‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 136 sur 563 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Parmi les morts, le plus distingué était Jean, roi de Bohême ». L'âge n'avait pas amorti en lui le feu de la jeunesse : quoique aveugle, il se plaça dans la première division des Français; et quand l'issue de la lutte devint douteuse, il ordonna aux quatre chevaliers qui l'escortaient de le mener au fort de la mêlée , « afin, dit-il, que moi aussi je puisse donner un coup aux Anglais. » Le mettant au milieu d'eux , et entrelaçant leurs brides, ils poussèrent leurs chevaux en avant, et furent tués presque immédiatement. Le lecteur considérera probablement le roi de Bohême comme follement prodigue de sa vie : les écrivains du temps ont exalté sa conduite comme un trait d'héroïsme incomparable. Son timbre, trois plumes d'autruche avec la devise « Ich dien, » Je sers, fut adopté par le prince de Galles, et a toujours été porté par ses successeurs.

Les vainqueurs contemplèrent avec étonnement le résultat de cette sanglante et décisive bataille. Ils ne l'attribuèrent ni à leur courage ni à l'imprudence de l'ennemi, mais à la protection du Tout-Puissant, qui avait ainsi donné gain de cause à leur souverain; et les actions de grâces qui furent offertes dans le camp furent promptement répétées dans toutes les villes et tous les villages d'Angleterre. Les deux rois s'occupèrent sur-le-champ, Edouard , de profiter des avantages de sa victoire , Philippe , de jJfêvenir les conséquences de sa défaite. Le premier, pour s'assurer un port convenable sur la côte de France, entreprit de ré- 'duire Calais , et , prévoyant une longue et opiniâtre résistance , ordonna de construire des huttes pour loger l'armée pendant l'hiver. Le dernier envoya un messager avec des présents au roi d'Ecosse, l'exhortant à saisir l'occasion de l'absence d'Edouard, et à envahir l'Angleterre pour venger ses propres injures et prêter assistance à son allié [3 sept.]. Quatre ans s'étaient écoulés depuis que David, à la demande de ses sujets, était rentré avec sa femme dans sa patrie. Sa valeur et son mérite avaient conquis leur estime , et trois incursions heureuses dans les comtés du nord leur avait permis de se venger en pillant leurs ennemis. L'ardeur du roi n'avait pas besoin d'un nouveau stimulant : il menaçait depuis longtemps la frontière anglaise ; et six jours

santé de cette bataille. Tous les autres écrivains de l'époque en font mention, mais moins en détail.

1. Plusieurs historiens ont tué à Crecy Jacques, roi de Majorque. Il est probable qu'il n'y était pas présent : ce qu'il y a de certain , c'est qu'il ne mourut que trois ans plus tard.

avant la bataille de Crécy [20 août], Lionel, second fils d'Edouard, et tuteur du royaume , avait ordonné de faire des levées pour surveiller et repousser les mouvements des « insurgés écossais. » David partit de Perth avec trois mille hommes d'armes, et environ trente mille autres montés sur de petits chevaux (galloways). Ils comptaient tous sur le succès , la totalité de la chevalerie anglaise étant sous les murs de Calais ou occupée à se battre dans le midi de la France. [2 oct.} Il entra dans le Cumberland, prit, après un siège de six jours, la « pyle (fort) de Lyddel, » et immédiatement fit décapiter le gouverneur, pilla l'abbaye de Lanercost, et dirigea sa marche par Hexham sur l'évêché de Durham. Tandis qu'il était à Beaurepaire !, maison de campagne appartenant aux moines, l'armée anglaise se rassemblait sans qu'il le sût dans le parc d'Auckland [16 oct.]. Elle s'élevait à douze mille hommes d'armes , trois mille archers et un corps de sept mille . fantassins , composé d'ecclésiastiques , de la milice des environs et d'une poignée de Gallois. La reine Philippa, imitant l'exemple de la comtesse de Montfort, parcourut leurs rangs a cheval, et les harangua dans un langage affectueux et animé, les engageant à défendre leur pays et l'honneur de leur souverain. Ils répondirent par de vives acclamations : elle les recommanda à Dieu et à saint Georges, et se retira en lieu de sûreté2.

[17 oct.] Douglas, le célèbre chevalier de Liddlesdale, a\éHt, dans la matinée, conduit un parti de pillards à Ferry hill. La retraite lui fut coupée par l'armée anglaise au pont de Sunderland' et il fut heureux de s'échapper avec une perte de cinq cents hommes. Sur son rapport, David rangea l'armée en bataille dans la lande : les Anglais étaient déjà disposés sur une éminence près de Nevil's Cross. La cavalerie écossaise , embarrassée dans les haies, fut en butte aux coups infaillibles des archers , et les chevaliers les plus distingués furent successivement démontés ou tués. Après une lutte très-chaude, le comte de Moray périt, et l'aile qu'il commandait fut dispersée. A l'autre aile, le Stewart ne continuait qu'une faible et incertaine résistance; au centre, le roi voyait avec terreur tomber autour de lui ses plus braves chevaliers. Mais son orgueil dédaigna de fuir ou de se rendre, et ses nobles, formant un cercle pour le protéger, prolongèrent le combat jusqu'au moment où il reçut deux blessures, qui le ren-

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