‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 64 sur 643 · CHAPITRE DFX'XIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DFX'XIÈME

sion, la mit en pièces avec son ebef Raegenheri ou Rainer, fils de Redwald. Mais les Northumbres furent promptement écrasés par le nombre des Est-Angles; et le roi, s' étant ouvert avec son épée un passage jusqu'au milieu de ses ennemis , tomba sur les corps de ceux qu'il avait tués. Les vainqueurs se hâtèrent de profiter de leur avantage. Edwin fut reçu dans le Dcire avec des acclamations de joie ; les enfants d'Edilfrid s'enfuirent au nord de l'île, et les Berniciens se soumirent volontiers à l'heureux fils d'.Ella. Redwald, après avoir placé son ami sur le trône des deux royaumes unis, rentra en triomphe dans ses États *.

EDWIN , CINQUIÈME BRETWALDA.

Le génie guerrier d'Edilfrid avait élevé la Northumbrie au niveau des plus puissants États anglo-saxons. Sous le gouvernement d'Edwïn , elle acquit une supériorité marquée qui le fit revêtir, lui et ses successeurs immédiats, du titre de bretwalda. On ignore par quels degrés il monta à cette prééminence ; mais l'histoire de sa conversion au christianisme a été conservée par la plume du vénérable Bède.

Dans la neuvième année de son règne, Edwin avait épousé Edilberge, fille d'Ethelbert, défunt roi de Kent. Eadbald, dans son zèle, avait préalablement stipulé que sa sœur jouirait du libre exercice de sa religion, et avait fait promettre à Edwin d'examiner lui-même les preuves de la foi chrétienne. La reine était accompagnée de Paulin, missionnaire romain, qui avait reçu depuis peu sa consécration épiscopale. Le roi tint fidèlement sa parole ; mais, quoiqu'il n'empêchât point Edilbcrge de se livrer aux pratiques du christianisme , il ne montra aucun penchant à embrasser luimême cette religion ; ce fut en vain que Paulin prêcha, que la reine supplia, que le pape Boniface envoya des lettres et des présents. Edwin paraissait immuablement attaché au culte de ses pères.

Le royaume de Wessex était alors gouverné par deux princes, Cuichelm et Cynegils, successeurs de Ceolwulf. [A. D. 626.] Ils supportaient avec impatience la suprématie que s'arrogeait Edwin ; et, hors d'état de lutter contre lui sur'le champ de bataille, ils essayèrent de s'en défaire par un assassinat. Eumer, en qualité d'envoyé de Cuichelm, demanda une audience à Edwin. Il avait caché sous ses habits un poignard à double tranchant qui avait été préalablement trempé dans le poison; et, tandis que le roi écou-

l. Bed. h , 12. C/trnn. sax, p. 27. Hunt. 181.

fi.

HISTOIRE D'ANT.LKTKRKK.

tait attentivement son discours, l'assassin voulut lui porter au cœur un coup terrible. Son dessein n'échappa point à l'œil du fidèle Lilla , c|ui se jeta entre Edwin et le poignard , et tomba mort aux pieds de son maître. La force du coup avait été si grande que le roi fut blessé au travers du corps de son serviteur. A l'instant toutes les épées furent tirées ; mais Eumer se défendit avec un courage si désespéré qu'il tua Frodheri , autre thane , avant d'être accablé par le nombre.

La nuit précédente Edilberge était accouchée d'une fille, et Edwin rendit publiquement aux dieux des actions de grâces pour sa propre conservation et pour la santé de sa femme. Paulin ne négligea point l'occasion d'attribuer ces deux événements à la protection du Christ, dont la résurrection avait été le jour même célébrée par la reine. Son discours fit impression sur l'esprit du roi, qui permit de baptiser sa fille, et promit de se faire chrétien s'il revenait vainqueur de l'expédition qu'il méditait contre le perfide roi de Wessèx1.

Edwin marcha contre ses ennemis à la tête d'une puissante armée. Les deux frères furent défaits ; cinq des chefs w est-saxons périrent dans la bataille, et le pays fut saccagé par les vainqueurs. Ayant satisfait son ressentiment , le roi revint en Northumbrie, et Paulin lui rappela sa promesse. A dater de ce moment, il s'abstint du culte de ses dieux ; mais il hésitait encore à embrasser le christianisme. 11 consultait alternativement ses prêtres et le missionnaire , et méditait dans la solitude leurs arguments opposés. Son esprit fut fortement influencé par le souvenir de son rêve en Est-Anglie ; et, voyant que ce rêve s'était vérifié sur tous les autres points, il crut devoir achever de le réaliser en se faisant chrétien. Ayant pris celte résolution, il convoqua une assemblée de ses witan ou conseillers, et les invita à exposer tous leur opinion a cet égard. Le premier qui se hasarda à parler fut Coiffi, le grand-prêtre, qui, au lieu de s'opposer au culte étranger, en conseilla l'adoption. Son motif était singulier. Personne, dit-il, n'avait servi les dieux plus assidûment qu'il n'avait fait, et pourtant peu d'hommes avaient été moins heureux. Il était las de divinités si indifférentes ou si ingrates, et il tenterait volontiers fortune sous la nouvelle religion. A ce profond théologien succéda un thane dont le discours , tout en prouvant le bon sens de l'orateur, présente une peinture frappante des mœurs nationales. Il cherchait à s'expliquer l'origine et la destinée de l'homme. « Sou-

1. Elle fut baptisée avec onze autres petites filles appartenant à la maison de la reine. Bed. n, 9. Chmn. sax. 27.

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