CHAPITRE DEUXIÈME
eune fille jElflède à la profession monastique. Le matin , Oidilwald, honteux peut-être de combattre contre ses compatriotes, se sépara des Merciens, et resta à distance tranquille spectateur du combat. La valeur ou le désespoir des Northumbres prévalut. Des trente chefs vassaux qui servaient sous la bannière du Mercien, il n'échappa qu'Oidilwald et Catgubail , roi breton de Gv\ mez. Penda ne survécut pas à la destruction de son armée. Ce vétéran blanchi sous les armes , qui était parvenu à sa quatre-vingtième année et avait teint son épée du sang de trois rois des Est-Angles et de deux des Northumbres, avait été entraine du champ de bataille par lefflot des fuyards ; mais il fut atteint et mis à mort. La bataille se donna à Winwidfield près de Leeds; et l'Are, qui avait débordé, engloutit plus de Merciens dans leur fuite qu'il n'en était tombé sous le fer de l'ennemi. Les Anglo-Saxons avaient coutume de conserver dans des proverbes la mémoire des événements remarquables. Au sujet de cette victoire on disait communément : « Le courant du Windwid a vengé la mort d'Anna, la mort de Sigeberct etd'Égéric, et la mortd'Edwin et d'Oswald 1. »
Le sort de Penda et l'entière destruction de son armée ouvrirent une perspective inattendue à l'ambition d'Oswio. Il ravagea en courant l'Est-Anglie et la Mercie, subjugua les habitants stupéfaits, et leur fit sentir les maux qu'ils avaient si souvent infligés. Il divisa la Mercie en deux : les provinces au nord de la Trent, il les annexa à son royaume ; celles au sud , il les laissa, par compassion pour sa fille, sous le gouvernement de Penda. Mais ce prince infortuné ne jouit pas long-temps de ce don. Aux fêtes suivantes de Pâques, il périt par la trahison, est-il dit, de sa femme, et son territoire fut immédiatement occupé par les Northumbres.
Le vœu par lequel il s'était lié réclama alors l'attention d'Oswio. Elflède , qui n'avait pas encore un an , fut confiée aux soins de l'abbesse Hilda; son douaire fut fixé à cent vingt hides de terre en Bernicie, et à un nombre égal en Deire. Cette magnifique donation permit à la communauté de se transporter de Hartlepool à Whitby, situation plus convenable, où la noble religieuse vécut cinquante-neuf ans dans la pratique des devoirs monastiques, et, pendant la moitié de ce temps, exerça les fonctions d'abbesse. Le roi, bientôt après, dota un autre monastère à Gilling. Sa conscience lui reprochait le sang d'Oswin ; et, à la sollicitation de sa femme Eanfled, il fonda, sur le lieu même où ce prince avait été tué, une communauté de moines qui étaient chargés d'offrir cha-