CHAPITRE QUINZIÈME. Câ
il ne lui permettait pas de sortir de prison ; et, sans le consulter, il apposait le sceau de l'État à tous les ordres qu'on publiait pour l'abaissement de l'autorité royale1. Le roi des Romains, ennemi plus 'résolu et plus dangereux, au lieu d être rendu à la liberté, fut plus étroitement enfermé dans le château de Wallingford et ensuite dans celui de Kenilworth: et la garde des deux princes fut confiée au nouveau gouverneur de Douvres, qui eut pour instructions de n'avoir aucune tolérance de nature à faciliter leur évasion. Au lieu de destituer les sheriffs, Leicester envoya dans chaque canton une de ses créatures avec le titre de conservateur de la paix [4 juin]. Cet officier était autorisé à arrêter tous ceux qui seraient porteurs d'armes sans une licence spéciale du roi, à prévenir toute infraction à la paix, à employer la passe coniiiatus pour appréhender les délinquants, et à faire choisir quatre chevaliers comme représentants du comté au prochain parlement [23 juin] . Dans cette assemblée on établit une nouvelle forme de gouvernement qui, à moins qu'elle ne fût dissoute d'un commun accord, devait durer jusqu'à ce que le compromis de Lewes fût en pleine exécution, non-seulement sous le règne de Henri, mais aussi sous celui d'Édouard, l'héritier présomptif. Cette forme avait été imaginée par les chefs de la faction pour cacher leurs vues réelles au peuple, et était combinée de manière à leur laisser aux mains l'autorité souveraine, tandis qu'aux yeux des observateurs superficiels ils semblaient l'avoir rendue au roi et à son conseil. Il était stipulé que Henri déléguerait le pouvoir de choisir ses conseillers à un comité de trois personnes, dont les actes seraient valides, pourvu qu'ils fussent revêtus de la signature de deux d'entre eux. Le roi adressa immédiatement au comte de Leicester, au comte de Gloucester et à l évéque de Chichester un ordre qui les autorisait à nommer en son nom un conseil de neuf membres, et ils ne furent pas longs à choisir à cet effet les plus dévoués de leurs adhérents. Les pouvoirs donnés à ce conseil étaient trèsé tend us et devaient être exercés sans contrôle tant que le parlement ne siégerait pas. Outre l'autorité ordinaire, ils avaient la nomination de tous les officiers de l'État, de tous les officiers de la maison du roi et de tous les gouverneurs des châteaux royaux. Ils avaient ordre d'être constamment de service auprès de la personne du roi ; ils devaient tous être convoqués pour les affaires de grande importance, et il fallait la majorité des deux tiers pour valider leurs décisions. Jusqu'ici le comité originaire semblait avoir été
1. « Contra voluntatcm nostram Hueras sigillo nostro, quo non nos, sed cornes ipse utebatur pro suo arbitrio, forma ri fecit. * Apud Brady, 11. 6f)3.
oublié ; mais on arrêta que, lorsque le conseil serait divisé de façon à ne pouvoir obtenir le consentement des deux tiers, la question serait réservée à la décision des trois électeurs : artifice par lequel, sous le modeste prétexte de prévenir toute discussion, ils s'investissaient de l'autorité souveraine. Par des actes additionnels, il fut résolu qu'aucun étranger ne serait employé dans le gouvernement, quoiqu'il pût d'ailleurs aller, venir, ou résider en paix; que les offenses passées seraient mutuellement oubliées; que les deux Charles, les actes passés l'année précédente en conséquence des statuts d'Oxford, et toutes les anciennes et louables coutumes du royaume seraient inviolablement observés; et que trois prélats seraient nommés pour réformer l'Église et pour procurer au clergé, avec l'aide de la puissance civile en cas de besoin, une pleine compensation de ses pertes durant les derniers troubles 1.
Le comte jouissait maintenant en réalité d'une autorité plus étendue que ne l'avait jamais été celle de Henri ; mais il découvrit bientôt qu'il lui faudrait déployer toutes ses ressources pour conserver l'objet de son ambition. La cause du monarque captif fut épousée avec ardeur par les nations étrangères et par le souverain pontife. Des aventuriers de toutes les provinces de France accoururent en foule sous l'étendard royal que la reine Éléonore avait levé à Damme en Flandre ; et une flotte nombreuse s'assembla dans le I>ort pour transporter en Angleterre les milliers de combattants qui avaient juré d'humilier l'orgueil d'un déloyal et ambitieux sujet. Pour résister, Leicester avait appelé au camp des dunes de Barham non-seulement les tenanciers militaires du roi, mais toutes les forces de la nation [3 août] 2, et, prenant lui-même le commandement de la flotte, il croisait dans le détroit pour arrêter les agresseurs. Mais les vents semblaient ligués avec le comte ; l'armée de la reine fut retenue plusieurs semaines dans le voisinage de Damme; et les mercenaires se débandèrent peu à peu, lorsque la courte période pour laquelle ils s'étaient engagés à servir fut expirée. Dans l'intervalle, le pontife avait chargé Guido, cardinalévêque de Sabine, de se rendre en Angleterre et de prendre Henri
1. Rym.i. 791,795. Ntiv Rym. 441. Brady, n, App. 213, 214. NawRytn. 1,443, 4.
2. Les tenanciers militaires eurent ordre sous peine de félonie de mettre en campagne, non- seulement les troupes spécifiées par leurs tenures, mais toute la cavalerie et l'infanterie qu'ils pourraient; chaque municipalité fut tenue d'envoyer huit, six, ou quatre fantassins bien armés de lances, d'arcs et de flèches; d'épées, d'arbalètes et de haches, qui serviraient quarante jours aux fratsde la municipalité ; et lis cités et les bourgs reçurent l'ordre de fournir autant de cavaliers et de fantassins que le Sheriff en désignerait. On ne devait admettre aucune excuse relative au court espace de temps, à l'approche de la saison, ou à tout autre inconvénient particulier. Vovez cette sommation extraordinaire dans Brady, il, App. n- 217. New Rymer, 444.