CHAPITRE TROISIÈME. 14â
camp, il galopa vers la tente du roi, dont il coupa les cordes de sa propre épée. Il tua environ trois cents hommes , et se retira avec une perte légère.
Le but de cette visite nocturne fut bientôt expliqué. Le jour suivant [5 août], Edouard sut par un prisonnier que toute l'armée écossaise avait reçu Tordre de s'assembler dans la soirée , et de suivre la bannière du lord Douglas. Craignant une attaque nocturne, il fit prendre les armes a ses troupes, et leur désigna leurs positions pendant la nuit. Tout fut tranquille et silencieux : dans la matinée [6 août], on amena deux trompettes , qui déclarèrent que les Ecossais avaient quitté leur camp à minuit, avaient passé la rivière , et étaient en marche vers l'Ecosse. Mais les Anglais ne crurent pas à ce rapport, et restèrent la plus grande partie de la journée dans la même position. A la fin , le fait fut constaté : poursuivre un ennemi plus actif, qui était déjà à une distance de trente milles , c'eût été une peine inutile , et l'armée revint a Durham [10 août], et de là à York, où elle fut licenciée [15 août]. Tel fut le résultat ridicule de cette grande expédition , dans laquelle les commandants anglais furent vaincus par l'habileté et l'activité supérieures de leurs ennemis *.
Cette campagne sans gloire fut suivie d'une paix qui fut aussi peu glorieuse aux yeux du public. Mais la reine et Mortimer n'avaient aucun désir de continuer la guerre : la proposition qu'ils firent d'un mariage entre David, fils unique de Robert, et Jeanne, sœur d'Edouard, fut acceptée avec joie [déc] ; et les conditions d'un traité futur furent discutées et arrêtées par les commissaires des deux princes à Newcastle. Ces conditions étaient qu'il y aurait une paix définitive et perpétuelle entre les royaumes d'Angleterre et d'Ecosse ; que David, le prince d'Ecosse, épouserait la sœur d'Edouard, dès que les futurs atteindraient l'âge de puberté ; que le roi d'Angleterre emploierait ses bons offices auprès du pape pour faire cesser les procès encore pendants contre Bruce à la cour du pape ; et que Bruce payerait à Edouard la somme de vingt mille livres à trois échéances dans l'espace de trois ann ées . Un parlemen t fut immédiatem ent convoqué à York [1 0 déc . ] , et on y décida Edouard à faire un acte de renonciation pour luimême et ses successeurs à toute prétention de suprématie sur la couronne d'Ecosse [1er mars 1328] : acte par lequel les deux
1. Froissait, i, c. 17. 18. Rym. iv, 301, 312. Lel Coll. î, 551. Muriiu. 77 Heming. 268. Scala Chronica, 153-155.
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princes étaient placés sur le même pied de souverains indépendants. Quand cette mesure fut constatée, Bruce, dans un parlement écossais tenu à Edimbourg, ratifia solennellement le traité [17 mars]; et ensuite Edouard fit de môme dans un parlement anglais à Northampton 1 [4 mai]. Cependant, on ne saurait dire qu'aucune partie de cette transaction ait eu la sanction de la nation anglaise. Les convocations au parlement d'York , ainsi qu'à celui de Northampton, avaient été méprisées des principaux barons, qui, par leur absence, témoignèrent leur désapprobation de la mesure projetée2; et le peuple maudit hautement la conduite inconséquente de ceux qui conseillaient au jeune roi de renoncer à ses prétentions sur la couronne d'Ecosse , quoiqu'ils eussent fait une accusation capitale au jeune Spenser de n'avoir pas obtenu cette môme couronne pour son maître. Il est probable qu'Isabelle et Mortimer avaient leur propre intérêt en vue. La reine conduisit sa fille à Berwick , où la princesse fut fiancée à David, enfant de cinq ans ; et Bruce paya exactement les vingt mille livres, que la reine — h ce qu'on nous dit — partagea entre elle et son amant3.
Pour un homme d'une ambition ordinaire, le sort de Gaveston et de Spenser, sous le dernier règne , aurait pu être une utile leçon : Mortimer ne se contenta pas de marcher sur leurs traces, il s'arrogea une autorité à laquelle ils n'avaient point aspiré. Quand le conseil de régence fut nommé, il avait été arrêté qu'un évêque , un comte et deux barons , pris dans son sein, seraient chaque jour de service auprès du roi, et lui donneraient leurs avis sur toutes les affaires d'importance. Mais Mortimer les supplanta tous, s'empara de leur autorité, remplit la cour de ses créatures, plaça ses affidés comme espions autour du jeune monarque, et entretint une garde de cent quatre-vingts chevaliers pour sa propre sûreté 4. Une telle conduite excita naturellement la jalou-
1. Ford, xni, 12. Rym. iv, 337. New Rym. n, 730. Des articles additionnels furent signés par les deux princes , comme garantie du futur mariage. Robert donna à Edouard un billet de 100,0001. payable en 1338, à la Saint-Michel, New Rym. n, 741; et Edouard à Northampton s'engagea à renvoyer en Ecosse la pierre sur laquelle les rois écossais avaient coutume d'être couronnés. Elle devait être transportée à Berwick par la reine-mère. Cat. of Ane. Chart. Introd. 58. On croyait le traité et ses ratifications perdus , mais ils ont été publiés d'après le General Register Office, dans New Rym. il, 734, 740.
2. « En conséquence il n'y eut rien de fait. » Cîaus. 2. Edw. III, m. 15. d.