CHAPITRE QUINZIÈME
par des menaces d'excommunication d'un côté et de confiscation de l'autre. Les évôques et les abbés se virent forcés d'accepter des billets tirés en leur nom , mais sans leur consentement, pour la somme de vingt mille livres, en faveur de certains banquiers de Venise et de Florence 1 : on ordonna de verser pendant cinq années consécutives à l'échiquier un dixième des rentes annuelles du clergé; les biens meubles des ecclésiastiques morts ab intestat, et une année du revenu de tous les bénéfices vacants furent réservés à la couronne ; et l'argent recueilli en Angleterre, en Irlande, enÉcosse et en Norwége , pour la croisade contre les infidèles , fut mis à la disposition de Henri 2. Le clergé s'épuisa en plaintes et en remontrances. 11 en appela à la protection du pape; il offrit au roi un don volontaire de cinquante-deux mille marcs. Mais le seul allégement qu'il obtint fut la permission aux évèques et aux abbés de déduire du payement des dixièmes le montant des billets tirés sur eux d'Italie.
Tandis que Henri opprimait ainsi le clergé, ses querelles avec ses barons commençaient à prendre un aspect alarmant. Au lieu de conquérir une couronne étrangère pour son fils, il se vit dans la nécessité de combattre pour défendre la sienne. Cependant, à mesure que la probabilité du succès diminuait, il semblait s'attacher avec plus d'opiniâtreté à son projet sur la Sicile ; et il ne voulut pas permettre à Edmond de renoncer à ses prétentions, ni de restituer la donation d'Innocent3. Manfred cependant triomphait de tous ses ennemis; à la Sicile et à la Pouille il ajoutait la marche d'Ancône et une partie de la Toscane ; et Urbain IV, successeur d'Alexandre, après avoir demandé le consentement du prince anglais, offrit la couronne à Charles d'Anjou [28 juill. 1263] *. Elle fut acceptée, et Charles reçut la dignité royale à Rome des mains de Clément IV; mais le pontife , instruit par les embarras de ses prédécesseurs , refusa de s'engager pour les dettes qui pourraient être contractées [42(55]. Le nouveau roi, néanmoins, leva une forte armée, gagna une brillante victoire dans les plaines de Bénévent [26 févr. 1266], et par la mort de Manfred, qui périt dans le combat, obtint la possession paisible de tout le royaume.
III. Ce fut le malheur de Henri d'avoir hérité de l'antipathie de son père pour la charte de Runnymead , et de considérer ses barons comme des ennemis ligués contre lui pour le dépouiller des