‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 552 sur 643 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

étaient exceptés les prisonniers, les proscrits et les marchands des États ennemis *.

JO. Les forêts royales étaient la propriété particulière de la couronne. Elles étaient régies par leurs propres lois, émanées de la seule volonté du prince , et formaient ainsi autant de gouvernements locaux et séparés au cœur même du royaume. La partie de leur code qui avait pour objet la conservation des bêtes fauves était écrite en caractères de sang. Tuer la « venaison du roi , » comme on l'appelait, assujettissait le délinquant à la perte de sa vie ou de ses membres. D'autres lois , destinées ostensiblement à la conservation des forêts , mais ayant pour but réel le profit du roi et de ses officiers, créaient une multitude de délits, source continuelle d'oppression et de tracasseries pour ceux qui vivaient sur les limites ou possédaient des propriétés dans l'enceinte de ces enclos. La charte se proposait de remédier à quelques-uns des abus dont il a été fait mention. Elle rouvrait toutes les forêts qui avaient été créées depuis le commencement du règne, et établissait douze chevaliers à choisir dans la cour de chaque comté, leur donnait pouvoir de s'enquérir, sous serment, de toutes les mauvaises coutumes des forestiers etgarenniers , et les autorisait à abolir ces coutumes dans le délai de quarante jours , pourvu que préalablement avis en fût donné au roi ou à son justicier ».

M. Si la charte s'était arrêtée là , le soulagement qu'elle était destinée à apporter se serait , en grande partie , borné aux tenanciers immédiats de la couronne. Le grand corps des hommes libres se composait des sous-vassaux de ces tenanciers, qui avaient souffert de la tyrannie de leurs seigneurs les mêmes oppressions que les seigneurs avaient souffertes de la tyrannie du souverain. Ayant pris part à l'entreprise, ils pouvaient justement s'attendre à en partager les avantages ; et une clause fut insérée en leur faveur, portant que « toutes les libertés et coutumes que le roi avait octroyées à ses tenanciers, en ce qui le concernait, seraient confirmées par le clergé et les laïques à leurs tenanciers , en ce qui les concernait. » Il n'était pas fait mention des vilains et des esclaves , la classe la plus nombreuse du royaume. Ils n'avaient, comme de raison , aucun droit de participer aux privilèges des hommes libres3.

42. A ces articles on en ajouta d'autres d'une nature temporaire. Le roi promit de rendre les otages et les chartes qu'il avait obtenus

2. C. 47, 48. Ils avaient aussi le pouvoir de s'enquérir de la conduite des sheriffs et autres officiers inférieurs de la couronne.

des barons; de faire pleine restitution à tout homme, Anglais ou Gallois, qui pourrait prouver avoir été dépossédé de ses terres, châteaux, libertés ou droits, sans le jugement légal de ses pairs ; de faire remise des amendes et amerciaments imposés injustement et contre la loi ; de renvoyer à Llcwellyn, prince de Galles , son fils et ses otages; et d'agir envers Alexandre, roi d'Écosse, relativement à la reddition de ses sœurs et de ses plages , à la restauration de ses libertés et de ses droits, de la manière qu'il agirait envers les autres barons d'Angleterre , à moins qu'il n'en dût être autrement d'après les chartes qu'il avait reçues de Guillaume, père et prédécesseur d'Alexandre, et de se guider, en ces points, sur la décision des pairs du prince écossais dans la cour du roi *.

Telles furent les principales dispositions de la Grande-Charte, qui, pendant des siècles, fut considérée comme le palladium de notre liberté nationale La plupart ont disparu avec le système pour lequel elles avaient été établies. Mais, à celte époque, elles furent d'une haute utilité. Elles réprimèrent les abus les plus criants de la suprématie féodale ; elles donnèrent une nouvelle direction à la législation anglaise ; elles justifièrent la résistance aux empiétements du despotisme , et , dans les luttes ultérieure? avec la couronne , dirigèrent les efforts de la nation sur des objets déterminés. Nos rois, qui considéraient la charte comme leur ayant été arrachée par la forte main de la nécessité, les éludèrent continuellement ; le peuple, qui les regardait comme l'expression de ses justes droits, les réclama aussi souvent et impérieusement. II ne fallut pas moins de trente-huit ratifications successives pour leur donner effectivement pleine force de loi * : preuve suffisante de l'horreur qu'avait pour elles le souverain , et de la haute valeur qu'y attachait la nation.

Dans le cours de cette transaction , Jean s'était montré passé maître dans l'art de la dissimulation [49 juin]. Il avait pris un air de gaieté; il parlait avec courtoisie et bonté aux barons; il promettait la prompte et fidèle exécution de tous ses engagements. Des ordres furent immédiatement envoyés aux sheriffs d'assembler les cours des comtés, de lire publiquement le contenu de la charte, de procéder à l'élection des douze chevaliers chargés de s'enquérir des abus, et de recevoir de tous les hommes libres le serment d'obéissance aux vingt-cinq barons nommés conservateurs des li-

2. La charte f:it ratifiée six fois par Henri III, trois fois par Edouard I«f, quinze fois par Edouard III , six fois par Richard II , six fois par Henri IV, une fois par Henri V et une fois par Henri VI.

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