‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 628 sur 643 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

tenanciers de la couronne, mais tons les individus du ressort du comté. En l'absence donc de toute autorité contraire, on ne saurait être taxé de témérité pour affirmer que l'élection appartenait anciennement, comme elle fit depuis, aux francs- tenanciers en masse, qu'ils tinssent du roi, ou d'un seigneur de fief servant; ou par service militaire, ou par tout autre service libre.

3° Mais si nous découvrons parfois les chevaliers de la province parmi les membres des grands conseils, nous n'avons aucune Faison suffisante de croire qu'ils étaient accompagnés des députés des villes et des bourgs. Dans les ordonnances qui furent rendues sous les règnes de Jean et de son fils, et dont beaucoup ont été conservées , il n'existe aucun vestige de sommation prescrivant la présence des citoyens et des bourgeois avant l'administration de Leicester. Nous pouvons en toute sûreté déclarer la sienne une innovation , mais une innovation que le cours des événements aurait introduite d'une autre manière dans peu d'années. Depuis deux siècles, les villes et les bourgs sortaient silencieusement de leur insignifiance primitive, et commençaient à appeler l'attention par le constant accroissement de leurs richesses et de leur population. Profitant de la pauvreté de leurs seigneurs, los habitants avaient successivement acheté les privilèges les plus importants. Au lieu de services individuels, ils payaient maintenant une rente commune . leurs associations étaient sanctionnées par des chartes, et ils avaient acquis le droit de tenir des foires, de demander des péages, de choisir leurs principaux magistrats, et de faire leurs propres lois. Us étaient en état de fournir des hommes et de l'argent ; et la politique naturelle de la couronne fut de les attacher à ses intérêts en allégeant leurs charges et en faisant droit à leurs pétitions. Anciennement, toutes les fois que le roi obtenait une aide de ses tenanciers en chef, il imposait une taille sur ses bourgs, laquelle était levée à discrétion par une capitation sur la propriété personnelle 4. Sans contester ce droit de la couronne, les habitants supportaient avec impatience les vexations que leur faisait éprouver, en pareille occasion , le despotisme des officiers royaux ; et fréquemment ils offraient, en échange de la taille, une somme considérable sous le nom de présent, qui , si on l'acceptait, était réglée et payée par leurs propres magistrats *. C'était en réalité

1. Ce fut ainsi que Henri III, dans la 21e année de son règne, obtint un trentième des tenanciers de la couronne et des francs-tenanciers des comtés (Brady, if, App. n" 159) ; et en même temps il exigea une taille des villes, bourgs et terres domaniales de la couronne, «sicut civitates, burgos, et dominica nostra talliari fecimus. » Brady, i, 95.

2. Cette distinction fut faite dès le règne de Henri III. « Plurimum interest si

leur accordoi la liberté de se taxer eux-mêmes; et, une fois l'innovation introduite , il était évidemment plus convenable et plus conforme aux coutumes nationales que le nouveau privilège fût exercé par des députés réunis ensemble, que confié aux avis discordants de tant de communautés séparées. Cela n'échappa point au discernement de Leicester ; et si cette amélioration fut abandonnée après sa chute ( probablement à cause de la défaveur attachée à sa mémoire)1, 1 utilité en fut appréciée par le nouveau monarque , qui avant la fin de son règne appela régulièrement au parlement les représentants des villes et des bourgs aussi bien que ceux des comtés.

4° De la multitude d'abbés et de prieurs convoqués par Leicester en \ 264 , quelques écrivains ont inféré qu'il voulait s'assurer une majorité en introduisant parmi les membres ses partisans des ordres monastiques * . La vérité est qu'il n'y avait rien d'inusité dans leur nombre. Dans l'origine, il est vrai, l'obligation d'assister aux grands conseils se bornait aux ecclésiastiques qui tenaient leurs terres en baronnie 3 ; mais ceux-ci ne formaient qu'une petite portion du clergé régulier et séculier, tandis que le reste, quoique inférieur en richesses et en dignités, jouissait de l'avantage de posséder ses revenus à l'abri des exactions auxquelles les tenanciers féodaux étaient sujets. Toutefois, la rapacité de la couronne ne tarda point à envahir cette précieuse immunité. On fit d'abord des tentatives pour étendre les aides accordées par les évèques pour leur compte à tout le clergé de leurs diocèses respectifs ; mais il résista avec succès, probablement en alléguant que les

donum vel auxilium civitatis per singula capita commorantium in ea à justiciariis constituatur, vel si cives summam aliquam quee principe digna videatur justiciariis offerant , et ab eis suscipiatur » \Apud Brady, i, 178). Ainsi , lorsque Henri III, dans la 39** année de son règne, demanda une taille de 3000 marcs aux citoyens de Londres, ils offrirent un don de 2000, soutenant en même temps qu'ils n'étaient pas sujets À la taille. Mais il Tut prouvé , par les archives de la chancellerie et de l'échiquier, qu'ils avaient été taillés dans les années 1214, 1223, 1242, 1246, 1249, 1253 ; et, le jour suivant, ils crurent devoir se soumettre. Voyez l'acte original dans Brady, i, 178.

1. Suivant Hody ( HisL des Convocations, p. 369), les bourgeois assistaient au parlement de 1269. 11 s'appuie sur l'autorité de Wikes , qui nous dit en effet que Henri somma les hommes les plus puissants des villes et des bourgs d'assister à la translation du corps d'Edouard-le-Confesseur ; comme autrefois , à son retour de France , en 1243, il avait sommé quatre députés de chaque ville et bourg de venir à sa rencontre dans leurs meilleurs habits et sur des chevaux de prix ( Paris, 534 ) . Mais c'était simplement pour lui faire honneur dans une circonstance paitictilière. Wikes ajoute alors qu'après la cérémonie de la translation un parlement fut tenu par les nobles; expression qui semble exclure les citoyens et les bourgeois. Wikes , 88, 89.

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