CHAPITRE QUINZIÈME
des barons. Si , dans leurs assemblées, ils consentaient à lui accorder une aide, encore l'accordaient-ils de mauvaise grâce; et son acquiescement aux exactions exercées par le pape sur le clergé, ainsi que les dettes qu'il contracta en acceptant la couronne de Sicile pour Edmond, continuèrent d'exciter le mécontentement public. Il se forma des associations pour redresser les torts faits à la nation : sous le prétexte plausible de prévenir le mauvais emploi des revenus, on demanda à plusieurs reprises que les officiers de l'État fussent investis de leur commission dans le grand conseil ; et enfin la constitution fut entièrement bouleversée par l'audacieuse ambition de Simon de Montfort, comte de Leicester1.
Simon était le plus jeune des deux fils du comte de Montfort, nom célèbre dans les annales des guerres religieuses. Par la renonciation de son frère Amaury, connétable de France, il avait hérité des biens de sa mère Amicia , l'aînée des deux sœurs et cohéritières du dernier comte de Leicester [mai 1232] : son mariage subséquent avec Éléonore, sœur du roi, lui avait mis devant les yeux une couronne en perspective ; et son opposition marquée aux extorsions du roi et des pontifes lui avait valu, quoique étranger, l'affection de la noblesse, du clergé et du peuple. La politique demandait que le roi ne provoquât ni n'opprimât un sujet si redoutable. Mais Henri ne sut éviter aucune de ces fautes : dans plusieurs occasions il employa le comte à des offices de confiance et d'importance; dans d'autres, par une suite de petits affronts, il irrita son esprit au lieu de le soumettre. Parmi les habitants de la Guienne il y en avait beaucoup dont la fidélité chancelante était un sujet de constante sollicitude ; et Simon avait été nommé par lettres patentes gouverneur de la province pour cinq ans, dans l'espoir que son activité et sa résolution écraseraient les mécontents et assureraient l'obéissance des indigènes. Ce fut pour le comte des années d'efforts continuels; sa conduite lui attira nécessairement des ennemis , et il fut fréquemment accusé auprès du roi de péculat, de tyrannie et de cruauté. Il est impossible de déterminer jusqu'à quel point ces charges étaient vraies ; mais ses accusateurs étaient l'archevêque de Bordeaux et le chef de la noblesse gasconne, qui déclarèrent que, s'il n'était pas fait droit à leurs plaintes, leurs compatriotes demanderaient protection à un autre souverain. Quand Simon comparut devant ses pairs [1251], il était accompagné de Richard, frère du roi, et des comtes de Gloucester et de Hereford, qui s'étaient engagés à le garantir du ressentiment royal ; et le roi, voyant qu'il ne pouvait obtenir la condamnation