‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 134 sur 563 · CHAPITRE TltOÏSlKMK. IT · texte numérisé non relu

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lieu, ils rencontrèrent la cavalerie française; mais les Anglais combattirent avec le courage du désespoir, et les ennemis furent mis en déroute avec une perte de deux mille hommes. Philippe, à son arrivée , ne trouva que quelques traîneurs sur la rive gauche. La marée montante le força d'abandonner la poursuite, et il ramena son armée h Abbeville : les Anglais prirent possession du Crotoi , et trouvèrent dans le port plusieurs navires chargés de vins de Poitou et de Saintonge1.

Jusque-là le roi s'était retiré rapidement devant ceux qui le poursuivaient; maintenant il fit halte pour attendre leur arrivée. Nous ne connaissons point ses motifs; mais il doit avoir eu quelque raison puissante pour hasarder un engagement avec une telle disproportion de forces. Il dit simplement a son entourage : « Nous n'irons pas plus loin. Je suis maintenant sur l'héritage légitime de madame ma mère (le comté de Ponthieu), et mon devoir est de le défendre contre mon adversaire. » Quant à ses alliés flamands, nous n'en avons aucune nouvelle. Ils étaient entrés sur le territoire français trois semaines auparavant, et probablement s'en étaient retournés, ou avaient pris une autre direction.

Philippe s'arrêta un jour a Abbeville [25 août], pour accroître de quelques milliers d'hommes son immense armée. Quant h Edouard, qui avait a combattre pour sa liberté et sa vie, ce délai lui était précieux ; car il lui permettait de rafraîchir ses troupes après leur fatigue, d'arranger ses plans et de faire les préparatifs nécessaires pour la bataille. Le lieu sur lequel il s'était déterminé a recevoir l'ennemi était une éminence qui s'élevait en pente douce derrière le village de Crécy. Dans la soirée, il invita ses barons à souper, les entretint avec gaieté, elles congédia en leur promettant la victoire. Lorsqu'ils furent partis, il entra dans son oratoire, se jeta à genoux devant l'autel, et pria Dieu do lui conserver l'honneur. Il était minuit lorsqu'il se mit au lit : il dormit peu , et au point du jour il assista à la messe , et communia avec son fils, le jeune prince de Galles, qui venait d'atteindre sa quinzième année.

[26 août.] Dès que les troupes eurent déjeuné, les maréchaux donnèrent leurs ordres, et chaque lord , sous sa bannière et son pennon , marcha au lieu qui lui avait été assigné la veille. Tous étaient a pied, pour ôter toute tentative de poursuite ou de fuite.

1. Froissart, c. 123-125. Knyght. 2587, et le rapport officiel dans Avesbury, 13(>, 137.

La première division, sous le commandement nominal du prince, et le réel commandement des comtes de Warwick et d'Oxford , consistait en huit cents hommes d'amies, mille fantassins gallois et deux mille archers. A quelque distance derrière eux, mais un peu sur leur flanc, était placée la seconde division, composée de huit cents hommes d'armes et douze cents archers. La troisième, sous le commandement du roi , contenait sept cents hommes d'armes et deux mille archers , et stationnait comme réserve au sommet de la colline Les archers de chaque division se disposèrent sur son front en forme de herse ; et Tordre fut donné que personne ne s'embarrassât de la garde d'un prisonnier, ou ne quittât son poste pour poursuivre un fuyard. Edouard, sur un petit palefroi, entre deux maréchaux, alla de compagnie en compagnie, parlant à tous, les exhortant à défendre son honneur, et exprimant sa confiance dans la victoire. Vers dix heures, il les fit rafraîchir. Ils s'assirent en rangs par terre , leurs arcs et leurs casques devant eux.

Le roi de France était parti d'Abbeville vers le lever du soleil ; mais ses nombreuses troupes avançaient dans un tel désordre , que les chevaliers qui avaient été reconnaître l'armée anglaise lui conseillèrent de remettre le combat au lendemain , et d'employer l'intervalle à ranger son armée en bataille. On envoya aussitôt deux officiers, un à l'avant et l'autre à l'arrière-garde , qui crièrent : « Halte , bannières , au nom de Dieu et de saint Denis! » Mais ces ordres accrurent la confusion. Quelques-uns obéirent , beaucoup les comprirent mal , et la plus grande partie n'en tint pas compte. Philippe se laissa entraîner par le torrent; et, dès qu'il vit les Anglais, il perdit tout sang-froid, et ordonna aux Génois de se former et d'engager la bataille.

Les Génois étaient un corps de six, ou, suivant quelques écrivains, de quinze mille Italiens, qui combattaient avec des arbalètes , sous deux chefs célèbres , Antoine Doria et Charles Grimaldi. Ils étaient soutenus parle frère du roi, le comte d'Alençon, à la tête d'une cavalerie nombreuse , magnifiquement équipée. Le roi lui-même venait ensuite avec le reste de l'armée en quatre divisions : le total des combattants a été évalué par différents écrivains à tous les nombres intermédiaires entre soixante et cent vingt mille hommes.

Jamais peut-être préparatifs de bataille ne furent faits dans des

1. Ce sont les nombres donnés par Froissart. Ils sont évidemment trop faibles, ou ceux de l'armée française trop fort».

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