CHAP1THE TROISIÈME
d'hommes furent tués de chaque côté. Les gens du Hainaut réclamèrent l'honneur de la victoire; mais, a dater de ce moment, ils furent obligés d'user des mômes précautions que dans un pays ennemi, et ils ne se considérèrent en sûreté que lorsqu'ils eurent quitté nie. On nomma des commissaires pour s'enquérir de l'origine de la querelle : quel qu'ait été le résultat, on jugea prudent de le taire 1 .
Enfin les Anglais, au nombre de plus de quarante mille hommes, marchèrent vers Durham ; mais ils ne purent obtenir aucune nouvelle certaine de l'ennemi [13 juillet]. Une armée d'Ecossais était particulièrement propre à des incursions de pillards. Elle se Composait entièrement de cavalerie, et n'était encombrée ni de provisions ni de bagages. Leur boisson était l'eau de la rivière ou du ruisseau , leur nourriture le bétail du pays, qu'ils tuaient et faisaient bouillir dans sa peau; et ils portaient avec eux une petite provision de farine d'avoine dans un sac que chaque cavalier attachait à sa selle. La rapidité avec laquelle ils s'avançaient ou se retiraient était telle, qu'il était difficile, ou do les découvrir, où de les poursuivre. Le cinquième jour [18 juillet], le roi reçut l'avis que l'ennemi incendiait les villages à une distance de dix milles de la ville. Aussitôt l'armée se mit en mouvement, et marcha en trois divisions , dans chacune desquelles l'infanterie occupait le centre, et la cavalerie les ailes. Défense avait été faite à qui que ce fût de quitter sa bannière sous peine de mort.
On avança de la sorte pendant deux jours sans atteindre les Ecossais : le second soir, on résolut de gagner à marches forcées la rive gauche de la Tyne, et de couper la retraite à l'ennemi. Dans ce but , le bagage et les provisions furent renvoyés à Durham, et personne n'eut la permission d'emporter plus d'un pain, attaché à sa selle. On se mit en route h minuit; on alla toSit le jour en droite ligno, à travers montagnes et vallées, bruyères et marais, et un peu avant le coucher du soleil, on passa la rivièro a Haydon. On y resta sept jours dans la même ignorance des mouvements de l'ennemi, et souffrant des pluies continuelles et du manque de vivres. Les soldats murmuraient; des soupçons de trahison circulaient dans le camp, et Edouard, par une proclamation, promit l'honneur de la chevalerie et une pension viagère de cent livres au premier qui lui apporterait des nouvelles des Ecossais. L'armée alors repassa la rivière ; et le quatrième jour,
1. Rym. iv, 292. Froiss. c. i, 16. Wals. 127. Leh Coll. i, 307.
vers trois heures de I -après-midi , Thomas de Rokcsby, galopant vers le roi , lui dit : « Sire ., les Ecossais sont à une distance de trois lieues , postés sur une montagne , où ils vous attendent de- • puis la semaine dernière. Je les ai vus 'moi-môme, ayant été fait prisonnier, et relâché afin que je pusse réclamer la récompense que vous avez promise. » Edouard aussitôt se dirigea vers l'abbaye voisine de Blanchiand, où il passa la nuit, et avec beaucoup de ses amis se prépara par des exercices de dévotion au combat du jour suivant.
Dans la matinée [1er août], Rokesby conduisit l'armée vers les Ecossais. Ils étaient campés dans des huttes au sommet d'une montagne, sur la rive droite de la Wear, à une petite distance de Stanhope. A la vue des Anglais, ils se formèrent à pied en trois divisions sur le penchant de la montagne , ayant la rivière entre eux et l'ennemi. Edouard ordonna a ses gens de mettre pied à terre , fit plusieurs chevaliers , et parcourut les rangs à cheval , suivi de ses principaux seigneurs. Après une courte pause , l'armée marcha lentement vers le bord de la rivière; mais les Ecossais restèrent immobiles dans leur position ; et on envoya un héraut anglais proposer qu'une des deux nations se retirât à une certaine distance, et laissât son ennemie passer l'eau et se former sur la rive opposée. Douglas répondit qu il était venu là contre la volonté du roi , et qu'il ne quitterait pas la montagne pour lui plaire. Si Edouard n'était pas content, il n'avait qu'à traverser, et à lé chasser s'il pouvait. A la réception de cette réponse discourtoise, les Anglais eurent ordre de passer toute la nuit sous les armes. Les Ecossais, laissant une division pour garder la rivière, se retirèrent dans leurs huttes, « où , dit Frois- » sart dans son style original , ils firent de merveilleusement » beaux feux, et, vers le minuit , menèrent tel bruit et fracas à » tous leurs cornets, qu'il sembla que les grands diables de l'en- » fer se fussent illec rassemblés. »
Les deux journées suivantes se passèrent de la même manière : mais la troisième [?i août], dès l'aube, les Ecossais avaient disparu. On les découvrit dans l'après-midi, postés sur une autre montagne , plus difficile encore d'accès , et du môme côté de la rivière ; et le roi les suivant , planta son camp dans le parc de Stanhope, en face de l'ennemi. Au milieu de la nuit, une alarme fut causée par les cris de « un Douglas ! un Douglas î mort à ces brigands d'Anglais 1 » Ce vaillant chef avait passé la rivière à distance avec deux cents hommes, et pénétrant par les derrières du