‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 591 sur 643 · CHAPITRE QUINZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIEME

son jugement était faible. Il n'avait jamais émancipé son esprit de la tutelle où il avait été tenu dans sa jeunesse, et il se laissa aisément persuader par ses favoris qu'il n'avait pas besoin de garder ses promesses , parce qu'elles lui avaient été arrachées au mépris des justes droits de la couronne.

Lors de la disgrâce de Hubert de Burgh [25 déc. 4 232], le roi avait donné sa confiance à son ancien gouverneur , Pierre le Poitevin , évôque de Winchester. Que l'éloigncment du ministre ait été suivi du renvoi des autres officiers du gouvernement, et que le favori ait profité de l'occasion pour élever et enrichir ses parents et ses amis, le fait n'est pas improbable ; mais il est difficile de croire, sur la vague assertion d'un chroniqueur satirique , que Pierre ait pu être assez ennemi de ses propres intérêts pour décider le roi à chasser de la cour tous les Anglais, et à confier à des Poitevins et à des Bretons la garde de sa personne, la perception de ses revenus, l'administration de la justice, le gouvernement de tous les châteaux royaux, la tutelle de tous les jeunes nobles et le mariage des principales héritières. Mais l'ascendant des étrangers, quelque grand qu'il fût, n'eut pas une longue durée. Les barons refusèrent d'obéir aux ordres du roi, qui les convoquait au conseil [1 I juillet 1233] : le comte-maréchal déploya l'étendard de la rébellion dans le pays de Galles, et le clergé se joignit aux laïques pour critiquer les mesures du gouvernement. Edmond, le nouvel archevêque de Canterbury, suivi de plusieurs autres prélats, se rendit auprès de Henri [2 févr. 1234]. Il rappela au roi que son père, en suivant de semblables avis, avait failli perdre sa couronne; il lui assura que les Anglais ne se laisseraient jamais fouler aux pieds par des étrangers dans leur propre pays, et déclara qu'il croirait de son devoir d'excommunier tout individu quelconque qui s'opposerait à la réforme du gouvernement et au bien de la nation. Henri s'alarma, et promit de lui rendre réponse dans quelques semaines. Un parlement de barons fut convoqué, et Edmond renouvela sa remontrance [9 avril]. Les Poitevins aussitôt furent congédiés, les insurgés rentrèrent en faveur, et on nomma des ministres qui possédaient la confiance de la nation *.

A l'Age de vingt-neuf ans, le roi avait épousé Éléonore, fille de Raymond, comte de Provence [14 janvier 1236;. La cérémonie de son couronnement, les fonctions des barons, l'ordre du banquet et les réjouissances du peuple sont décrits minutieusement par un historien qui, dans la chaleur de l'admiration, déclare que le inonde entier ne pouvait présenter un plus glorieux et plus ravissant spec-

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