CHAPITRE QUATORZIÈME
et un lieu pour la conférence. Runnymead, situé entre Staines et Windsor, fut le théâtre de cetle importante négociation. D'un côté se tenaient debout Fitz-Waltcrct la majeure partie des barons et de la noblesse d'Angleterre; de l'autre élait assis le roi, entouré de huit évèques, de Pandolfe, l'envoyé du pape, et de quinze gentilshommes [15 juin]. Ces derniers étaient ses conseillers intimes; mais les sentiments hostiles de plusieurs d'entre eux étaient également connus de lui et de ses adversaires. L'acte qui contenait les demandes des confédérés lui fut présenté accompagné de certaines garanties que la connaissance de sa perfidie habituelle avait suggérées. La requête portait qu'il licencierait et renverrait hors du royaume tous les officiers étrangers avec leurs familles et leurs compagnons ; que pendant deux mois encore les barons resteraient en possession de la cité, et l'archevêque de la Tour de Londres; qu'un comité de vingt-cinq barons serait nommé avec plein pouvoir de prononcer sur toutes les réclamations, conformément â la charte des libertés; que les hommes libres de chaque comté auraient la faculté, et, en cas de mauvais vouloir, recevraient l'ordre du roi de jurer obéissance au comité des barons , et même de prendre les armes à leur commandement; que si le roi violait ces conditions, on garderait la cité et la Tour de Londres, et on pourrait lui faire légalement la guerre, et qu'il donnerait une promesse écrite , et les promesses écrites des évôques et de Pandolfe , de ne jamais obtenir du pape aucun instrument préjudiciable à ces concessions, et de ne pas faire usage d'un tel instrument s'il l'obtenait. Quant à cette dernière demande , les barons furent amenés à y renoncer. Ils se contentèrent de la promesse du roi : les autres articles, sauf quelques modifications, furent réunis en forme de charte, et souscrits par Jean. Alors, comme ils l'avaient précédemment « défié, » c'est-à-dire, qu'ils avaient publiquement abjuré leur serment de fidélité, ils renouvelèrent leur hommage et allégeance ; et lui , de son côté , les reprit pour ses hommes-liges , et leur octroya leurs biens et honneurs précédents 1 [19 juin].
Cette charte est célèbre dans l'histoire , comme la base sur laquelle on suppose que sont fondées les libertés anglaises. Elle ne doit pourtant pas être considérée comme formant un nouveau code de lois , ni même comme une tentative pour poser les grands principes de la législation. L'intention de ses auteurs n'était ni de bouleverser ni d'améliorer la jurisprudence nationale : leur seul objet était de corriger les abus qui étaient nés des coutumes féodales sous le despotisme de Guillaume I*r et de ses successeurs; et les