‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 584 sur 643 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

de ces princes, de les transporter à la couronne d'Angleterre. [20 mai 1529.] Henri, comme duc de Guienne et pair de France, s'engagea à faire hommage au monarque français, cérémonie qu'il accomplit dans le jardin du Temple à Paris

H. L'histoire des négociations de Henri avec la cour de Rome nous découvre un long système d'oppressions sous lequel le clergé anglais fut forcé , par l'influence réunie de la couronne et de la tiare , de se soumettre aux plus dures exactions. La hiérarchie chrétienne s'était distinguée dès les premiers siècles par une gradation régulière de fonctions et d'autorité , depuis le dernier des clercs jusqu'à l'évèque de Rome , qui était considéré comme le chef du corps épiscopal , et le vicaire de Jésus-Christ sur la terre. A mesure que les nations du Nord étendirent leurs conquêtes, elles répandirent dans les provinces de l'Hurope leurs idées particulières de jurisprudence : ces idées furent insensiblement appliquées à l'économie extérieure de la religion ; et la constitution de l'Église s'assimila en grande partie , dans la pensée des chrétiens d'Occident, aux institutions d'un royaume féodal. Le pape paraissait tenir la place du souverain; les évèques étaient à pou près au niveau des barons ; et, subordonné aux évèques, le clergé inférieur était dans la position des sous-vassaux. Ces idées féodales se fortifiaient de ce qui semblait être des cérémonies et prétentions féodales. L'évèque , avant d'être investi de l'administration de son diocèse, jurait fidélité au pape ; et le prêtre, à son ordination , indépendamment de l'ancienne promesse d'obédience canonique , faisait hommage à son évèque. Puis, de même que le souverain civil, dans des cas de pénurie, requérait des subsides de ses barons, et, par eux, de leurs vassaux; ainsi les papes, diins des circonstances semblables, demandaient des secours pécuniaires aux évèques, et, par eux, au reste du clergé. D'abord ces demandes furent présentées avec modération et réserve ; et les ecclésiastiques ne refusèrent pas de subvenir aux besoins , ou de soutenir la splendeur de celui qu'ils révéraient comme leur père spirituel, et sous la protection duquel ils se reposaient dans la possession paisible de leur propriété. Mais graduellement la pénurie et avec elle les demandes des pontifes se multiplièrent au point d'exciter enfin les représentations et la résistance du clergé et des laïques. En acceptant la donation de Pépin, et par des acquisitions subséquentes, les évèques de Rome avaient réuni les intérêts des princes temporels aux devoirs des prélats chrétiens; et les guerres qu'ils furent forcés de soutenir, tantôt contre leurs pro-

]. Rym. I, 675, 689. 1res, des Chari. D,

près sujets , tantôt contre des États étrangers, les jetèrent dans des dépenses qui excédaient de beaucoup le montant annuel de leur revenu. Telle était en général la situation des papes qui gouvernèrent l'Église pendant le règne de Henri. Engagés dans une lutte longue et ruineuse avec l'empereur Frédéric et ses partisans en Italie , écrasés sous une dette énorme, et forcés de temps à autre d'abandonner leurs États pour se réfugier de l'autre coté des Alpes , ils regardaient les subsides du clergé comme l'expédient le plus sûr pour satisfaire aux réclamations de leurs débiteurs, recruter des troupes et reprendre leur premier ascendant. Chaque année l'église anglicane comme toutes les autres églises nationales était appelée à contribuer au soutien du siège de Rome ; et quoique la générosité ou la patience du clergé eut été bien vite épuisée , il réussit rarement dans sa résistance à l'autorité du pontife, appuyée généralement de l'autorité du monarque. Car le sort de Jean avait été un effrayant avertissement pour Henri , qui , ne se souciant pas de provoquer l'inimitié du pape , prêtait la main à chaque plan d'exaction, à moins qu'il n'en fût parfois détourné par les clameurs réunies des barons et du clergé.

Les principaux abus qui provenaient do ce système peuvent se réduire à deux chefs . 1° Les papes, à l'imitation des princes temporels, requéraient souvent du clergé une taxe qui s'élevait en général à un vingtième, quelquefois à un dixième et, dans une ou deux occasions, à une plus forte portion de son revenu annuel. Ces impôts s'étaient originairement introduits du temps des croisades, et on les avait justifiés par le motif que la conquête de la Palestine intéressait également tous les chrétiens, et que, tandis que les laïques répandaient avec empressement leur sang pour cette sainte cause , le clergé ne pouvait refuser une faible portion de son revenu pour contribuer au succès. Maison découvrit bientôt que chaque guerre dans laquelle les pontifes s'engageaient se rattachait de manière ou d'autre à la prospérité de la religion. Quand commença la querelle de Grégoire IX et de l'empereur Frédéric, ce pape demanda un subside au clergé ; à mesure que ses affaires devinrent désespérées, ses demandes se renouvelèrent; et sous son successeur, Innocent IV, la fréquence et le taux de ces taxes en firent un fardeau insupportable. Innocent, à la vérité, alléguait pour justifier sa conduite qu'il était exilé de ses États; qu'à Lyon , où il tenait sa cour depuis dix ans, il n'avait d'autre ressource que les contributions du clergé, et que tout ce qu'on lui donnait était dépensé pour soutenir la cause de l'Église et de la religion. Ces raisons , toutefois, ne persuadaient pas toujours ceux qui souffraient de la di-

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minution annuelle de leurs revenus *. Chez mainte nation on y répondit par des plaintes; en Angleterre, elles rencontrèrent l'opposition la plus prononcée. Les membres du clergé répliqueront qu'ils croyaient injuste de fournir de l'argent , avec la conviction qu'il serait employé contre l'empereur, qui, bien que le pape l'eût condamné, devait toujours être considéré comme prince catholique , puisqu'il avait offert de soumettre sa querelle à la décision d'un concile général; que chaque église avait son patrimoine, et que le pape ne pouvait pas avec plus de justice réclamer une part du revenu de leurs églises, qu'ils ne pouvaient réclamer une part du revenu de l'église de Rome ; — que, de même que la loi, lorsqu'elle disait que chaque chose appartenait au prince, parlait de son droit de surintendance, et non de celui de propriété, ainsi la prééminence dont jouissait le pape lui imposait le devoir de veiller sur tout, mais ne lui donnait pas le droit de disposer de tout ; — et que , si le revenu des membres du clergé était plus que suffisant pour leur entretien , ils étaient obligés d'employer le reste à soulager les besoins des pauvres , et non à fournir les moyens de prolonger une guerre sanglante et destructive ».

Le roi et les barons se montrèrent quelque temps spectateurs indifférents de cette lutte. A la fin, ils furent entraînés à intervenir par la considération qu'à mesure que le clergé s'appauvrirait , les charges nationales pèseraient d autant plus sur les laïques. On envoya au concile général de Lyon des ambassadeurs, qui . dans un langage ferme mais respectueux , se plaignirent de la fréquence des exactions du pape. Peut-être les promesses que fit Innocent dans sa réponse n'avaient pour but que d'apaiser le mécontentement. Mais s'il était sincère, les exigences de sa situation le forcèrent bientôt d'y manquer ; et une nouvelle demande d'un vingtième pour les plus pauvres bénéfices, et d'une plus forte portion pour les plus riches, souleva un esprit inaccoutumé d'opposition [1246]. Le clergé dressa une liste de ses griefs , l'envoya au pontife, et appela de lui au prochain concile général ; les barons, en termes plus hardis , l'avertirent des maux qui en résulteraient probablement; et firent entendre clairement qu'ils étaient disposés

1. Nous devons en excepter Grosscteste.le célèbre évêque de Lincoln, qui, en réponse à la lettre du roi qui s'informait de quelle autorité il levait un impôt pour l'usage du pape, répliqua : « Non est admiratione dignum, quod coepiscopi nostri et nos in hac parte facim us ; sed admiratione multa et indignatione quamplurinia esset dignissimum, si etiam non rogati vel jussi aliquid hujus modi vol etiam majus non fecerimus. Videmusenim... exilio relcgatos, persecutionibuscoangustatos, patrimonio suo spoliatos, et de proprio unde, ut decet, sustineantur, non habentes. » Grosseteste, i, ep. 119.

2, Voyez la lettre de tous les évêques, etc., d'Angleterre, dans Annal. Burt. 297.

à tirer l'épée , s'il était nécessaire, pour appuyer le clergé. Le roi lui-même parut faire cause commune avec ses vassaux, et défendit de payer le subside sous peine de tout son déplaisir. Cependant cette forte opposition s'évanouit peu à peu. Henri retira sa prohibition ; les barons retombèrent dans leur première apathie , et le clergé fut réduit à composer avec le pontife pour onze mille marcs ».

Le second grief consistait dans ce qu'on appelait les provisions papales, par lesquelles le pape, suspendant pour le moment le droit du patron, nommait de sa propre autorité au bénéfice vacant. La conséquence était que beaucoup d'Italiens possédaient des bénéfices qui auraient dû être conférés à des ecclésiastiques anglais; et si quelques-uns d'entre eux résidaient dans l'île, les autres, après avoir fait les frais d'un substitut chargé de s'acquitter de leur devoir, recevaient et dépensaient en pays étranger le reste du revenu. Cet abus excita des plaintes bruyantes tant de la part des patrons que de celle du clergé ; et le mécontentement public se signala par des actes de violence illégale. Une association se forma sous le titre de la Communauté d'Angleterre, et fut clandestinement encouragée par les principaux barons et membres du clergé. A sa tète était sir Robert Thvvingc, chevalier du Yorkshire, qui avait été privé, par une provision papale, de la collation d'un bénéfice à la nomination de sa famille. Ses ordres étaient aveuglément suivis par ses associés, qui, bien qu'ils ne fussent pas plus de quatre-vingts , réussirent , par le secret et la célérité de leurs mouvements, à imprimer au public l'idée qu'ils étaient beaucoup plus nombreux. Ils assassinèrent les courriers du pape , écrivirent des lettres menaçantes aux ecclésiastiques étrangers et à leurs intendants ; tantôt ils se saisissaient de leurs personnes, les jetaient secrètement dans des cachots , et les forçaient de payer des rançons considérables ; tantôt ils enlevaient le produit de leurs fermes, le vendaient aux enchères publiques ou le distribuaient aux pauvres du voisinage. Ces excès continuèrent huit mois sans aucune interruption de !a part des autorités locales ; le mécontentement national jouissait des souffrances des étrangers, et les membres de l'association, pour satisfaire les officiers de justice, prétendaient agir en vertu d'une commission royale. Henri, à la fin , interposa son autorité, etThwingealla à Rome plaider sa cause devant le pontife. Il la gagna, et revint avec une bulle par laquelle Grégoire l'autorisait à nommer au bénéfice dont il réclamait la collation, déclarait que, si jamais les droits des patrons laïques avaient été usurpés, c'était à son insu et contrairement à ses intentions, et promettait que

1. Anruil. Bvrl. 305-310. Paris, 625, 636. Dunst. 272, 273. New Rym. 262, 5.

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