CHAPITRE QUINZIÈME
jures, et défiant les comtes de Leicester et de Derby de comparaître à la cour du roi, et de prouver leur assertion en combat singulier. Après l'observation des formes que le lien féodal entre le seigneur et son vassal était supposé rendre nécessaires, Montfort se prépara au combat. Ce chef avait le talent particulier de persuader aux siens que la cause pour laquelle ils combattaient était la cause du ciel. Il leur représenta que leur but était la liberté et la justice, et que leur adversaire était un prince qui, par la violation réitérée des serments les plus solennels, les avait déliés de leur allégeance et avait attiré sur sa tète la malédiction du Tout-Puissant [43 mai]. Il ordonna que chaque homme s'attachât une croix blanche sur La poitrine et sur les épaules, et consacrât la soirée suivante aux devoirs de la religion. Le matin, de bonne heure, i\ se mit on marche ; et, laissant son bagage et son étendard sur le sommet d'une colline à environ deux milles de Lewes, il descendit dans la plaine [44 mai]. Les fourrageurs de Henri avaient découvert et annoncé son approche ; et les royalistes, formant trois' divisions, attendaient l'attaque en silence. Leicester ayant appelé devant les rangs le comte de Gloucester et plusieurs autres jeunes seigneurs, les fit mettre à genoux et leur conféra l'ordre de la chevalerie, et les habitants de Londres, qui attendaient impatiemment la (in de la cérémonie, s'élancèrent sur l'ennemi avec d$ grands cris*. Us furent reçus par le prince Èdouard, rompus eq quelques minutes et repoussés jusqu'à l'étendard. Si le prince fût revenu de sa poursuite et fut tombé sur les derrières des confédérés, il aurait pu s'assurer la victoire. Mais il se souvenait des insultes que les citoyens avaient faites à sa mère et p\?s excès dont ils s'étaient récemment rendus coupables; les conseils de la prudence eurent moins de pouvoir que la soif de la vengeance, et la poursuite des fuyards l'entraîna, avec la fleur de l'armée, à quatre milles du champ de bataille. Plus de trois mille habitants de Londres furent tués; mais cet avantage fut chèrement acheté par la perte de la victoire et la ruine de la cause royale. Leicester, qui contemplait avec plaisir limpétupsité irréfléchie du prince, tomba avec le reste de ses forces sur Henri et sur son frère. Un corps d'Écossais qui combattait à pied fut taillé en pièces ; ses commandants, John Comyn et Robert de Bruce, furent faits prisonniers; le roi des Romains eut le même sort, et le combat se soutint faiblement par les efforts et l'exemple de Philippe Basset qui combattait près de la personne de Henri. Mais quand ce sei-
1. Tl paraît que l'étendard du roi était un dragon ; c'était aussi l'étendard des princes west-saxons. Dunst. 3~>6. West. 387.
HISTOIRE D'ANGLETERBF
gneur tomba épuisé par la perte de son sang, ses compagnons s'enfuirent; le roi, qui avait eu son cheval tué sous lui, se rendit; et Leicester conduisit le royal captif au prieuré. Les fugitifs, dès qu'ils apprirent la destinée de leur souverain, revinrent partager sa captivité et se livrèrent volontairement à leurs ennemis f.
Lorsque Edouard revint de sa poursuite, les deux armées avaient disparu. Il traversa le champ de bataille, qui était jonché de morts et de blessés, s'enquérant avec anxiété, mais sans succès, du sort de son père. Comme il approchait de Lewes, les barons firent une sortie, et au premier choc le comte de Warenne avec les frères utérins du roi et sept cents chevaux, s'enfuirent à Pevensey, d'où ils firent voile pour le continent. Édouard, à la tète d'un corps considérable de vétérans des marches galloises, longea la muraille du château, et apprenant que son père était captif au prieuré, il obtint de Leicester la permission de le visiter. Une tentative infructueuse faite par les barons contre le château ranima ses espérances. Il ouvrit une négociation avec les chefs du parti, et le lendemain matin fut conclu le traité connu sous le nom de •« compromis de Lewes » [15 mai]. Il y fut convenu que tous les prisonniers faits pendant la guerre seraient mis en liberté, que les princes Édouard et Henri seraient gardés en otage comme caution de la conduite politique de leurs pères, le roi d'Angleterre et le roi des Romains, et que tous les points qui ne pourraient pas être réglés à l'amiable dans le prochain parlement seraient renvoyés à la décision de certains arbitres. On dit qu'il périt de chaque côté environ cinq mille hommes à la bataille de Lewes1.
Cette victoire avait mis l'autorité royale sous les pieds de Leicester : le projet d'arbitrage n'était qu'un leurre pour tromper le vulgaire , sa conduite passée avait prouvé combien il était peu lié par de telles décisions; et les arbitres eux-mêmes, prévoyant le résultat probable, refusèrent d'accepter cet office. Le grand objet de sa politique était de conserver l'ascendant qu'il avait acquis. Il prodiguait à Henri, qui était devenu le marchepied commode de son ambition, toutes les démonstrations possibles de respect ; mais
1. Dunst. 370, 372. West. 387, 388. Wikes, 62. Paris, 853, 854.
2. West. 388. Dunst. 372. Wikes, 76. Dans une lettre qui a été conservée par Westminster, et qui paraît écrite par un contemporain bien informé, on donne une relation différente de l'issue de la bataille. Il est dit que Henri ne se rendit pas. mais se retira dans le prieuré, où il fut rejoint par Edouard, et qu'il consentit avec répugnance au traité pour sauver la vie au roi des Romains et aux nobles captifs que Leicester menaçait de mettre à mort. La lettre ajoute que les arbitres devaient être deux Français, choisis par six autres Français, prélats et seigneurs, et devalent s'adjoindre un Anglais, afin de s'assurer une majorité en cas de divergence d'opinion. Wost. 393.