Rym. v
•2. Le lecteur se rappellera que le dixième agneau, la dixième toison et la dixième gerbe étaient payés comme dime.
(«Il A PITRE TROISIÈME. f(i;,
passage. Leurs vaisseaux portaient au haut des niais de petites tours munies de pierres, et étaient attachés l'un a l'autre par des chaînes de fer. Edouard plaça en avant les plus forts de ses vaisseaux, de telle façon que chaque bâtiment portant un corps d'hommes d'armes était accompagné de deux navires montés par des archers; et les nobles dames qui, au nombre de cinquante, étaient venues à la suite de la reine Philippa, furent mises sous la protection d'une forte garde, derrière la réserve. Le roi mit d'abord à la voile, mouvement qui fit croire à l'ennemi qu'il voulait éviter un engagement ; mais son but était de se garantir du soleil, qu'il avait en plein dans les yeux; et bientôt après, ayant pour lui le vent et la marée, il se porta sur la première ligne des Français. Chaque commandant choisit son adversaire, et rencontra une vigoureuse résistance ; mais les décharges des archers balayèrent peu a peu les ponts de l'ennemi ; tous les vaisseaux de la première division furent pris; et la bannière d'Angleterre flotta triomphante au-dessus des couleurs de la France.
En ce moment important arriva lord Morley avec une flotte des comtés du nord ; et les vainqueurs procédèrent avec leurs amis à l'attaque des trois divisions qui restaient. Mais une terreur panique s'empara de la seconde et de la troisième ligne de l'ennemi. De leurs vaisseaux qu'ils ne pouvaient dégager, les hommes sautèrent dans leurs chaloupes ; et il en périt, dit-on, plus de deux mille dans les flots. Restait la quatrième ligne, composée de soixante gros bâtiments, renforcés des plus braves des hommes qui s'étaient échappés des vaisseaux capturés. Quoique la victoire fut déjà remportée, ils opposèrent une résistance obstinée aux vainqueurs; et en prolongeant la lutte jusqu'à minuit, fournirent a quelques traîneurs l'occasion de s'échapper dans les ténèbres. A l'exception de ceux-ci , la flotte entière resta aux mains des Anglais. On dit qu'Edouard perdit deux vaisseaux qui furent coulés bas , et environ quatre mille hommes : les tués et les noyés de l'ennemi s'élevèrent à sept fois ce nombre *. L'histoire présente à peine un exemple d'une victoire navale plus complète ou plus sanglante. Les ministres français n'osèrent pas informer Philippe de ce désastre : la première nouvelle lui en fut donnée par son bouffon2.
1. Pour cette bataille, voyez Froissart, c. 49. Avesburv, 55, 59. Heming. 320, 321. Knyght. 2577. Rym. v, 195.
2. Le bouffon appela les Anglais des poltrons ; et quand le roi en demanda la raison, il répondit qu'ils n'avaient pas eu le courage de sauter dans la mer comme les Français et les Normands. Wals. 148.
Couronné des lauriers de la victoire, Edouard débarqua le lendemain matin, se rendit à l'église d'Ardenbourg pour remercier le Tout-Puissant, et se hâta d'aller voir a Gand sa royale épouse. Le bruit de son arrivée attira bientôt a sa cour ses principaux alliés, et les trésors qu'il apportait leur donnèrent une telle activité, que peu de temps après il marcha à la tête de deux cent mille hommes pour entreprendre à la fois les deux sièges de Tournai et de Saint-Omer *. Cependant ces puissants préparatifs, qui étonnaient toute l'Europe, au bout de quelques semaines se réduisirent à rien. Les troupes qui, sous les ordres de Robert d'Artois, s'avançaient vers Saint-Omer, furent dispersées avant d'atteindre leur destination [31 juillet]. Un détachement avait été surpris dans la petite ville d'Arqués : quelques-uns des fuyards parvinrent au camp vers minuit dans la vallée de Cassel ; leur arrivée causa une folle alarme , qui se propagea avec rapidité , et soixante mille hommes s'enfuirent dans toutes les directions , laissant derrière eux leur bagage, leurs armes et leur général 2. Edouard en personne investit Tournai avec des forces considérables ; mais la ville fut défendue avec résolution par une garnison de trente mille hommes de choix. De son camp , il écrivit , dans un véritable esprit de chevalerie, un cartel a Philippe de Valois, lui proposant de combattre seul, corps à corps, ou de laisser la décision de leur querelle à cent combattants de chaque côté, ou d'indiquer un jour où ils s'attaqueraient avec toutes leurs forces. Le roi de France répliqua [30 juillet] qu'il ne lui convenait pas de répondre aux lettres adressées à Philippe de Valois ; mais qu'il ferait observer qu'Edouard, en violation de son hommage et fidélité, était entré une seconde fois sur le territoire français, et que son souverain seigneur l'en chasserait de nouveau , lorsqu'il le jugerait à propos 3. Philippe avait résolu de suivre la môme politique qui lui avait si bien réussi l'année précédente, d'épuiser les finances de son rivai sans lui fournir une occasion de remporter aucun avantage décidé. Des environs de Bouvines, à la courte distance de trois lieues , il surveilla , mais sans les interrompre , les opérations des assiégeants. La garnison avait renvoyé de la ville toutes }es bouches inutiles; cependant, au bout de quelques
1. Voyez sa lettre à son parlement. Rym. v, 197. 8. Froissart, c. (il.
3. Rym. v, 198-200. Il ajouta par un message verbal, qu'il était prêt à combattre Edouard seul à seul n'importe quel jour, à condition que la couronne du vaincu appartiendrait au vainqueur. Ceci est joint au cartel dans la copie conservée dans le Thrcsor des Chartres, p. 39.