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dit-on, depuis la guerre d'extermination du premier Guillaume, ces provinces n'avaient été en butte à des horreurs pareilles à celles qu'exerça la vengeance du roi d'Angleterre. Il donna lui même l'exemple, et, de ses propres mains, il mit le feu, le matin, à la maison où il avait passé la nuit. Les châteaux, les villes et les villages furent livrés aux flammes. Le m.oine de Melrose borne sa description aux environs de son monastère, où , dans l'espace de huit jours, Morpeth, Mitford, Alnwick, Wark et Roxburgh furent entièrement consumés [7-16 janv.]. Jean déclara qu'il voulait faire sortir de son terrier le jeune renard, faisant allusion au teint rouge d'Alexandre et à sa récente tentative de s'emparer du Northumberland ; les mercenaires du roi le poursuivirent jusqu'aux environs d'Édimbourg, et, à leur retour, ils satisfirent le ressentiment de leur maître en réduisant en cendres les villes de Haddington, Dunbar et Berwick [18 21 janv.]. Mais ce n'était pas seulement aux villes que le roi faisait la guerre : les malheureux habitants étaient abandonnés à la cruauté de ses soldats rapaces, sans égard pour l'âge ou le sexe, pour le rang ou la profession. Les tortures qu'ils souffrirent sont trop révoltantes pour être rapportées. Quiconque possédait quelque chose était forcé de tout livrer pour sa rançon. De ceux qui n'avaient rien, beaucoup périrent de la main de leurs bourreaux; quelques-uns achetèrent, par des promesses trompeuses, un court répit, suivi de tourments plus raffinés. Et les pillards du sud, s'il faut en croire le moine de Saint-Alban, ne restèrent pas en arrière pour la cruauté et la rapacité. Partout où les forces royales purent pénétrer, les habitants s'enfuyaient dans les forêts et les montagnes; les travaux de l'agriculture étaient suspendus, et il ne se tenait de marchés que dans les cimetières , qui , possédant le droit de sanctuaire, étaient généralement, mais non toujours, respectés des maraudeurs».
Du haut des murs de la capitale, les barons voyaient la dévastation de leur pays ; mais ils n'osaient hasarder une tentative contre les hordes d'aventuriers qui suivaient l'étendard royal. Au nord, il ne restait en leur pouvoir que deux châteaux ; partout leurs terres avaient été ravagées, puis, avec une libéralité qui ne coûtait rien au donateur, avaient été accordées en fief aux chefs des étrangers. Plusieurs jours se passèrent en débats agités et en lamentations efféminées. Us se consultaient et hésitaient, prenaient des résolutions et en changeaient, jusqu'à ce que, comme dernière ressource, il fut unanimement décidé qu'on offrirait la couronne à
1. Comparez Mailros (189, 190) et Lanercost (17, 18) livre Paris 1,930-Stt).
59f» HISTOIRE D'ANGLETERRE.
Louis, fils aîné du roi de France. Il était allié à la famille de Plantagenet par son mariage avec la nièce de Jean ; et on présumait que les mercenaires refuseraient de porter les armes contre le fils et héritier de leur souverain naturel. Aucune offre ne pouvait être plus agréable à l'ambition de Louis ; mais, ne voulant pas se fier à la foi douteuse des barons, il demanda et reçut vingt-quatre otages, 'fils des plus nobles familles d'Angleterre. Une flotte, portant un corps nombreux de chevaliers français, remonta bientôt la Tamise, et une lettre de Louis assura aux confédérés qu'il les rejoindrait à Pâques avec une forte armée. Il advint que le légat Gualo, ou Gauthier, cardinal de Saint-Martin, traversait la France pour se rendre aux Iles-Britanniques. Il résolut de prévenir, s'il était possible, une expédition si contraire aux vues du pontife; et voyant qu'on n'avait point égard à ses sollicitations, il défendit, sous peine d'excommunication, et au père et au fils, d'envahir un royaume qui était un fief du saint-siége. [26 avril.] Philippefeignit d'hésiter. Mais Louis se tournant vivement vers lui , dit : « Je • suis votre homme-lige, sire, pour Jes fiefs que vous m'avez donnés; mais le royaume d'Angleterre ne vous concerne en rien, et je soumets au jugement de mes pairs si vous devez m'empêcher d'obtenir une couronne à laquelle je puis présenter un titre légitime du chef de ma femme. » Sans attendre une réponse, il partit et donna rendez-vous à ses troupes à Calais *.
Le lecteur a sans doute été surpris à la mention de ce droit inattendu. Il apprendra bientôt les arguments sur lesquels on l'appuya, arguments si faibles qu'on ne les avança vraisemblablement que dans le seul dessein de gagner du temps. Les agents de Louis arrivèrent à Rome, furent introduits auprès du pontife, et lui assurèrent que leur maître était un fils obéissant de l'Église; qu'il n'avait pas entrepris l'expédition pour porter secours aux barons excommuniés, mais uniquement pour faire valoir le titre de sa femme Blanche à la couronne d'Angleterre. Ce titre, prétendirent-ils, reposait sur ce que Jean n'était pas roi de droit : car 1° il avait été convaincu de trahison à la cour de son frère Richard, et était donc légalement incapable de monter sur le trône ; et 2° il avait été reconnu coupable de félonie et de meurtre par ses pairs à la cour de son seigneur le roi de France, et avait, en conséquence, perdu tout droit à la couronne, même dans la supposition où il en aurait eu un fondé auparavant. Innocent sourit de ces arguments, et demanda à savoir comment Blanche se trouvait être la plus proche héritière. Où étaient les enfants de Jean, son neveu
1 Paris, 236. West. 276.