CHAPITRE QUATORZIÈME
bertés publiques*. Mais, dos que l'assemblée fut dissoute, il jela le masque. Dans un aecès de fureur, il maudit le jour de sa na ssance, grinça des dents, roula les yeux, mordit du bois et de la paille, et s'abandonna à toutes les extravagances d'un fou. Mais il fut tiré de cette frénésie par les soins officieux de ses conseillers, qui le pressèrent de ne pas perdre son temps à d'inutiles manifestations de colère, et de les aider à trouver les moyens les plus prompts de se venger. Le résultat de leurs conseils fut le départ immédiat de deux députations pour le continent. L'une était chargée de traverser la Flandre, la Picardie, le Poitou et la Guienne, et d'engager à tout prix des aventuriers pour combattre sous l'étendard royal ; l'autre se rendit en hâte à Rome pour implorer en laveur du roi la puissante intervention d'Innocent, et représenter toutes les concessions arrachées au vassal comme une insulte faite à l'autorité de son seigneur le pontife *.
Les barons avaient quitté Runnymead en triomphe, et, pour célébrer la chute du despote , avaient arrêté qu'un tournoi aurait lieu à Stamford le 2 de juillet. Mais leur joie fut bientôt empoisonnée par la méfiance. Jean avait éludé la restitution de leurs terres en promettant de leur rendre justice dans sa cour à un jour marqué. On sut maintenant qu'il avait ordonné que tous ses châteaux fussent approvisionnés et fortifiés; et ils reçurent avis d'un complot pour surprendre la capitale durant leur absence à Stamford. Afin de le déjouer, ils retardèrent le tournoi, et se rapprochèrent de Londres». Pour éprouver la sincérité du roi, une députation se rendit auprès de lui à Winchester. Il rit des soupçons dont il était l'objet, jura qu'ils étaient sans fondement, et offrit de hâter l'exécution de la charte de la manière qui serait indiquée par l'archevêque. [27 juin] En conséquence on envoya aux douze commissaires déjà élus dans chaque canton des ordres qui les chargeaient d'entrer en possession des terres, tènements et biens meubles de toutes les personnes qui avaient refusé jusqu'alors de prêter serment aux vingt-cinq conservateurs; si, dans le délai de quinze jours, elles n'avaient point obéi au premier ordre, de vendre leurs biens meubles au bénéfice des fonds destinés à l'expédition de la Terre-Sainte, et ensuite de garder les terres et tènements aussi long-temps que les propriétaires persisteraient dans leur obstination*. Jean, à son tour, requit les barons, puisqu'ils avaient