‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 121 sur 563 · Rym. iv, Ô · texte numérisé non relu

Rym. iv, Ô

pris part au combat, le poursuit avec une égale rapidité. [13 août] L'aventurier a juste le temps de creuser le fossé, et d'élever une défense de palissades, avant que l'ennemi arrive. Sa fortune, néanmoins, lui reste fidèle, La flotte écossaise est détruite dans une attaque contre l'escadre anglaise sur le Tay [26 août] ; la défiance et la disette désorganisent par degrés l'armée des assiégéants ; les anciens amis do sa famille accourent sous son étendard ; et il est couronné k Scone par l'évôquede Dunkeld[24 sept.]. Etonnés de la rapidité de ses succès, ses ennemis sollicitent une suspension d'hostilités et proposent une assemblée des états pour constituer le royaume. Baliol y consent [16 déc.]; est surpris k Annan par le comte de Moray pendant l'armistice ; et s'échappe à grand'peine dans les Marches anglaises, fugitif, seul et sans ressources. Il avait mis sept semaines k conquérir la couronne : il la perdit en moins de trois mois

Quand arriva la nouvelle des premiers succès de Baliol, le parlement siégeait k Westminster [9 sept.], et avait été consulté par Edouard sur la convenance d'un voyage en Irlande. Il l'engagea k surseoir k toute autre affaire, et k se rendre dans les comtés du nord avec les plus sages de son conseil, et des troupes nombreuses pour prévenir ou repousser les incursions des Ecossais. En décembre [4], il se tint k York un autre parlement, et le roi lui posa la question de savoir s'il devait requérir de Baliol,actuellement roi d'Ecosse, une reconnaissance de la suprématie de la couronne d'Angleterre, ou réclamer le royaume pour lui-même comme héritier d'Edouard Ier, au profit de qui il avait été confisqué ; ou se contenter de requérir du nouveau roi quelque concession comme équivalent. Les membres présents demandèrent la permission d'attendre que l'assemblée fût plus nombreuse; et, environ un mois après, les prélats, les barons et les communes s'assemblèrent en trois chambres séparées pour délibérer k ce sujet. Mais les opinions furent si partagées, qu'au bout de cinq jours ils n'avaient rien déterminé ; et Edouard les ayant appelés devant lui [22*janvier 1333], annonça par le chancelier qu'il prendrait l'avis du pape et du roi de France ; qu'en môme temps il ordonnerait qu'on gardât les Marches avec vigilance, et aurait toujours six membres de son conseil auprès de sa personne, pour être préparé k tout événement 2.

1. Ford, xni, 23-25. Hem. n, 278. Knyght. 2560, 35C2. Scala Chron. 159-161.

2. Rot. Pari. 66-69. La première chambre se composait de six prélats ot de

CËÀPtTRE TtlOÎSIÊMÉ. 156

[23 nov.] Avant de poser cette questioti à son parlement, Edouard avait secrètement conclu deux traités avec Baliol. Par le premier, le nouveau roi reconnaissait que la couronne d'Ecosse était un fief appartenant à la couronne d'Angleterre ; il cédait à Edouard la ville et le château de Berwick, auxquels étaient ajoutées d'autres terres complétant une valeur annuelle de deux mille livres, en retour de l'avantage qu'il avait tiré de « la tolérance de son dit seigneur et de la bonne assistance de ses vassaux; » il offrait d'épouser la princesse Jeanne, si son mariage avec David Bruce ne se faisait pas ; et il s'engageait à accorder à ce jeune prince tel établissement que le roi d'Angleterre jugerait convenable. Par le second, les deux monarques s'engageaient a s'assister l'un l'autre de tout leur pouvoir contre tout ennemi domestique. Ces traités devaient être ratifiés dans leurs parlements respectifs ; mais l'expulsion de Baliol en suspendit l'effet, et selon toute probabilité ils furent dérobés à la connaissance du public *.

Mais les désirs réels du roi d'Angleterre furent bientôt exaucés par l'impétuosité des Ecossais ; et leurs incursions réitérées lui fournirent le prétexte qu'ils avaient violé le traité de paix, et décidèrent le parlement anglais h donner son approbation au renouvellement de la guerre [3 mars]. Baliol ouvrit la campagne par le siège de Berwick, qui fut vaillamment défendu par le comte de March, commandant du château, et par sir Alexandre Seaton, gouverneur de la ville. Deux mois s'écoulèrent avant l'arrivée du roi d'Angleterre [15 mai] ; mais les opérations du siège furent poussées aussitôt avec une nouvelle vigueur; et dans un assaut général le feu fut mis a la ville. Les habitants, intimidés par le danger, stipulèrent qu'ils ouvriraient leurs portes, s'ils n'étaient secourus avant un certain jour; et sir Archibald Douglas, le nouveau régent, jaloux de sauver une forteresse si importante, passa la Tweed avec une armée nombreuse, et offrit la bataille aux assiégeants [11 juillet]. Edouard so tint dans ses retranchements ; et le régent, après avoir jeté quelques chevaliers et des provisions dans la place, partit le lendemain matin, ravagea le Northumberland, et mit le siège devant le château de Bamborough, où résidait la reine Philippa. Le roi demanda alors que la

six barons; la seconde des autres prélats et barons, et des procureurs de prélats et barons, et la troisième des chevaliers, citoyens et bourgeois. Ibid.

1. Rvm. iv, 530-539. Dans cet acte, Baliol dit qu'il avait fait hommage lige et juré fidélité à Edouard pour la couronne d'Ecosse. Il rapporte môme les termes exprès de son serment. Cependant il n'y a aucune preuve ni probabilité qu'ils se fussent jamais vus depuis le commencement de l'expédition de Baliol.

Iû6 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

place se rendît; les Ecossais répondirent qu'elle avait été secourue; et les Anglais, par vengeance, pendirent un des otages, le fils du gouverneur. Cet acte de sévérité alarma les parents des otage s qui survivaient ; et de nouvelles conventions furent faites par le comte de March et sir William Keith qui avait pris le commandement de la ville : il y était dit qu'on admettrait les Anglais dans les murs au bout de cinq jours, à moins que l'armée écossaise n'eût auparavant fait lever le siège, ou n'eût introduit un corps de trois cents hommes d'armes dans la place entre le lever et le coucher du soleil de ce môme jour *. Aussitôt un messager fut dépêché au régent; et dans l'après-midi du quatrième jour [19 juillet], on vit l'armée écossaise s'avancer en quatre corps pour attaquer les assiégeants. Edouard rangea son armée sur Halidonhill, d'où les archers incommodèrent l'ennemi, quand il s'efforça de traverser les terrains marécageux au pied de la montagne et de la gravir. Les Ecossais furent fatigués et en désordre avant d'avoir pu atteindre leurs adversaires, et l'opiniâtreté avec laquelle ils combattirent ne servit qu'à accroître leurs pertes. Le régent, six comtes et nombre de barons, furent tués sur le champ de bataille; les fuyards furent poursuivis par Edouard et un détachement de cavalerie d'une part, et par lord Darcy et ses auxiliaires irlandais de l'autre ; et le carnage dépassa, dit-on, celui de toutes les défaites précédentes. La ville et le château se rendirent immédiatement [20 juillet] ; et te jeune roi avec sa femme, sœur d'Edouard, fut emmené, pour plus de sûreté, de Bunbarton en France, où il résida plusieurs années à Château-Gaillard 2.

Baliol était remonté sur le trône d'Ecosse, et Edouard le requit de remplir ses anciens engagements. Un parlement fut convoqué a Edimbourg [9 février 1334] : les demandes du roi furent accueillies sans opposition ; et d'abord Benvick, puis tout le pays à l'est d'une ligne tirée de Dumfries à Linlithgow, furent, d'un commun accord, séparés de la couronne d'Ecosse et annexés à celle d'Angleterre 3. Ce démembrement impolitique du royaume exaspéra les Ecossais; et d'un autre côté, les dissensions des barons anglais qui étaient rentrés dans leurs biens encoura-

1. Comparez les documents dans Rymer (iv, 564-568), avec la relation trèscirconstanciée du siège dans l'extrait' de la Scala Chronica, publié par lord Hailes, n, 316, et dans la Scala Chronica par Stevinson, 103.

2. Knjght. 3503, 2561. Ford, xm, 27, 28. Heroing, n, 275, 276.

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