Froissart, c
2. Avesb. 98 et suiv. Robert mourut de ses blessures. Rym. v, 349.
3. Rym. v, 357, 366. Le parlement consentit à ce qu'on envoyât des messagers au pape, per monstrer et purposer devant le seint pier le pape, corne devant meen amy, et noun pas corne juge ne corne compromessair les droitz nre Scign' 1 e Roi sur ses chalenges. Rot. Pari, n, 136.
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répondit aux plaintes du pontife qu'il ne le tenait pas en prison pour une raison d'état, mais pour des causes privées et particulières. Au bout de trois ans, Montfort s'échappa du Louvre, déguisé en marchand , arriva heureusement en Angleterre , lit hommage à Edouard comme roi de France [février 1345], et revint mourir en Bretagne au château d'Hennebon [20 mai]. Par son testament, il nomma Edouard tuteur de son fils1 [26 sept.].
L'espérance d'un accommodement, que la pape avait nourrie avec tant d'ardeur, ne tarda pas à s'éteindre entièrement. Chaque parti violait journellement l'armistice , et les négociateurs , au lieu de régler les conditions de la paix, s'occupaient à discuter des plaintes et des récriminations. Les deux peuples s'exaspéraient par de mutuelles injures ; et leurs souverains ne cherchaient un moment de répit que pour pouvoir recommencer la lutte. On fit de part et d'autre des préparatifs de guerre : Edouard obtint de son parlement un subside sur les laines ; Philippe établit la gabelle, ce monopole du sel au profit de la couronne , nui a été si longtemps considéré par les Français comme un faraeau intolérable. Ces manières de se procurer de l'argent fournirent aux deux rois l'occasion d'-exercer leur esprit. Le roi d'Angleterre déclara que son adversaire régnait maintenant par la loi saiique; et le roi de France prit sa revanche en nommant Edouard « le marchand de laines2. »
Enfin le parlement anglais conseilla la reprise des hostilités3; et une armée partit pour la Guienne sous le commandement du cousin du roi, le comte de Derby, qui passait pour le seigneur le plus accompli, et pour l'un des plus braves guerriers de l'époque [6 juin], 11 aborda à Bayonne, marcha sur Bordeaux, et reprit bientôt la plus grande partie des places que l'ennemi avait conquises. La plus brillante action de la campagne eut lieu sous les murs d'Auberoche. Le comte de Lisle , le commandant français , avait fait assembler en secret douze mille hommes dans le voisinage, et il investit immédiatement la place. Quatre machines lancèrent une grêle de pierres dans l'intérieur des murs, et for-
1. Rym. v, 365. Knyght. 2585. D'Argentré, v, 109. y. Contin. Nangii ad ann. 1343. Mezerai, 155.
3. Rot. Pari, il, 117. Ils prièrent le roi de ne pas se laisser tromper, mais de finir la guerre dans un court délai, soit par bataille, soit par traité, p. 148, 152. Les « grands » se chargèrent de passer la mer et de s'aventurer avec lui ; les membres du clergé lui accordèrent le dixième de leurs bénéfices pour trois ans, et les communes deux dixièmes des villes et bourgs, et deux quinzièmes de la communauté. Stat. ofRealm, i, 300, 302.
cèrent la garnison à chercher un abri sous terre. Le comte de Derby, avec trois cents hommes d'armes et six cents archers, s'avança à leur secours par des chemins de traverse : à l'heuro du souper [23 oct.], ils fondirent sur le camp français; le général et les principaux officiers furent tués ou pris a table ; et les archers , avec leurs flèches , dispersèrent à l'instant chaque petit corps ennemi à mesure qu'il se formait. Mais la nouvelle était parvenue à l'autre moitié de l'armée des assiégeants , qui se tenait du côté opposé de la place, et les vainqueurs eurent encore à lutter contre un ennemi six fois plus nombreux. La victoire fut décidée par la garnison du château, qui dans la chaleur de l'action chargea l' arrière-garde des Français. De cette armée de douze mille hommes , très-peu échappèrent. Neuf comtes et vicomtes furent faits prisonniers; et il n'y eut pas un homme d'armes parmi les Anglais , qui ne revînt avec deux ou trois barons , chevaliers ou écuyers, pour sa part de captifs *.
Le comte de Derby, ayant obtenu un renfort de l'Angleterre, poursuivit la carrière victorieuse, tandis qu'Edouard faisait voile vers Sluys à la rencontre des députés des villes de Flandre [24 juinj. Son objet était de persuader aux Flamands de*etirer leur allégeance au comte Louis leur souverain, et de la transférer à son fils, le prince Edouard. La majorité des députés désapprouva ouvertement la proposition. Artaveldt, non-seulement parla en sa faveur, mais s'engagea a la faire adopter des principales villes. Il réussit à Bruges et à Ypres ; mais à Gand, ses ennemis avaient d'avance exaspéré les habitants contre lui : on ne lui fit aucune civilité lorsqu'il passa dans les rues [17 juillet] ; et il ne fut pas plus tôt entré dans sa maison, qu'elle fut entourée par une populace furieuse qui demandait sa tête. Les portes en furent forcées ; Artaveldt fut massacré ; et Edouard , privé de son principal appui , revint en Angleterre [26 juillet]. Les députés flamands l'y suivirent [30 sept.], et le consolèrent de la perte de son démagogue, en Rengageant a ne point obéir au comte tant qu'il n'aurait pas juré fidélité au roi d'Angleterre. Louis vivait à Ruremonde, dépouillé de la plus grande partie de son territoire; mais il resta fidèle h Philippe, déclarant que sa conscience ne lui permettrait pas de reconnaître Edouard pour roi tant qu'il ne le verrait pas en possession de la couronne de France 2.
Les succès non interrompus du comte de Derby avaient prouve
1. Froiss. c. 10\ 106. Willani, unn. 1415. *. Froissait, c. 111.
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tout ce que pouvait la valeur anglaise, quand son élan n'était point arrêté par les conseils d'alliés intéressés ; et Edouard ayant rassemblé une armée considérable, composée de ses seuls sujets, mit à la voile à Southampton, dans l'intention, dit-il, d'envahir les provinces du midi de la France. Mais soit qu'il n'eût cherché qu'a tromper l'ennemi , soit que , pendant le voyage, il eût été dissuadé par Geoffroi d'Harcourt, réfugié français, il changea subitement de direction , et jeta l'ancre dans la rade de la Uogue, sur la côte de Normandie [12 juillet 1346]. La province était sans défense : tandis que la flotte brûlait tous les navires des différents , ports, l'armée, partagée en trois divisions, pillait le pays, mettait le feu aux villages, et faisait des prisonniers; Carentan, Saint-Lô et Caen, grande et populeuse cité, furent prises [18 juillet] ; et le butin , avec le connétable de France, soixante chevaliers et trois cents des plus riches citoyens, fut envoyé à la flotte et transporté en Angleterre 1 [26 juillet]. Le but d'Edouard semble avoir été d'attirer hors de la Guienne l'armée française de cent mille hommes qui était entrée dans cette province, de traverser la Seine, de passer en Artois par la Picardie , de rejoindre ses auxiliaires flamands, qui, au nombre de quarante mille, avaient franchi les frontières de France et mis le siège devant l'importante ville do Calais. Mais à son arrivée à Rouen, il trouva le pont sur la Seine rompu , et Philippe sur la rive opposée aveo des forces considérables. A dater de ce moment, ce fut une lutte d'habileté entre les deux monarques. Le roi d'Angleterre étakimpatient de passer la rivière, et d'engager le combat avant l'amvée des renforts do son adversaire : le roi de France cherchait à retenir les Anglais sur la rive gauche de la Seine, jusqu'à ce qu'il pût les accabler de la supériorité de ses forces [13 août]. Edouard longea la rivière, brûlant les villages, et pillant les villes de Vernon, de Mantes et de Poissy ; mais pas un pont n'avait été laissé debout, et tous ses mouvements étaient suivis et surveillés do la rive opposée par l'ennemi. Ce fut en vain qu'il envoya ses troupes légères insulter les faubourgs de Paris, qu'il réduisit en cendres Saint-Germain , Saint-Cloud et Bourg-la-Reine, et que quelques aventuriers passèrent la rivière en bateaux, et mirent le feu à Neuilly et à Boulogne. Philippe n'était pas homme à se laisser détourner de son dessein par les bravades de son ennemi ou par les murmures des Parisiens. Un heureux stratagème délivra les Anglais de cette
1. Froiss. 155, c. 120-123, et le rapport ofGciel dans Avesbury, 123.
situation, qui devenait de jour en jour plus dangereuse. Décampant de Poissy de grand matin, ils s'avancèrent en toute hâte vers la capitale ; mais dès qu'ils surent que l'armée française était en pleine marche pour la même ville [17 août], ils revinrent rapidement sur leurs pas, balayèrent l'autre rive à l'aide des archers , passèrent sur le pont que les ouvriers avaient réparé , et prirent possession de Pontoise. Affligé du succès de cette manœuvre, et enorgueilli du nombre de troupes qui s'étaient assemblées sous son étendard à Saint-Denis, Philippe défia le roi d'Angleterre au ^combat dans la plaine de Vaugirard, ou entre Pontoise et Franconville. Edouard répondit qu'on le trouverait toujours prêt a combattre; mais que, comme il était dans ses états, il ne permettrait à personne de lui dicter ni le lieu ni le jour1. Il continua sa marche, brûla en passant les faubourgs de Beauvais, pilla la ville de Poix, et lixa son quartier général à Airaines. Impatient de traverser la Somme, il dépêcha deux maréchaux avec trois mille hommes pour découvrir ou forcer un passage. Ils attaquèrent successivement les ponts de Pont-Sain t-Remy, de Long et de Pecquigny; mais ils échouèrent a chaque endroit, et revinrent au camp avec cette nouvelle décourageante [22 août]. Philippe était à Amiens avec cent mille hommes, et le lendemain matin il prit possession d'Airaines, deux heures après le départ des Anglais. Ils atteignirent Oisemont dans la soirée, et les maréchaux revinrent encore avec les mêmes tristes nouvelles. Le désespoir était peint sur tous les vi^jes ; il fallait, le jour suivant, vaincre une armée huit fois plus nombreuse, ou être repoussé dans la mer. Edouard assembla les prisonniers : il s'informa s'il n y avait pas un gué dans la rivière et par la promesse de la liberté et d'une forte récompense, il décida un paysan à le conduire à Blanchetaque , où , au moment du reflux, la Somme pouvait être passée même a pied. Les Anglais se mirent en marche h minuit [23 août] ; ils arrivèrent avant que l'eau fût suffisamment basse , et eurent la mortification de voir, un peu après le lever du soleil, la rive opposée garnie de douze mille hommes sous les ordres de Godemar du Fay. Ils restèrent pendant quelques heures dans cette situation alarmante, attendant à chaque moment l'armée qui les poursuivait. Vers dix heures, on annonça que la marée était tout a fait basse. Edouard donna pour mot d'ordre Dieu et saint George ; et les hommes d'armes s'élancèrent dans la rivière. Vers le mi-