CHAPITRE QUINZIÈME. fi
tement Edmond prendre possession de ses Etats ; qu'Innocent avancerait au roi cent mille livres tournois pour le mettre en état de commencer l'expédition , et donnerait sûreté pour toutes les autres sommes qu'il pourrait être nécessaire d'emprunter [6 mars]. Le pontife, lorsqu'il ratifia le traité, assura au roi, qui était en Gascogne, que s'il partait immédiatement le succès était certain [4 4 mai] ; et pour stimuler son indolence, il l'informa que cinquante mille livres avaient été déposées à Lyon pour lui être remises au moment où il paraîtrait à ta tête de son armée [23 mai] ». Sur ces entrefaites , Conrad mourut ; et une seconde lettre fut expédiée à Henri , avec prière de se hâter de profiter d'un si heureux événement [29 mai]. Craignant, toutefois, qu'un délai ne fit perdre l'occasion, Innocent lui-même se rendit de Rome dans la Pouille [9 juin], prit possession de la Terre de Labour, s'assura, à ce qu'il crut, de la fidélité de Manfred en le confirmant dans sa principauté de Tarente, et se flatta qu'à l'arrivée de Henri les deux royaumes reconnaîtraient unanimement Edmond pour leur souverain. Mais le perfide Manfred aspirait lui-même à la couronne ; et, pour masquer ses vues réelles , il suscita , comme compétiteur au prince anglais, Conradin, fils, encore enfant, de son frère Conrad [17 nov.]. Innocent s'efforça de nouveau de hâter le roi en lui décrivant le danger du retard; mais l'indolence naturelle de Henri ou les difficultés de sa position empêchèrent son départ, et l'armée du pape fut défaite par Manfred dans le voisinage de Troja [2 déc.]. Cinq jours après Innocent mourut [7 déc] «. Son successeur, Alexandre IV, suivit la même politique : la couronne des Deux-Siciles fut confirmée au prince Edmond , et l'évèque de Bologne fut envoyé en Angleterre pour lui donner l'investiture et faire les arrangements nécessaires avec son père [9 avr. 1 255] . Il fut réglé que la Sicile et la Pouille ne formeraient qu'un royaume sous Edmond, qui le tiendrait du siège apostolique, par le payement annuel de df»ux mille onces d'or, et jurerait, quand il ferait hommage , de ne jamais accepter la dignité impériale , sous peine de perdre sa couronne et d'encourir l'excommunication ; que Henri se reconnaîtrait responsable de toutes les dettes contractées dans la poursuite.de l'entreprise; et qu'il conduirait, aussitôt que possible, son fils avec une armée dans la Pouille s. Mais, sur ces entrefaites, l'espoir du succès s'affaiblit chaque jour. Manfred avait gagné la dernière bataille avec l'assistance d'un corps de Sarrasins,
1. Rym. i, 477, 502, 511, 612,614, 516, 893. Plus tard on mit en question si les 100,000 livres étaient promises comme don ou comme prêt. Henri abandonna sa prétention (Rym. 1, 895). Quatre livres tournois faisaient une livre sterling.