CHAPITRE DEUXIÈME
rentre dans l'exercice de l'autorité royale. Pour obvier à cette difûculté, il peignit de vives couleurs le caractère vindicatif qu il lui convenait d'attribuer au monarque captif, et déclara solennellement que le mettre maintenant en liberté, ce serait exposer à une mort certaine la princesse, qui, par sa sagesse et son courage, venait si récemment de délivrer le royaume de la tyrannie des favoris du roi. Il invita donc le parlement à se retirer et à revenir le lendemain, préparé à répondre à cette importante question : Valait-il mieux que le père gardât la couronne, ou que le fils régnât à la place de son père ? A l'heure marquée [8 janvier], la salle se remplit des plus turbulents citoyens de Londres, dont les cris et les menaces s'entendaient dans la pièce occupée par le parlement. Pas une voix ne s'éleva en faveur du roi. Ses plus grands amis regardèrent comme une preuve de courage de garder le silence. Le jeune Edouard fut déclaré roi par acclamation, et présenté en cette qualité à l'approbation de la populace. Les pairs temporels et beaucoup de prélats jurèrent fidélité au nouveau souverain : l'archevêque d'York et les évoques de Londres, de Rochester et de Carlisle, quoique sommés par les justiciers, eurent la fermeté de s'y refuser *.
Ces mesures irrégulières avaient eu probablement pour but d'arracher aux membres un assentiment sur lequel ils ne pour* raient plus revenir. Quoique le prince fût déclaré roi, son père n'avait point abdiqué et n'avait pas été déposé. Pour y suppléer, Stratford , évèque de Winchester , présenta contre Edouard [13 janvier] un bill en six articles, qui l'accusait d'indolence, d'incapacité, d'avoir perdu la couronne d'Ecosse, violé le serment de son couronnement, opprimé l'Eglise et été cruel envers les barons. Ces charges furent lues et approuvées en présence du jeune prince assis sur le trône ; et il fut arrêté que le règne d'Edouard de Carnarvon avait cessé, et que le sceptre serait- confié aux mains de son fils, Edouard de Windsor.
Quand on annonça cette décision a la reine, elle joua un rêle qui ne pouvait tromper personne. Avec les plus violentes expressions de douleur, elle déplora l'infortune de son mari, déclara que le parlement avait outrepassé ses pouvoirs légitimes, et elle exhorta son fils à refuser une couronne qui appartenait a son
du royaume ; mais ceci supposait l'absence d'Edouard ; et d'autres ordonnances qui prorogeaient le parlement furent rendues teste rege, quoique en réalité il fût prisonnier. Pari. IVrits, n, 350.