CHAPITRE QUATORZIÈME
Tandis que ses ennemis étaient devant les deux châteaux, le roi avait profité de l'occasion pour piller leurs domaines et intercepter leurs convois. H était à Wallingford, lorsque les barons, à l'instigation du comte de Nevers, qu'ils accusèrent ensuite de perfidie, essayèrent de le surprendre. [46 sept.] Ils levèrent le siège et marchèrent rapidement sur Cambridge; mais le roi, prévenant leur dessein, avait déjà traversé cette ville, et s'était retiré à Stamford. Ayant échoué dans cette tentative, ils vinrent rejoindre Louis à Douvres [23 sept.], tandis que Jean réduisait Lincoln, et de nouveau distribuait aux siens les terres qui appartenaient aux confédérés. La cause royale commença à prendre un aspect plus favorable. Le prince français avait perdu dans l'inaction les deux derniers mois, les habitants des Cinq-Ports interceptaient continuellement les renforts qui lui venaient de France ; des associations s'étaient formées contre lui dans le Hampshirc, le Sussex, le Surrey et le Kent ; et Jean, pour raffermir les efforts de ses amis, n'avait pas épargné les promesses d'augmenter les privilèges de ceux qui étaient libres, et d'accorder la liberté et des droits â ceux qui ne l'étaient pas i. Louis, par les dons qu'il avait faits à ses compatriotes, particulièrement celui du comté de Winchester au comte de Nevers, et celui du comté de Lincoln à Gilbert de Gand, avait alarmé les barons anglais1; et on se disait tout bas que le vicomte de Melun avait confessé à son lit de mort avoir juré avec le prince et quinze autres de traiter les nationaux en hommes dont la perfidie avait causé la perte de leur ancien souverain, et capables de perfidie future envers le nouveau 5. Ils devinrent jaloux de leurs alliés ; plusieurs barons et chevaliers rejoignirent l'étendard royal, et quarante autres offrirent de le faire sous promesse de pardon *. Le roi revint, par Grinsby et Spalding, de Lincoln à Lynn [2 oct.], ville fortement attachée à ses intérêts, et dépôt général de ses provisions et de ses trésors. [9 oct.] De là il marcha sur Wisbeack, et résolut de se rendre, en traversant leWash, des Cross key s à Fossdike. [12 oct.] L'armée avait déjà pris terre lorsque, regardant en arrière, Jean vit une longue file de fourgons et de chevaux de somme qui portaient ses joyaux, ses insignes et son argent, s'engloutir dans un tournant formé par la rencontre de la marée