CHAPITRE TROISIÈME
versèrent. Coupland, genUlhomme du Northumberland, s'élança b l'instant de son cheval pour se saisir de cette royale proie. Une lutte violente s'engagea. Coupland perdit deux de ses dents; mais il s'empara du roi, et à l'aide de huit de ses amis, il l'emporta heureusement h travers la foule, et le conduisit h son château d'Ogle. Les Ecossais ne firent pas une plus longue résistance, et le Stewart, recueillant les fuyards, les ramena dans leur pays *.
Il est singulier que, dans cette journée mémorable, les Anglais aient combattu sans avoir de commandant en chef. L'archevêque d'York et les lords Henry Percy et Halph Nevil avaient été chargés d'organiser les forces du nord; mais dans lo combat ils paraissent n'avoir eu qu'un commandement égal, et n'avoir pris aucune autorité sur les autres chefs2. Les Ecossais laissèrent quinze mille hommes sur le champ de bataille, et parmi eux plusieurs seigneurs de la plus haute distinction. La liste des prisonniers présente, outre le roi, trois comtes et quarante-neuf barons et chevaliers. Le comte de Monteith , qui avait prêté serment comme membre du conseil privé d'Edouard, et le comte de Fife, qui avait fait hommage h Baliol , furent condamnés comme traîtres 3. Le dernier dut la vie à sa parenté avec la famille royale ; le premier subit la peine prescrite par la loi. David fut remis avec répugnance par Coupland au shériff , et conduit en grand appareil h la Tour de Londres. Celui qui l'avait pris fut fait chevalier, et récompensé par le don d'un vaste domaine 4.
Lorsque Edouard changea si subitement la roule de Bordeaux contre celle de la Hogue, il laissa le vaillant comte de Derby lutter pour la défense de la Guienne contre la puissante ai mée commandée par Jean , duc de Normandie , fils aîné du monarque français. Le comte refusa sagement de livrer bataille h son adversaire, elle duc partit de Toulouse avec cinquante mille fantassins,
r 1. Ford, xiv, 2, 3. Froissart, 135, 13(5. Heming. 381. Knyght. 2590-2592.
2. Rvm. 524. Dans la lettre de remereiments envoyée par le prince Lionel, le comte d'Angus et plusieurs autres sont mentionnés avec d'égales louanges. Rvm. 528.
3. Ils furent condamnés par le roi en conseil à Calais, sur la notoriété du fait, et sans forme de procès. Le seul office des juges fut de se rendre à la Tour, et de prononcer la sentence telle qu'elle leur avait été envoyée par le roi. Rvm. V, 549, 550. Rot. Scot. i, G87-689. La mère de Fife était nièce d'Edouard I'\
4. 11 fut fait banneret, avec un revenu de 500 livres par an. Rvm. v, 542. Le même iour, le roi à Calais accorda à lui, à Robert Bertram et à William Silvcrtop l'aîné, un pardon général pour tous leurs anciens délits, à cause de leurs « bons services » à la bataille de Nevil's Cross. Rvm. v, 543. Coupland fut ensuite assassiné. Ryra. vi, 494.
(Si . HISTOIRE l)'AN(iKETEU1U:.
dix mille chevaux et un long train dejnachines de guerre. Peu de places osèrent résister à des forces aussi imposantes, et rien n'arrêta la marche de ce torrent jusqu'à ce qu'il eût atteint les murs d'Aiguillon. De mai jusqu'à la fin d'août, Jean assiégea cette forteresse. Il employa à plusieurs reprises toutes les ressources de l'adresse et de la force ; l'armée , partagée en quatre divisions , qui se relevaient alternativement de trois heures en trois heures, continua l'assaut pendant six jours consécutifs; des tours furent élevées, des machines furent déchargées, et les maisons dans l'intérieur des murailles furent démolies par des grêles incessantes de pierres; mais sir Walter Manny et sa brave garnison ne purent être vaincus par la fatigue, ni intimidés par le nombre. Ils repoussèrent les assaillants, brûlèrent les machines, et, par de fréquentes sorties, tirent beaucoup de mal aux assiégeants. Le duc, ne pouvant réussir par la force, essaya d'affamer la garnison. 11 jura de ne point quitter la place qu'elle ne fût en sa possession, et aux remontrances de ses officiers il répondit qu'il ne pouvait honorablement violer son serment. Après tout, ce fut la victoire de Crécy qui sauva Aiguillon : Philippe réclama la présence de son fils, et l'assistance de l'armée qu'il commandait. Ils ne furent pas plus tôt partis [23 août], que le comte de Derby sortit de Bordeaux , traversa la Garonne , dévasta l'Agénois , la Saintonge et le Poitou, et emporta d'assaut la riche et populeuse ville de Poitiers [U oct.]. Lorsqu'il eut vengé sur ces provinces les ravages que les ennemis avaient faits en Guiennc, il ramena ses troupes chargées de butin dans leurs quartiers d'hiver !.
Edouard était alors occupé au siège de Calais, siège qui forma une ère nouvelle dans l'histoire militaire du temps. Contre tous précédents, pas un assaut ne fut donné, pas une seule machine ne fut dressée contre la place. Au lieu d'employer la force, le roi compta sur l'effet plus lent, mais moins incertain , de la famine. Une flotte nombreuse bloquait le port, et toute communication avec l'intérieur était interceptée par les lignes des assiégeants. Jean de Vienne, le gouverneur, vit avec effroi une ville de baraques s'élever autour de lui : il pénétra le dessein du roi ; et après une stricte enquête, il renvoya [13 sept.] de la ville tout individu qui n'avait pas de provisions suffisantes pour plusieurs mois. Hommes, femmes et enfants, au nombre de dix-sept cents, s'avan-
1. Fromart, c. 117, 118, 111», 132. Villani, ann. 134<>. Avesb. 142-144. ,