‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 58 sur 643 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

[A. D. 596.] Il était en possession de cette dignité lorsqu'il reçut la nouvelle que quarante étrangers avaient débarqué dans l île de Thanet. C'étaient Augustin et ses compagnons, tant gaulois qu'italiens, que le pape Grégoire-le-Grand avait envoyés dans l'intention bienveillante de convertir les païens. Ethelbert ne pouvait être sans quelques notions de la religion chrétienne. C'était vraisemblablement la croyance de la majeure partie des esclaves bretons de ses domaines : elle était certainement professée par son épouse Berthe, fille de Qiaribert, roi de Parts. Le prince saxon reçut les missionnaires sous un chêne, en plein champ, à l'instigation de ses prêtres, qui lui avaient dit que, dans cette situation , les enchantements des magiciens étrangers perdraient leur influence. Au moment fixé, Augustin fut introduit auprès du roi. Devant lui on portait une croix d'argent et une bannière représentant le Rédempteur ; derrière lui ses compagagnons marchaient en procession , et l'air retentissait des antiennes qu'ils chantaientalternativement en clèœur. Aussitôt que l'interprète eut expliqué l'objet et les motifs de leur mission, Ethelbert répondit qu'il n'avait aucune envie d'abandonner les dieux de ses pères pour un culte nouveau et incertain ; mais que, puisque l'intention des étrangers était bienveillante et que leurs promesses étaient attrayantes, ils pouvaient prêcher sans crainte, et qu'ils seraient défrayés à ses dépens. Cette réponse favorable les remplit de joie ; et ils se rendirent à Canterbury, chantant pendant la route la prière suivante : « Dans ta grande miséricorde, ô Seigneur! détourne, nous t'en supplions, ta colère de cette cité et de ton saint temple ; car nous sommes pécheurs. Alléluia *. »

Par les soins de la reine, une résidence était déjà préparée pour les nouveaux apôtres. Ils furent logés dans l'ancienne église de Saint-Martin, qui dans l'origine avait appartenu aux Bretons, et qui depuis peu avait été réparée pour l'usage de Liudhard, prélat chrétien venu de la Gaule avec Berthe. La curiosité porta les Saxons à visiter les étrangers : ils admirèrent les cérémonies de leur cuite, comparèrent leur vie à celle des prêtres païens, et apprirent à aimer une religion qui pouvait inspirer tant de piété, d'austérité et de désintéressement. Ethelbert vit avec un plaisir secret le changement qui s'opérait dans les idées de ses sujets. A la le te de la Pentecôte, l'an »97, il se déclara lui-même chrétien, et reçut le sacrement du baptême; et, à la Noël suivante, dix mille de ses sujets suivirent l'exemple de leur souverain *.

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