CHAPITRE TROISIÈME. * |.w
sous sa protection, lui donna asile dans ses états, et fournit a plusieurs reprises de l'argent et des vaisseaux aux partisans do co prince. Edouard vit cette conduite avec déplaisir, et travailla, mais en vain, à détacher le monarque français de la cause de l'orphelin. Il lui proposa différents mariages entre leurs enfants [15 juillet], offrit de lui payer une somme considérable en retour de la restitution de ses forteresses, et de l'accompagner dans uno croisade en terre sainte1 [26 avril 1332]. Maison n'endormait pas la méfiance de Philippe : chaque avance fut éludée ou rejetée ; et une irritation continuelle poussa le roi à tourner les armes de l'Ecosse contre la France, et à reproduire son ancienne prétention à la'couronne française, prétention qu'en faisant hommage à Philippe il avait de fait abandonnée depuis longtemps. Cette mesure pouvait flatter la vanité d'Edouard comme hardie, mais l'événement prouva qu'elle n'était pas judicieuse. Sans les embarras d'une guerre sur le continent, il était peut-être en état de conquérir l'Ecosse. En voulant trop avoir, il finit par ne rien gagner.
Le public attribua la détermination du roi a l'influence d'un étranger et d'un proscrit, que sa .conduite antérieure avait couvert d'une tache indélébile. Robert II, comte d'Artois, eut deux enfants, un fils, Philippe, et une fille, Mathilde. Robert, le conseiller actuel d'Edouard, était fils de Philippe; mais son père était mort avant son grand-père, et en Artois, la succession ne suivait pas la ligne de descendance, mais était attachée h la proximité du sang. 11 advint de la qu'a la mort de Robert II, Mathilde obtint le comté de préférence a son neveu. Elle mourut en 1318, et immédiatement Robert se saisit de l'Artois par la force, mais en fut bientôt expulsé par Philippe V de France, qui le réclama du chef de sa femme, fille de Mathilde. Robert s'y soumit; mais quand Philippe de Valois, dont il avait épousé la sœur, monta au trône, il demanda la révision du jugement qui l'avait privé de l'Artois. Sa pétition fut accueillie ; et pendant le procès il mit sous les yeux de la cour quatre chartes, qu'il prétendait avoir été dérobées et cachées par Mathilde, mais qui, après examen, se trouvèrent fausses [23 mars 1331]*. Ceux qui avaient fabriqué ces actes furent condamnés et exécutés : Robert s'enfuit à Namur, et fut mis hors la loi. Il employa le temps de son exil h combiner des plans de vengeance; le roi et la reine do Franco devinrent
1. Edouard, avant et pendant la guerre, publia ces offres à sa justification, livra, iv, 805. v, 160.
IbO IIISTOIIŒ D'ANGLETERRE.
les principaux objets de sa haine; et pour la satisfaire, il eut recours aux charmes des sorciers et aux poignards des assassins [19 mars 1332]. Chassé de Namur, il alla en Angleterre, oii il s'insinua dans la confiance d'Edouard, obtint de lui une pension annuelle de huit cents livres [1337], et en retour lui apprit à nourrir l'espérance "flatteuse, mais chimérique, d'être en état d'arracher la couronne de France du front de Philippe, et de la placer sur sa propre tête l. ■
Pour mettre à exécution les vastes desseins qu'il avait formés, Edouard reçut le conseil de solliciter l'assistance des princes et des souverains du continent. Dans cette vue, il conclut des alliances avec Louis de Bavière, empereur d'Allemagne, avec les ducs de Brabant et de Guelvres, l'archevêque de Cologne, le marquis de Juliers, les comtes de Hainaut et de Namur, et d'autres princes inférieurs en considération et en puissance. Il chercha et engagea tous les aventuriers étrangers qui pouvaient mettre quelques hommes d'armes en campagne, et consentit a cultiver l'amitié de Jacob Von Artaveld, le célèbre brasseur de Gand, qui avait établi des factions démocratiques dans toutes les opulentes cités de Flandre, et avec leur, aide régnait plus absolument que le comte, souverain légitime mais presque nominal. Philippe ne fermait pas les yeux sur l'orage qui s'amassait autour de lui; il s'empara des possessions d'Edouard en France 2, et songea à se fortifier de l'assistance de ses voisins. Au nombre de ses alliés il comptait les rois de Navarre et de Bohême, les ducs de Bretagne, d'Autriche et de Lorraine, le palatin du Bhin, et la plupart des petits princes d'Allemagne. Ainsi plus de la moitié des souverains de l'Europe étaient armés contre l'autre, et les yeux de toute la chrétienté étaient ouverts sur l'issue de la querelle 3.
[1338.] Le roi/pour subvenir aux frais de l'expédition projetée, eut recours à des subsides, à des tailles et à des emprunts forcés :
1. Vovez un mémoire de M. de Laverdy, dans l'Etat des manuscrits de la bibliothèque du roi de France, n, 337. Froissart, 1, 27. Rym. v, 19.
2. Mais il ne s'en empara pas de fait : c'eut été plus difficile. Ses commissaires parurent devant le sénéchal et le consçil de Bordeaux, et dit nue le roi de France, en consécruence des diverses rébellions d'Edouard, roi d' Angleterre , duc de Guienne, son homme lige, et spécialement de l'accueil fait par lui au traître Robert d'Artois, les avait charges de prendre possession et saisine en son nom du duché de Guienne et de ses appartenances, ce qu'ils faisaient, requérant le sénéchal de donner des ordres pour qu'on leur obéit. Il répondit qu'il ne le ferait pas, mais qu'il informerait son maître de ceci. La même cérémonie eut lieu aux portes de deux autres villes dans lesquelles ils ne furent point admis. Thrés. <Ut Chart. 37, 38.