CHAPITRE TROISfÊME
gèrent les amis de David. Un nouveau tuteur ou régent fut nommé ; la cause de l'indépendance triompha de nouveau, et Baliol fut forcé de se réfugier dans les terres qu'il avait cédées à Edouard. Mais ce serait fatiguer* la patience du lecteur que de continuer plus longtemps son histoire. 11 trouva moyen pendant plusieurs années de lutter contre l'opiniâtreté de ses adversaires et contre la perfidie de ses partisans. Tant qu'il fut soutenu par le roi d'Angleterre, il se releva victorieux de tous ses désastres; mais du moment où Edouard* résolut de réclamer la couronne de France, on laissa languir la guerre ; les forteresses se rendirent l'une après l'autre aux adhérents de David : ce prince à la fin se hasarda h rentrer dans son royaume ; et Baliol, au lieu de tenir le sceptre de l'Ecosse, s'occupa h protéger contre toute insulte les comtés du nord de l'Angleterre l.
Pour comprendre la politique suivie par Edouard durant le reste de son règne, nous devons nous reporter a la succession des monarques français. Philippe IV, surnommé le Bel , mourut en et laissa trois fils, Louis, Philippe et Charles, qui tous trois, dans le court espace de quatorze ans, parvinrent successivement au trône, et tous trois moururent sans enfants mâles. A la mort de Charles IV, le plus jeune frère, il fallut chercher l'héritier légitime parmi les descendants de leurs prédécesseurs ; et il se présenta deux compétiteurs, Edouard d'Angleterre et Philippe de Valois : le premier comme petit-fils de Philippe IV par sa fille Isabelle, le dernier comme petit-fils du père de ce monarque, Philippe III, par son fils, Charles de Valois2. Il avait
1. David aborda avec sa femme à Inverbervie, le 4 mars 1341. Ceux qui désirent de connaître ce qui se passait en Ecosse à cette époque , en trouveront une relation satisfaisante dans les Annales d'Ecosse, par lord Hailes, n, 163-213.
2. On comprendra peut-être mieux leur descendance par le tableau suivant :
Philippe III, dit le Hardi t 128S.
Philippe IV, dit le Bel, 1 1314. Charles de Valois.
Philippe de Valois, compétiteur.
Louis X, Philippe V, Charlei IV, Isabelle-Edouard II. le Hutin, 1316. le Long, 1322. le Bel, 1328. j
Jeanne, reine Quatre filles. Deux fillos. Edouard III, 'compétiteur, de Navarre.
On verra par là qu'Edouard pour prouver son droit, était obligé de maintenir II. l/l
bien été décidé en 1316, à la mort de Louis, qui laissait une fille, Jeanne, que les femmes, par Ja loi fondamentale du royaume, étaient exclues du trône de France ; mais on persuada à Edouard de soutenir que, bien que le sexe de la mère pût ôtre une clause d'exclusion en ce qui la concernait personnellement, il ne pouvait être un obstacle à ce que le fils succédât; tandis que Philippe prétendait, au contraire, qu'une mère ne pouvait transmettre à son fils un droit dont elle n'avait jamais été en possession ellemême. Cette cause importante fut portée devant les douze pairs etjes barons de France. Ils repoussèrent unanimement les prétentions d'Edouard [6 juin 1329]. Philippe monta sur le trône, et le roi d'Angleterre fut sommé de faire hommage au nouveau souverain pour son duché de Guienne.
La jalousie que ces rivalités avaient excitée ne s'éteignit jamais ; et chaque prince eut ou prétendit avoir beaucoup de motifs de plainte contre l'autre. Philippe garda en Guienne plusieurs forteresses réclamées par le roi d'Angleterre; et Edouard, lorsque, après bien des tergiversations, il consentit a faire hommage, le fit en termes généraux, omettant la promesse lige de foi et loyauté !. En 1331, leurs différends furent ajustés en partie : Philippe rendit certains châteaux à Edouard; et Edouard, par un acte public, reconnut que l'hommage pour la Guienne n'aurait pas dû être général, mais lige 2 [30 mars 1331]. Les autres sujets de contestation furent renvoyés a la décision d'arbitres; et Ton nourrissait une ferme espérance que la paix serait maintenue, lorsque l'intérêt opposé que les deux rois prenaient aux affaires d'Ecosse réveilla leur ancienue jalousie, et les entraîna a des hostilités.
La politique de la couronne de France était depuis longtemps de soutenir les rois d'Ecosse contre la puissance supérieure de l'Angleterre. Quand David fut chassé du trône, Philippe le prit
trois principes : 1* Que les femmes étaient exclues de la couronne de France ; autrement Jeanne, tille de Louis X, aurait dù hériter de cette couronne aussi bien que de celle de Navarre ; 2° que les enfants mâles deces femmes n'étaient point exclus, autrement il n'aurait eu aucun droit lui-même ; et .3" que les enfants maies, pour hériter de la couronne, auraient dù vivre du vivant de leur grandpère ; autrement les petits-fils de Philippe V et deCh irles IV auraient eu un titre meilleur que celui d'Edouard.
1. Ryni. iv, 390. New Rym. n, 707. Pour prévenir les discussions futures, il fut convenu que la cérémonie s'accomplirait de la manière suivante : Le roi d'Angleterre met ses mains entre celles du roi do France , et l'officier de la cour lui dit : Sire, vous devenez l'homme du roi de France, mon seigneur ici présent, comme ôuc dê Guienne et pair de France, conformément aux conventions faites autrefois entre les ancêtres du roi'de France et les vôtres. Dites voire, c'est-àdire oui. Et ledit roi et duc dit, voire. Id. 391.
î>. Rym. 477.