‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 621 sur 643 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

quelques mois. Henri suivit son frère. Des maladies réitérées avaient usé par degrés la constitution du roi. L'année précédente, il avait été dans le danger le plus imminent , et avait instamment réclamé par écrit le retour du prince Edouard [2 avril 4274]. À son rétablissement, il entreprit de pourvoir à la liquidation de ses dettes, en nommant des commissaires pour recevoir et administrer son revenu, ne réservant pour son usage particulier que cent vingt livres par an *. Mais la mort de son frère, l'assassinat de son neveu et l'absence de son fils ajoutaient l'anxiété de l'esprit à l'infirmité du corps ; sa santé déclina rapidement , et il expira à Westminster dans les sentiments les plus édifiants, la cinquante-septième année de son règne [46 nov.]. L'église abbatiale, qu'il avait rebâtie depuis les fondements, fut choisie pour le lieu de sa sépulture, et son corps fut déposé dans la tombe même d'où il avait autrefois enlevé les os d'Édouard-le-Confesseur pour les placer dans une châsse d'or. Beaucoup de prélats et de barons assistèrent aux funérailles. Avant que la tombe fût couverte, le comte de Gloucester s'avança , et, posant la main sur le corps du roi , jura fidélité au prince Edouard ; et son exemple fut suivi avec empressement par les spectateurs qui l'entouraient. Le nouveau monarque fut immédiatement proclamé sous le titre d'Édouard, roi d'Angleterre, lord d'Irlande et duc d'Aquitaine , et de ce jour datèrent les années de son règne ».

Les pages qui précèdent auront appris au lecteur à apprécier le caractère de Henri. Doux et crédule, chaud dans ses attachements et clément dans se3 inimitiés, sans vices mais aussi sans énergie , ce fut un homme bon , mais un faible monarque. Dans un siècle plus paisible, où l'habitude de l'obéissance eût fortifié l'empire des lois, il eût pu occuper le trône convenablement, peut-être avec honneur ; mais sa destinée le jeta dans une des plus turbulentes époques de notre histoire, sans les talents qui commandent le respect , ou l'autorité qui force à la soumission. Cependant son incapacité fut plutôt une source de préjudice pour lui-même que de misères pour ses sujets. Sous son faible mais pacifique gouvernement, la richesse et la prospérité de la nation augmentèrent plus rapide-

1. Rym. I, 871. Henri avait, dans plusieurs autres occasions, retranché une partie des dépenses de sa maison dans le dessein de payer ses dettes. Paris, 687, ST»0.

2. Rym. !, 888, 889. Wikes, 98 Annal. lVigorn. 499. Les historiens nationaux du temps regardaient la nouvelle église de Westminster comme supérieure en magnificence à toutes celles de la chrétienté. « Quam idem rex opère sumptuosissinio fabricatam , amota prorsus vetere , qu« nullius omnino valoris extiterat , de propriis flsci regulis exitibus a fundamentis construxit ; qua? quidem sumptibus et décore sic cœteris por orbem ecclesiis prteponi decernitur, ut videatur compare m non babere. » Wikes, 89.

ment qu elles n'avaient fait sous aucun de ses belliqueux ancêtres. Des cinquante-six ans qUe dura son règne, une très-petite portion fut signalée par les calamités de la guerre : les tenanciers de la couronne furent rarement traînés par lui dans les pays étrangers, ou appauvris par des scutages pour l'entretien des armées mercenaires; les propriétaires, privés de deux sources de richesses, le pillage de l'ennemi et la rançon des captifs, tournèrent leur attention vers l'amélioration de leurs terres ; des règlements salutaires encouragèrent l'esprit de commerce , et il y eut à peine un port, de la côte de Norwége aux rivages d'Italie , qui ne fût annuellement visité par les marchands anglais. Cette allégation surprendra peut-être ceux qui n'ont fait attention qu'aux remontrances des barons factieux ou aux plaintes des historiens mécontents; mais le fait est que , de tous les rois, depuis la conquête, Henri est celui qui reçut le moins d'argent des tenanciers de la couronne. Suivant les calculs les plus exacts , la moyenne de ses dépenses n'excédait pas vingtquatre mille marcs par an 1 ; et nous avons l'assurance que, dans le cours d'un règne qui dura un demi-siècle, les seules aides extraordinaires levées par lui sur la nation furent deux quinzièmes, un trentième , et un quarantième pour lui-même , et un vingtième pour le secours de la Terre-Sainte *. Sa grande ressource fut le dixième des revenus ecclésiastiques qu'il reçut pendant quelques années : impôt qui , bien qu'insuffisant pour le tirer de la pauvreté, était de nature , en ce qu'il opérait partiellement, à exaspérer les esprits de ceux qui étaient obligés de le payer. Le clergé s'efforça en vain de se délivrer de ce fardeau ; ses écrivains ont travaillé avec plus de succès à intéresser la postérité en sa faveur par la description , probablement exagérée , des dommages qu'il éprouvait 3.

Avant de passer à l'histoire du roi suivant, on me permettra de

1. a Postquam cœperat esse regni diîapidator » ( Paris, 814). Si ces mots veulent dire depuis son avènement , la moyenne est de 24,000 marcs ; si c'est depuis Tannée de sa majorité, elle est d'environ 3U,000.

2. Cart. il , 171. Comme de raison , on n'y comprend pas les aides que les tenanciers de la couronne étaient obligés de payer d'après leurs tennres, et qui étaient comptées dans le revenu ordinaire de l'année.

3. De ces écrivains, celui qui s- plaint !e plus est Matthieu Paris, moine de Saint- Alban , en partie auteur et en partie compilateur de l'énorme volume qui , avec la continuation de Rishangcr, a été publié sous son nom. Il contient beaucoup de documents originaux, et quelques-uns de précieux; mais l'écrivain, accoutumé à critiquer les grands, soit clercs, soit laïques, semble avoir recueilli et conservé toutes les anecdotes malignes et scandaleuses qui pouvaient flatter ses dispositions satiriques. On trouvera peut-être que je parle sévèrement de cet écrivain favori ; mais ce que je puis dire , c'est que , lorsque j'ai pu confronter ses pages avec les recueils authentiques ou les écrivains contemporains , j'ai trouvé , dans beaucoup de cas , la différence assez grande entre eux pour donner à son récit l'apparence d'un roman plutôt que d'une histoire.

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