Froissart, c, 27, 28. Rym. iv, v, passim
UIAP1TUE TROISIÈME.
il mit en gage ses joyaux et sa couronne; il saisit, pour son présent usage, Tétain et les laines de Tannée; et cependant il eut l'adresse de rendre la guerre populaire aux yeux du moins des représentants de la nation. Les communes rengagèrent par une pétition [24 février] a poursuivre son droit : les lords donnèrent leur consentement *, et dans l'été de 1338, il fit voile avec une flotte nombreuse d'Orwell à Anvers [16 juillet]. A son désappointement, il apprit bientôt qu'il était plus aisé d'acheter les promesses de ses alliés que leur coopération. Il eut beau accorder des facilités commerciales aux villes de Brabant et de Flandre, il eut beau répandre d'une main prodigue les trésors qu'il avait apportés d'Angleterre ; toutes ses tentatives pour les attirer sur le terrain furent infructueuses ; et il fut obligé de se contenter de l'engagement qu'ils prirent de le rejoindre, l'année suivante, au mois de juillet, et d'ouvrir la campagne par le siège de Cambrai. Ceci même lui coûta un voyage à Coblentz [2 sept.], où l'empereur, en lui confiant le titre de vicaire ou délégué, lui donna l'autorité nécessaire pour recevoir l'hommage et exiger les services des princes dépendants de l'empire2. Au printemps, il somma ses alliés de s'assembler a l'époque marquée ; et vers le milieu de septembre [20 sept. 1339], il put mener une armée de quinze mille hommes d'armes sous les murs de Cambrai, qui, avec son territoire, était compris dans les anciennes limites de l'empire. 11 y passa quatre jours à dévaster le pays [25 sept.]; mais dès qu'il eut franchi les frontières de France, les comtes de Namur et de Hainaut rebroussèrent chemin, sous prétexte que son autorité comme vicaire impérial expirait dès qu'il entrait sur un territoire étranger. Il les congédia avec des remercîments pour leurs services passés, et continua sa marche, ravageant le pays et brûlant les villages sur une étendue de douze lieues, de Bapaume à Péronne et a Saint-Quentin [17 oct.]. Mais la le reste de ses alliés refusa d'avancer. Pourquoi, demandaient-ils, quitter les frontières de Hainaut, d'où ils tiraient toutes leurs ressources? Que Philippe vînt les chercher, puisqu'il avait si souvent juré que le roi d'Angleterre ne posséderait jamais deux pieds de terre,
1. Il dit qu'il a entrepris la guerre assensu procerum, et ad instantiam comraunitatis. v, 3.
2. Il parait, d'après Rymer, qu'il resta à Coblentz jusqu'au 6 septembre. Rym. v, 31. Walsingham nous dit que l'empereur fut mécontent , parce qu'Edouard n'offrit pas, comme les autres princes, de baiser ses pieds impériaux ; niais qu'il répondit qu'étant un roi sacre, il était exempt de cette obligation. Wttls. 146.
et ne passerait pas un jour entier en deçà de ses frontières *. Edouard céda contre son cœur k leur avis, et dirigeait sa marche vers les Ardennes, lorsqu'on reçut des lettres de différentes personnes de l'armée française, offrant de la part de Philippe de combattre le jeudi suivant, si le roi voulait choisir un champ de bataille dans une plaine ouverte, sans bois, eaux ni marais. Il rappela donc ses détachements qui avaient étendu leurs ravages jusqu'aux portes de Laon, et attendit l'ennemi au village de la Flamengrie. Le vendredi soir [22 oct.], on sut, par la déclaration des prisonniers, que Philippe était arrivé k Vironfosse, k environ cinq milles de distance, et qu'il comptait combattre le lendemain. Dans la matinée [23 oct.], Edouard rangea son infanterie en trois divisions, les archers anglais et les lanciers gallois devant les hommes d'armes ; et montant un palefroi, il alla de bannière en bannière, recommandant au courage des troupes le soin de son honneur. Philippe avait disposé dans le même ordre ses forces qui étaient plus nombreuses ; mais son ardeur pour le combat fut ralentie par la politique plus froide de son conseil, qui représenta que le roi d'Angleterre osait seulement côtoyer les frontières ; qu'une autre expédition semblable serait sa ruine ; et que c'était folie de jouer une couronne sur l'issue incertaine d'une bataille, quand on pouvait sans aucun risque recueillir les principaux avantages de la victoire. Les Anglais, pleins d'espoir et de courage, attendaient impatiemment l'approche de l'ennemi. Dans la soirée, leurs éclaireurs rapportèrent que les Français étaient occupés k abattre des arbres, a creuser des fossés et k fortifier leur camp. Le roi se rendit k Avesnes pour y passer la nuit, et envoya dire k Philippe qu'il l'attendrait un autre jour; mais apprenant que l'ennemi était rentré dans l'intérieur, il retourna k Bruxelles [1er nov.j, remercia ses alliés de leurs efforts, et licencia son armée [12 nov.]. Telle fut l'issue de cette formidable expédition, dans laquelle Edouard avait inutilement dépensé l'immense trésor qu'il avait levé sur l'Angleterre, et avait en outre contracté une dette qui s'élevait k la somme énorme de trois cent mille livres2.
Du moment où le but réel du roi d'Angleterre avait été connu, le pape Benoît XII avait travaillé avec ardeur k prévenir l'effusion
1. Phelip de Valoys avoit jure» que nous ne ferrons jatnmes demeorc une jour od nre host en fraunue, (jil ne nous durroit bataillie. Àvesb. 47.
2. Voyez la letirc du roi dans Avesbury, 47-40. Heming. 309. Knyghtou, *>73. Froissart, c, :*), 10, 11.
CI1APITKK TROISIKMK. 163
du sang. Dans cette vue, il avait envoyé a plusieurs reprises des légats aux monarques rivaux, et avait fini par offrir, comme leur père commun, de se charger du rôle d'arbitre et de peser d'une main impartiale leurs prétentions respectives. Mais lorsqu'il apprit qu'Edouard avait recherché l'amitié de l'empereur Louis et accepté de lui le titre de vicaire de l'empire, il écrivit une longue lettre do plaintes [12 oct.], rappelant au roi que Louis n'avait jamais été reconnu comme empereur par le siège apostolique ; qu'il avait suscité un antipape, et entrepris de plonger le monde chrétien dans un schisme ; qu'il avait été excommunié par le dernier pontife; et qu'une sentence semblable avait" été fulminée contre ses adhérents. Mais le roi fut inébranlable dans son dessein ; il éluda les offres et les reproches du pontife en déclarant [30 janvier 1340] que c'était son ardent désir de réconcilier Louis avec l'Eglise, et qu'il était prêt à accéder a toutes les conditions honorables que Philippe ou Benoît pourrait proposer 1 ; et immédiatement après, à la sollicitation d'Artaveld, il prit publiquement le titre de roi de France, et écartela dans ses armes les lis français avec les lions anglais. Dans deux proclamations publiées a Gand et répandues dans les Pays-Bas et les provinces voisines [1er février], il fit valoir son droit incontestable à la couronne de France, dont il avait été privé par l'insatiable ambition du seigneur Philippe de Valois, à cause de son Age tendre et de son ignorance des lois; il énuméra tous les dommages que lui avait causés ce prince par l'usurpation de ses droits en Guienne, Pappui donné à ses sujets rebelles en Ecosse et les déprédations commises en mer sur le commerce anglais ; et il conclut en déclarant qu'il révoquait maintenant son ancien hommage et sa reconnaissance de Philippe, et qu'il prenait, ce qui était son droit héréditaire, la dignité de roi et le gouvernement du royaume de France 2.
Cette nouvelle mesure lui valut de la part du pontife des reproches sensés et affectueux [5 mars]. Il écrivit à Edouard que son ambition et les conseils intéressés de ses alliés lui attireraient des embarras et des affronts ; que c'était folie à un étranger de compter sur la fidélité des Flamands, qui avaient toujours été connus pour leur déloyauté envers leurs princes nationaux; qu'il avait agi précipitamment pour le moins en se proclamant