CHAPITRE DEUXIÈME
les contrées infectées, ils étaient inaccessibles aux attaques du fléau. Adamnan, abbé d'Icolmkille, rapporte, avec un mouvement visible d'orgueil national, que deux fois, à cette époque, il alla voir le roi de Northumbrie, et que, bien qu'il vécût au milieu de la contagion, bien qu'il mourut journellement autour de lui quantité de gens, ni lui ni personne de sa suite ne gagnèrent la maladie *.
La peste ne fut pas plutôt déclarée, qu'elle devint funeste à plusieurs des personnages les plus distingués de l'île : Catgualet, roi de Gwynez ; Ercombert, roi de Kent ; Ethelwald, roi de Sussex ; Deusdedit, archevêque de Canterbury ; les évèquesde Londres et de Lindisfarne ; Boisil, le célèbre abbé de Mailros, et Éthelburge, la royale abbesse de Berking, furent au nombre des premières victimes. La mort du métropolitain fournit à Oswio une occasion de faire réussir son système favori d'uniformité religieuse. Il se consulta avec Egbert, nouveau roi de Kent, et, d un commun accord, le prêtre Wighard, qui avait été choisi pour succéder à la dignité archiépiscopale, fut envoyé par eux à Rome pour demander l'avis du siège apostolique. Mais, dans cette ville, le nouveau prélat tomba victime de la peste, à laquelle il avait échappé dans son propre pays , et sa mort fut annoncée à Oswio par une lettre du pape Vitalien. Le pontife, toutefois, assurait au roi qu'il remplirait ses vues, en choisissant pour l'église de Canterbury une personne digne d'une position si élevée ; et, au bout de quelque temps, Théodore, moine de Tarse, dont les vertus et l'érudition avaient obtenu l'estime générale, débarqua dans le Kent avec le titre d'archevêque de la Bretagne. Son autorité fut immédiatement reconnue par tous les prélats saxons : on rétablit de nouveaux évèchés, on tint des synodes, et l'uniformité de la discipline fut observée partout.
Oswio mourut en 670. Avec lui finirent le titre et l'autorité de bretwalda. La puissance de la Northumbrie déclinait depuis quelques années ; tandis que l'État voisin de Mercie, créé par le génie de Penda, avait peu à peu accru ses forces, et que le royaume méridional deWessex, d'un pas lent, mais sûr, avait marché constamment à la domination de la Bretagne. Ces trois nations rivales réclameront, dans le chapitre suivant, l'attention du lecteur : les faibles royaumes d'Essex, de Kent, d'Est-Anglie et de Sussex, quelquefois alliés, mais en général vassaux de leurs voisins plus puissants, ne sauraient éveiller suffisamment l'intérêt pour mériter une mention à part et plus détaillée.