‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 60 sur 643 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

mais Grégoire avait écrit à Augustin qu'il soumettait tous les cvèques de Bretagne à son autorité. Le missionnaire, appuyé par Ethelbcrt, obtint des prélats bretons qu'ils vinssent le trouver dans un endroit qu'on a depuis appelé le chêne d'Augustin, dans le Worcestershire. Après de longs et inutiles débats, la conférence fut ajournée. Dans l'intervalle, les Bretons consultèrent un ermite voisin, qui les avertit d'observer la conduite d'Augustin : s'il se levait pour aller au-devant d'eux, ils devaient le considérer comme un homme sans présomption et écouter ses demandes ; mais , s'il restait sur son siège, ils le taxeraient d'orgueil et rejetteraient son autorité. Munis de ce sage conseil, qui laissait au hasard la décision de la controverse, sept évéques, et Dinoth, abbé de Bangor, se rendirent au lieu de la conférence. Il se trouva qu'Augustin était assis et ne se leva point à leur arrivée. En conséquence ses raisons et son autorité furent dédaignées. Ils n'avaient pas différé sur les points de doctrine; et, pour faciliter leur consentement sur d'autres matières, l'archevêque avait réduit ses demandes à trois chefs : observer le comput catholique de PAques, adopter le rit romain dans l'administration du baptême, et se joindre aux missionnaires pour prêcher les Saxons1. Conformément à l avis de Termite, chacune de ces requêtes fut refusée obstinément. « Sachez donc , s'écria le missionnaire d'un ton de prophète , que si vous ne voulez pas m'aider à indiquer aux Saxons le chemin de la vie, ils deviendront pour vous, par le juste jugement de Dieu, les ministres de la mort. » 11 ne vécut point assez pour voir cette prédiction réalisée*.

Le règne d'Ethelbert dura cinquante-six ans. Avant sa mort, il publia un code de lois pour régulariser l'administration de la justice. Il était redevable de cette amélioration aux conseils des missionnaires, qui, bien qu'accoutumés aux formes et aux arrêts de la jurisprudence romaine, n'essayèrent point, en faisant des lois pour les Saxons, de détruire leurs idées nationales de l'équité, mais eurent la sagesse de conserver le principe de la compensation pécuniaire , principe qui prévalait universellement chez les nations du Nord. Les crimes qui paraissaient le plus contraires au

1. 11 est surprenant que tant d'historiens modernes aient représenté les Bretons comme ayant des doctrines différentes de celles professées par les missionnaires romains . quoique ces écrivains n'aient pas encore produit un seul exemple de cette différence. Augustin aurait-il demandé au clergé breton de prendre part à la conversion des Saxons , si ce clergé avait enseigné des doctrines qu'Augustin condamnait! Bède a rapporté avec une grande minutie toutes les controverses des deux partis : elles roulent toutes sur des points de discipline. Nulle part on ne rencontre l'indice même le plus indirect de la moindre différence dans la doctrine.

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