CHAPITRE TROISIÈME
sie des grands barons : sa scandaleuse intimité avec Isabelle, le meurtre d'Edouard de Carnarvon , que maintenant on plaignait autant qu'on l'avait blâmé jadis , et la désapprobation publique de la paix si récemment conclue avec l'Ecosse , tout concourait à enhardir ses ennemis ; et il se forma des associations pour l'éloigner de la cour, et faire revivre les ordonnances qui avaient été rendues et révoquées sous le dernier règne. Un parlement avait été convoqué à Salisbury [16 oct.], et il avait été formellement défendu aux barons d'armer leur suite et leur escorte. Les deux partis méprisèrent cette défense. Mortimer entra à Salisbury avec une armée nombreuse, et Henri, comte de Lancaster, tuteur nominal de la personne du roi et président du conseil, s'arrêta avec des forces inférieures près de Winchester. Le favori résolut d'intimider ses ennemis. Il entra brusquement dans la salle où les évêques s'étaient assemblés, leur défendit, au péril de leur vie et membre , de s'opposer à ses intérêts , et emmenant le roi et la reine , il s'avança vers Winchester. De Winchester, il mena ses troupes a Leicester, et pilla le vaste domaine du comte de Lancaster dans le voisinage. Ce seigneur s'était jusqu'alors retiré devant Mortimer : en ce moment, il fut rejoint par les oncles du roi, les comtes de Norfolk et de Kent , et il se hasarda à s'avancer à son tour. Mais a Bedford il fut inopinément abandonné par les augustes comtes; et, désespérant du succès, il se soumit à demander pardon devant les deux armées , s'obligea à payer à échéances la moitié de la valeur de ses biens , et prit l'engagement « de ne faire ni faire faire aucun mal ou injure au roi, ou aux deux reines , ou à tout autre, grand ou petit , de leur conseil ou maison. » Quelques-uns de ses alliés furent admis à la paix du roi à des conditions semblables ; mais les lords Beaumont et Wake , sir William Trussel et plusieurs autres , abandonnèrent leur pays et cherchèrent un asile en France i.
L'origine et la marche de la tragédie qui suivit sont enveloppées d'une obscurité profonde. A mesure que le mécontentement de la nation augmentait, une foule de bruits étranges circulaient et étaient crus. On allait jusqu'à affirmer que le dernier roi vivait encore ; que le corps exposé a Berkeley était celui d'une autre personne, et qu'Edouard lui-même était réellement enfermé dans le château de Corfe, sous la garde de sir John Deverel. Quand le parlement s'assembla à Winchester [11 mars 1330], le comte de Kent, oncle du roi, l'archevêque d'York, l'évêque de Londres,