Id. I
prérogatives légitimes de la couronne. Il surveillait avec méfiance toutes leurs démarches, repoussait leurs avis, et se fiait plus à la fidélité des étrangers qu'à l'affection de ses propres sujets. Une telle conduite lui aliéna naturellement l'esprit des nobles, qui soutinrent hardiment qu'ils avaient droit aux grandes charges de l'État, et entrèrent dans des associations pour le soutien de leurs prétentions. Si le roi eut possédé les immenses revenus de ses prédécesseurs, il eût pent-ôtre été en état de braver leur inimitié ; mais durant les guerres entre Étienne et Mathilde, et ensuite entre Jean et ses barons , les domaines royaux avaient considérablement diminué; et les extravagances de Henri , jointes à sa générosité impolitique envers ses favoris, le contraignirent continuellement de recourir à la bonne volonté de la nation. Tous les ans le roi demandait un subside, et chaque demande essuyait un refus méprisant. Si les barons finissaient par céder, c'était toujours aux conditions les plus pénibles pour lui. Ils l'obligèrent à condamner sa conduite passée, à confirmer de nouveau les deux chartes, et à promettre le renvoi immédiat des étrangers1. Mais Henri ne voyait que le moment présent : ses coffres ne furent pas plutôt remplis, qu'il oublia ses promesses et se rit de leur crédulité. Sa détresse le força derechef à solliciter des secours et à offrir les mêmes conditions. Ne voulant pas être dupés une seconde fois , les barons exigèrent son serment. Il jura, puis il viola son serment avec autant d'indifférence qu'il avait violé sa promesse. Ses demandes suivantes furent reçues par eux avec mépris ; mais il triompha de leur opposition en offrant de se soumettre à l'excommunication, s'il manquait à ses engagements. Le roi, les barons et les prélats s'assemblèrent dans la grande salle de Westminster; la formule fut prononcée par les évéques avec la solennité d'usage ; et Henri , mettant la main sur son cœur, ajouta : « Avec l'aide de Dieu, j'observerai ces chartes, comme je suis chrétien, chevalier et roi couronné et sacré. » Le subside fut accordé, et le roi revint à ses anciennes habitudes. Ce n'était pourtant pas qu'il fût vicieux par inclination. Il avait reçu de profondes impressions religieuses : quoique ami de l'ostentation, il évitait soigneusement tout excès scandaleux ; et sa charité envers les pauvres et son assiduité aux cérémonies publiques du culte étaient justement admirées. Mais
\. C'est ainsi que s'introduisit graduellement ce qui a été considéré depuis comme la méthode constitutionnelle de s'opposer aux mesures de la couronne, le refus des subsides pour l'année courante. Les prédécesseurs de Henri étaient trop riches pour dépendre des secours de leurs vassaux. Pour résister à leur volonté avec quelque espoir de succès, il était nécessaire d'avoir recours à l'épée. Mais sa pauvreté le forçait annuellement de solliciter un subside, et de l'acheter par des concessions à son parlement.