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2. Sur cette question, qui fut si violemment débattue il y a un siècle , et qui n'est plus maintenant qu'un pur problème historique, on me permettra de faire quelques observations : — 1. Si le lecteur se reporte à ce qu'il a déjà lu, il trouvera, je pense, des raisons suffisantes de croire, sur le témoignage des écrivains contemporains ou quasi tels, que les princes et le peuple écossais furent forces à plusieurs reprises de se reconnaître vassaux des rois anglo-saxons, et cela avant de tenir aucune terre de la couronne d'Angleterre. — 2. S'il faut en croire les historiens qui vivaient à cette époque, et qui ne pouvaient ignorer le fait réel, Malcolm fit hommage pour sa couronne à Guillaume le Conquérant, et aussi au successeur de Guillaume, Guillaume le Roux. Mais quand il fut requis de paraître devant la cour de Guillaume, il répondit que les rois d'Ecosse avaient coutume de ne faire droit aux rois d'Angleterre que sur les frontières, et dans une cour composée des barons des deux royaumes. 3. Sous Henri I", les familles royales des deux royaumes s'allièrent par des mariages réciproques. David, roi d'Ecosse, alla fréquemment en Angleterre, fit hommage à Henri, et assista à divers grands conseils comme le premier des pairs. Des écrivains écossais postérieurs prétendent qu'il le fit comme comte de Huntingdon ; les écri-
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généralement, pour éviter d'en appeler à l'épée, l'hommage était rendu et accepté sous des réserves mutuelles , qui sauvaient à chaque partie ses droits respectifs. Quand Guillaume le Lion devint le captif de Henri II, il fut forcé de racheter sa liberté moyennant une reconnaissance donnée sous son sceau et sous les sceaux des prélats et des barons écossais , et portant qu'il tenait son royaume comme fief sous le roi d'Angleterre ; mais le manque d'argent engagea Richard à rendre cette concession a ce prince pour la somme de dix mille marcs, et à-remettre les droits de chaque couronne sur leur pied primitif1. Ses successeurs, Jean et Henri 111, non-seulement revendiquèrent, mais, s'il faut en croire ce dernier, firent reconnaître leur droit , et reçurent hommage pour la couronne d'Ecosse de Guillaume, d'Alexandre II et d'Alexandre III. Lorsque Edouard était monté sur le trône, la querelle s'était renouvelée. Alexandre résista pendant quatre ans : à la tin, il offrit de faire hommage simplement et sans condition. La proposition fut acceptée ; et le roi d'Ecosse , h genoux , et en présence dqs prélats et des barons anglais, dit : «Moi, Alexandre, roi d'Ecosse, je deviens Homme lige du seigneur Edouard, roi
vains anglais, qu'il le fit comme roi d'Ecosse. — 1. Durant les guerres civiles entre Etienne et Mathilde, il se saisit des trois comtés du nord, et les ajouta à ses états. Mais son successeur Malcolm fut forcé de les rendre a Henri 11. 11 fit hommage et accompagna son seigneur, le roi d'Angleterre, dans l'expédition contre la France. Guillaume succéda à Malcolm, et fit aussi hommage; mais s'étant joint aux fils de Henri dans leur rébellion, il fut fait prisonnier. Henri lui arracha un nouveau serment d'allégeance, par lequel il devint vassal de la couronne d'Angleterre contre tous hommes quelconques, conformément aux nouvelles formes inventées par les légistes féodaux. Il n'y a pas de Joute qu'il fit hommage pour son royaume. • — 5. 11 racheta de Richard 11 Vexemption de cette dernière reconnaissance, et remit ainsi la question sur son ancien pied. Mais Jean, Henri et Edouard exigèrent toujours son hommage et celui de ses successeurs, comme rois d'Ecosse ; et eux, tout en faisant hommage, le firent toujours sous la réserve de leurs droits, tandis que les rois d'Angleterre, tout en le recevant de cette manière , ne le recevaient eux-mêmes que sous une semblable réserve de leurs propres droits comme seigneurs suzerains : expédient assez fréquent dans la diplomatie féodale, et au moyen duquel la question restait en suspens, et il ne s'établissait aucun précédent contraire à la réclamation des parties. — 6. D'après cela, dans mon opinion , les faits réels sur ce point sont que les rois d'Angleterre réclamèrent pendant plusieurs siècles et exercèrent parfois le droit de suprématie, et que les rois d'Ecosse, selon les circonstances, tantôt admirent, tantôt éludèrent et tantôt nièrent les prétentions de leurs puissauts voisins.
1. Dans la charte originale, Richard requiert que Guillaume nobis facial intégré et plenariè quicquid rex Seoti» Malcolmus frater ejus aniecessoribus nostris de jure fecit et de jure facere debuit. Rym. i, 64. Dans la copie que nous a trausmise Fordun, après antecessoribus nostris sont intercalés les mots, pro terris suis in Anglia. Ford. Scoi. rhr. i, 501. 11 est certain que l'hommage avait été rendu avant que les rois d'Ecosse possédassent des terres en Angleterre, lesquelles terres leur furent données dans l'origine comme logement , lorsqu'ils venaient faire hommage.
d'Angleterre, contre tous hommes. — Et moi, répliqua Edouard, je vous reçois comme tel , sauf les titre et droit que moi et mes successeurs avons à votre hommage et a celui de vos successeurs pour le royaume d'Ecosse, quand il nous plaira le requérir1. )> La demande d'Edouard, dans la circonstance présente, ne pouvait donc pas être nouvelle ou inattendue pour les Ecossais. 11 ne réclamait que ce que ses prédécesseurs et lui avaient soutenu être leur droit. Il aurait peut-être montré plus de générosité s'il eût différé sa réclamation jusqu'à ce que le trône d'Ecosse eût un prince pour en soutenir les prétentions ; mais on ne doit pas le taxer d'injustice pour avoir saisi le moment le plus favorable a l'exercice d'une prérogative qui dans sa conviction appartenait h la couronne.
Le roi, par des lettres circulaires, avait annoncé ses prétentions aux prélats, aux barons et aux communes d'Ecosse, et les avait convoqués a Norham sur la frontière des deux royaumes [10 mai 1291]. Edouard établit sa résidence au château, accompagné de ses barons des comtés du nord : les Ecossajs s'assemblèrent h- Upsetlington, aujourd'hui Laflykirk, sur l'autre rive de la Tweed. Au jour marqué, dans l'église de Norham, Brabanzon, justicier anglais, adressa un discours aux états d'Ecosse de la part du roi, pour les informer qu'Edouard était venu décider la grande question de la succession a leur couronne, qu'il désirait de s'éclairer de leurs lumières et de leurs avis, et que, comme préliminaire, il les requérait de le reconnaître pour leur supérieur féodal et direct. On leur assigna le jour suivant [11 mai] pour répondre; mais ils réclamèrent un plus long délai, alin do pouvoir consulter les prélats et les barons qui n'étaient point encore arrivés. Leur requête fut agréée; on leur remit un acte, contenant les preuves de la suzeraineté alléguée par les rois d'Angleterre, et ils furent requis de présenter leurs objections, s'ils en avaient à faire , le 1er juin , jour où Edouard serait prêt a leur faire justice2. Le 1er juin se passa, et aucune réplique ne fut produite de la part des Ecossais : le 2 , l'évêque de Bath, chancelier, passa la Tweed à Upsetlington , récapitula ce qui s'était passé, et ajouta que puisque le droit du roi n'avait point rencontré d'opposition, Edouard allait l'exercer en enten-