‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 84 sur 643 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

humbrie ; toute opposition s'évanouit devant les envoyés du pape et de l'empereur, et le roi déposé fut unanimement rétabli sur le trône *. On est dans l'incertitude sur la durée de son règne.

Il n'est pas nécessaire de suivre plus loin l'histoire de ces princes. Pendant le dernier siècle . la Northumbrie avait donné des exemples successifs de trahison et de meurtre dont on ne trouverait peut-être les pareils dans aucun autre pays. Dans l'espace de cent ans, quatorze rois avaient pris le sceptre ; et dans le nombre , un seul , si même il y en eut un , était mort en possession paisible de la royauté. Sept avaient été tués , six avaient été détrônés par leurs sujets rebelles. Après Eardulf , la môme anarchie et la même perfidie prévalurent jusqu'à ce que les Danois éteignirent totalement la dynastie northumbre par le massacre d'Ella et d'Osbriht en 867.

De ces indignes princes, esclaves et victimes de leur ambition, l'esprit se reportera avec plaisir sur deux personnages différents qui, dans un rang plus humble, devinrent les bienfaiteurs de leur siècle et de leur pays. Nous parlerons de Bède et d'Alcuin , savants northumbres, dont la supériorité littéraire était reconnue de leurs contemporains, et aux écrits et aux efforts desquels l'Europe est principalement redevable de la portion de savoir qu'elle posséda du vine au xie siècle. Bède était né à Sunderland, et fut confié dans son enfance aux soins des moines de Jarrow, couvent situé sur la rive droite de la Tvne. 11 passa soixante-deux ans dans ce séminaire, consacrant, selon son propre dire, tout son temps à son instruction et à celle des autres. Il avait étudié toutes les sciences qui avaient survécu à la ruine de l'empire romain; et si le lecteur examine ses écrits, il sera étonné de la profondeur et de la variété de ses connaissances. Le plus précieux de ses ouvrages est Y Histoire ecclésiastique de la nation des Angles, qui, tout en traitant spécialement de l'établissement du christianisme dans les différents royaumes saxons, contient incidemment presque tout ce que nous savons do l'histoire des plus anciens princes. Ce savant moine mpurut à Jarrow en 733. Ses ouv rages furent promptement copiés et répandus parmi les nations de l'Europe , et les applaudissements qu'ils reçurent les tirent considérer par les Anglo- Saxons comme l'ornement et l'orgueil de leur nation *.

41cuin était natif d'York ou des environs. L'archevêque Egbert

1. Lecointc, Ann. Eccl. Franc, p. 102. Annal. Bened. t. il, p. 383. Bouquet, Rêx. gallic. tom. v, p. 72, 255, 333, 355, 602.

2. « Et rectum quidem mini videtur, » dit l'abbé Cuthbert, « ut tota gens Anglorum in omnibus provinciis, ubicumque reperti sunt , gratias Peo référant, quia tam mirabilem virnm illis in sua natione donavit. r Ep. S. Boni/, p. 124.

le nomma professeur de la grande école de la ville archiépiscopale. Sa réputation attira en foule à ses leçons des étudiants de la Gaule et de la Germanie , et appela sur lui l'attention de l'empereur Charlernagne. Il accepta l'invitation que lui fit ce prince de résider à sa cour, répandit le goût de l'instruction dans toutes les provinces de l'empire, et compta au nombre de ses élèves les prélats et les ministres les plus distingués. Lorsque, dans sa vieillesse, il s'éloigna des distractions du palais , nombre de personnes le suivirent dans sa retraite, à Tours, où il continua de se livrer à l'enseignement, son occupation favorite, jusqu'à sa mort, qui arriva au commencement du ixe siècle. Ses ouvrages sont nombreux. Ils consistent principalement en poèmes , en introductions élémentaires aux différentes sciences, en traités sur divers sujets théologiques et en une intéressante correspondance avec les personnages les plus célèbres du siècle1.

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