CHAPITRE QUATORZIÈME
Othon, la mère, le frère et la sœur aînée de Blanche? A cette question il fut répondu que les enfants de Jean étaient nés après sa condamnation, et ne pouvaient revendiquer aucun droit dont leur père n'était point investi à l'époque de leur naissance ; que ni les descendants de Geoffroi, duc de Bretagne, ni ceux de Mathilde, duchesse de Saxe, ne pouvaient posséder aucun titre, attendu que ce prince et cette princesse étaient morts quand la sentence fut prononcée contre leur frère. Mais la reine de Castille vivait encore, et par conséquent devenait la véritable héritière; et Blanche, quoiqu'elle ne fut pas l'aînée des enfants, avait le droit de faire valoir ses prétentions tant que les héritiers plus proches gardaient le silence. Louis certainement avait l'intention de conquérir la couronne d'Angleterre; mais si aucune autre personne se présentait et montrait un titre meilleur, il ne demandait pas mieux que justice fût faite. De tels raisonnements pouvaient amuser, s'ils ne pouvaient convaincre le pontife. Il attendit toutefois qu'il eût reçu des dépêches du légat, et alors il excommunia solennellement Louis et ses partisans. Bientôt après, il commanda à l'archevêque de Sens de fulminer une sentence semblable contre Philippe; mais les évèques français, dans un synode tenu à Mclun, résolurent de ne pas tenir compte du mandat rlu pape, se fondant sur ce que le pontife n'avait pas été bien informé. Innocent, sans aucun doute, aurait lancé ses anathèmes contre leur désobéissance; mais cet actif et intrépide pontife expira peu de semaines après [46 juillet] Sa mort suspendit à Rome toutes les procédures ecclésiastiques ; et Jean se vit privé de son plus puissant ami , au moment où il avait le plus grand besoin de protection.
Au temps marqué, Louis partit de Calais avec une flotte de six cent quatre-vingts voiles [6 mai]. Le temps était orageux et dispersa les vaisseaux , plusieurs furent pris par les marins des Cinq-Ports; et Jean, avec une nombreuse armée, vint camper dans le voisinage de Douvres. [21 mai] Mais le cœur lui manqua à l'approche de l'ennemi ; il craignit que ses mercenaires ne désertassent, décampa subitement [27 mai], et, ravageant le pays qu'il traversait, se retira par Winchester à Bristol [19 juillet], où il fut rejoint par le légat. Le prince français, ayant attendu trois jours les traîneurs, aborda à Sandwich [30 mai], assiégea et réduisit le château de Rochester, et se hâta de marcher sur la capitale. Il fut reçu en procession par les barons et les citoyens [3 juin], et conduit à Saint-Paul, où, après avoir fait sa prière, il reçut l'hommage de ses nouveaux sujets , et fit le serment solennel de les gouverner par de bonnes lois, de les protéger contre leurs ennemis, et de les
HISTOIRK D'ANGLKTERRi:.
réintégrer dans leurs anciens droits et possessions *. Louis charma les Anglais par son affabilité; et gagna leur confiance en nommant Simon Langton, frère du primat, à l'office de chancelier. La campagne s'ouvrit sous les auspices les plus favorables. Tous les comtés voisins de la capitale se soumirent; les habitants du Lincolnshire et du Yorkshire, ainsi que le roi d'Écosse, se déclarèrent en sa faveur ; les étrangers qui jusqu'alors avaient grossi l'armée de Jean commencèrent , à l'exception des Gascons, ou à passer sous son étendard, ou à retourner chez eux ; et sommés par lui, plusieurs barons du roi, peut-être par crainte de sa puissance, peutêtre dans le but de semer la désaffection parmi ses adhérents *, se hâtèrent de lui faire hommage et de lui jurer fidélité. Le courage de Jean fut pourtant soutenu par l'arrivée de Gualo, qui combattit très-virilement avec ses armes spirituelles; et par l'assurance que, si son rival s'était rendu maître du pays ouvert, toutes les forteresses importantes étaient occupées par ses troupes. [25 juillet] Réduire ces forteresses fut le premier soin des confédérés. Louis assiégea le château de Douvres ; les barons, sous le comte de Nevers, assiégèrent celui de Windsor. Le prince avait reçu de son père une machine de guerre de la nature la plus formidable, appelée mal-voisin, avec laquelle il espérait faire une brèche aux murailles. Mais la garnison le tint à une trop grande distance, le força de changer le siège en blocus, et l'occupa pendant quatre mois à cette entreprise inutile. [8 août] L'ennui du siège fut tempéré en partie par l'arrivée du vassal du roi, Alexandre, roid'Écosse, qui, par suite d'une sommation à cet effet, après la réduction de Carlisie, traversa le cœur du royaume en vue de Jean, visita Louis à Douvres, obtint la confirmation de la cession que les barons lui avaient faite, fit hommage à Louis, et revint sans encombre dans son pays \
1. Paris, 237. Chron. Dunslap. 75. Dans le New Rym. 1 , 140, nous avons le manifeste de Louis à l'appui de ses prétentions , dans lequel il est dit qu'un jugement de trahison avait été prononcé contre Jean par Hugh-Pudsey, évêque de Durham , à la cour du roi Richard. Il y est de plus affirmé que Jean avait confessé à plusieurs reprises le meurtre du prince Arthur, être monté sur le trône non par droit héréditaire idroit qu'il avait perdu par suite de sa trahison) , mais par élection ; avoir ensuite soumis le royaume, en tant qu'il dépendait de lui, au pape, sans le consentement de ses barons; qu'il était convenu après cela que, s'il enfreignait de nouveau les droits des barons, ils seraient libres de lui retirer leurféauté ; et que, provoqués par sa tyrannie, ils venaient de le dépo'er et de choisir Louis: d'où il suivait que Louis, et par héritage et par élection , était roi d'Angleterre.
2. Mailros , 191. Parmi eux était le frère de Jean , William , comte de ÎSalisbury. Mais sa désertion était l'effet du ressentiment : « quia ei innotuit dictum Jt annem regem cum ipsius uxore, rupto fœdere naturali, commisisse incestum. » Gui. Armor 90.
3. Mailros, 191. Paris, 241. Dunst 76 Indépendance de î 'Ecosse, par Anderson ; App. n° 26.