scellée de leurs sceaux qu'ils ne les reproduiraient jamais. L'évôque de Winchester, le comte de Chester et lord William Brewer y consentirent ; les autres s'y refusèrent obstinément. Il eut alors recours à un délai, et offrit, sous la garantie de l'archevêque de Canterbury, de lévèque d'Ely et du comte de Pcmbroke , de leur donner une réponse satisfaisante à Pâques suivant. Après bien de l'hésitation, cette proposition fut acceptée *.

Le roi employa cet intervalle à tâcher de se fortifier contre cette ligue formidable [15 janvier]. Il mit des garnisons dans ses châteaux , fit venir de Flandre et de Poitou les chevaliers étrangers qui étaient entrés à son service , et chercha en Angleterre à se ménager la bienveillance du clergé. Les membres de ce corps ne pouvaient raisonnablement se plaindre de la manière dont il avait, conformément à la sentence du pape, indemnisé les victimes de l'interdit; mais sa persistance à intervenir dans l'élection des prélats était encore considérée par eux comme une intolérable violation de leurs droits. Dans la première partie de son règne, il était rare qu'il voulût consentir à la nomination d'un évôquc ou abbé ; et quand la permission lui était enfin arrachée, il sommait en général les électeurs de comparaître devant lui ou devant ses commissaires, non pour donner leur opinion sur le choix à faire, mais pour se conformer à l'ordre royal et voter en faveur du royal nom ina ta ire s. Durant les six années d'interdit, beaucoup d'évèchés et d'abbayes étaient devenus vacants ; et, après sa réconciliation avec le pontife , il ordonna aux chapitres de procéder à de nouvelles élections, mais en sa présence, n'importe où il fût, soit en Angleterre, soit sur le continent* [4 3 juillet 4243]. L'ar-

1. Comparez Paris (212, 213) avec la lettre dans Rymer (i, 184 , 185). Elle est placée par méprise parmi les actes de l'année 1214; mais, évidemment, elle appartient aux transactions de 1215.

2. » Ad audiendanrvoluntatem nostram de pastore vobis eligendo* [Roi. Pat. 48). « Scituri quod hoc de illo et de nullo alio volumus >• ( ib. 61 j.

3. u Nos sequantur in transmarinas partes, si forte in Anglia nos non invenerint. » Rot. Chus. &Or/ passim.

chcvèque fit des représentations : il s'eusuivit une négociation; et en résultat il fut convenu que les électeurs seraient libres de leur choix, et qu'en l'absence du roi son assentiment serait donné par commission 1 [M janvier 4 214]. Quoiqu'il se présente après ceci quelques exemples d élections libres1, en général le monarque signifia son bon plaisir sous la forme modeste de requête, mais de requête destinée à opérer comme ordre 5, et méprisa les murmures des lésés tant que d'autre part il fut exempt d'alarme. Mais lorsqu'il vit les barons laïques ligués contre lui , il jugea prudent de s'assurer de l'appui du clergé ; et, dans cette vue, il lui octroya spontanément une charte de libre élection qui stipulait que la garde de toute cathédrale, église collégiale ou conventuelle qui deviendrait vacante appartiendrait, comme de coutume, à la couronne ; que toutes les fois que la licence royale serait demandée pour élire un nouveau prélat, elle serait immédiatement accordée, et qu'en cas de refus il n'en serait pas moins légal de procéder à l'élection ; qu'on n'userait d'aucune influence pour empêcher les électeurs de choisir qur bon leur semblerait, et que, lorsque le prélat élu serait présenté au roi, celui-ci ne refuserait pas son approbation sans donner des raisons légitimes de ce refus [1 5 janv. 121 5 ]. Ayant ainsi, à ce qu'il espérait, adouci le clergé, il ordonna aux sheriffs d'assembler les hommes libres des différents comtés, et de leur déférer le serment d'allégeance [2 févr.] ; et afin d'obtenir pour lui-même la sécurité que l'Église accordait aux croisés, il prit la croix, et s'engagea par un vœu à faire la guerre aux infidèles *.

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