CHAPITRE DEUXIÈME
des disputes occasionnées par ces différents computs, avait adopté un nouveau cycle, qui s'accordait sur tous les points importants avec le calcul d'Alexandrie. Mais cette amélioration était inconnue aux chrétiens bretons, qui, à cette époque, étaient exclusivement occupés àj tenir tète aux envahisseurs de leur pays ; et ils continuèrent de suivre l'ancien cycle de Sulpice-Sévère, qui leur était devenu particulier. Il arrivait de là, de temps à autre, que la PAque, et par conséquent les autres fêtes de l'année qui se règlent sur cette solennité, étaient célébrées à des époques différentes par les chrétiens saxons , selon qu'ils avaient été instruits par des missionnaires écossais, ou par des missionnaires romains et gaulois.
Un autre sujet de dispute, mais secondaire, ce fut la forme de la tonsure ecclésiastique. Depuis long-temps il était passé en coutume que le clergé se distinguât par la manière de porter les cheveux ; et les missionnaires, n'étant point au fait des différentes modes adoptées dans différents pays, étaient réciproquement surpris et choqués, à première vue, de l'apparence peu canonique de leurs frères. Les Romains rasaient le sommet de la tête, et considéraient le cercle de cheveux qui entourait la tonsure comme figurant la couronne d'épines qui avait été enfoncée dans les tempes du Christ par la cruauté de ses persécuteurs. Les Écossais laissaient croître leurs cheveux par derrière , mais ils les rasaient par devant en forme de croissant. Les premiers alléguaient en faveur de leur tonsure qu'elle leur venait de saint Pierre, et accusaient leurs adversaires de porter la marque distinctive de Simon le Magicien et de ses disciples. Les derniers ne pouvaient réfuter ces assertions ; mais ils soutenaient que leur manière de raser la tête, impie dans son origine, avait été sanctifiée par les vertus de ceux qui s'en étaient servis. Chaque parti tenait obstinément à sa coutume et condamnait sévèrement celle de l'autre.
Si ces questions avaient pu diviser les missionnaires, il n'est pas étonnant qu'elles fussent un sujet d'embarras pour leurs disciples. Le rétablissement de la concorde était réservé au zèle et à l'autorité d'Oswio. Lui et la plus grande partie de ses sujets tenaient des Écossais leur connaissance du christianisme ; sa femme, Eanfled, et son fils, Alchfrid, avaient été élevés par les disciples des Romains. Ainsi Oswio voyait sa propre famille partagée en factions, et les mêmes solennités célébrées à des époques différentes dans son propre palais. Désireux d'établir l'uniformité, il ordonna aux champions des deux partis de se réunir à Whitby, et de discuter le
buaient encore à embrouiller la question. On peut les voir dans le BMe de Smith , App. ix, p. 698, et dans le docteur O'Connor, Proleg. n, 119.
mérite de leurs coutumes respectives. [A. D. 661] Wilfrid, depuis évoque d York, appuya la caus* des Romains sur l'autorité de saint Pierre et sur l'usage de l'Église universelle, qui ne devait pas céder aux prétentions de quelques obscures congrégations de chrétiens établies sur les cotes occidentales de la Bretagne. Colman fit valoir la sainteté de saint Colomban, l'apôtre du Nord, et soutint qu'il ne fallait rien changer à ce que lui et ses successeurs avaient sanctionné de leur approbation. Oswïo termina le débat en déclarant qu'il préférait les institutions de saint Pierre à celles de saint Colomban. La majorité de l'assemblée applaudit à cette décision ; quant aux moines écossais, les uns se conformèrent à l'usage de leurs adversaires, les autres se retirèrent en silence et mécontents à leur monastère principal, dans l'île de Hii
Pans la même année, la vingt-deuxième du règne d'Oswio, le commencement du mois de mai fut signalé par une éclipse totale de soleil. Dans leur ignorance, les observateurs ne manquèrent pas de prédire les désastres les plus alarmants, et l'événement sembla justifier leurs prédictions. L'été fut d'une sécheresse extrême ; les cieux , pour user de l'expression d'un ancien chroniqueur, avaient l'air d'être en feu, et une peste de la nature la plus dangereuse (on l'appelait peste jaune) dépeupla l'île*. Elle fit sa première apparition sur les côtes méridionales, et, avançant graduellement vers le nord, elle avait, avant l'hiver, ravagé le Deire et la Bernicie ; elle atteignit l'Irlande au commencement du mois d'août. Les symptômes de ce mal destructeur n'ont pas été décrits par les historiens ; mais il déjoua l'habileté des médecins du pays , et beaucoup de Saxons de l est, ne pouvant l'expliquer par des causes naturelles, l'attribuèrent à la colère des dieux et retombèrent dans leur première idolâtrie. Il parait, d'après les cas cités par Bède, qu'un grand nombre mouraient dans l'espace d'une journée, et que, de ceux que frappait la contagion, il ne guérissait guère que le trentième. Pendant vingt années elle visita à plusieurs reprises les différentes provinces de la Bretagne et de l'Irlande. Bède n'essaie point de calculer Tétendue de ses ravages, et se contente des termes vagues de cantons dépeuplés et de multitude de morts. En Irlande, un ancien écrivain évalue les victimes aux deux tiers des habitants 5. Les hautes terres de la Calédonie furent seules exemptes de cette terrible visite. Les naturels attribuèrent pieusement cette exemption à l'intercession de leur patron saint Colomban, et se persuadèrent que, même dans