CHAPITRE TROISIÈME
la Pologne, annonça la fatale année 1348; et si Y Angleterre échappa à cette calamité, en revanche elle fut inondée, du mois de juin a celui de décembre, par des torrents de pluie presque continuels. La peste fit son apparition la première semaine d'août dans le Dorsetshire; en novembre elle atteignit Londres, et de là s'avança graduellement vers le nord de Hle. Beaucoup de victimes expiraient dans le cours de six heures, et très-peu traînaient plus de deux ou trois jours. De l'homme, le mal exterminateur s'étendit aux animaux : les cadavres des moutons, des chevaux et des bœufs gisaient épars dans les champs : les oiseaux de proie n'y touchaient pas, et leur putréfaction secondait la malignité do la maladie. Les travaux du labourage étaient négligés, aucune cour de justice n'était ouverte ; h plusieurs reprises, une proclamation prorogea le parlement ; et les hommes, uniquement occupés de leur salut, refusaient de soigner los pestiférés, et étaient sourds à la voix de l'honneur, du devoir et de l'humanité. Quand les historiens nous disent qu'il périt une moitié ou un tiers de la race humaine, nous pouvons les soupçonner d'exagération ; mais il est aisé de se former quelque idée de la mortalité par le fait que tous les cimetières* de Londres furent bientôt pleins ; que sir Walter Manny acheta, pour en faire un lieu de sépulture publique, un champ de treize acres, où est situé maintenant Charter- House ; et que, pendant plusieurs semaines, on y déposa l'un dans l'autre deux cents corps par jour1. On observa que, quoique la maladie atteignît les Anglais en Irlande, elle épargnait les indigènes. Les Ecossais aussi en furent exempts pendant plusieurs mois ; et cette circonstance fut pour eux un sujet de triomphe sur leurs ennemis, et introduisit parmi eux un juron populaire « par la sale mort des Anglais. » Ils avaient môme rassemblé une armée pour envahir les comtés voisins, lorsque la peste se glissa dans leur camp. Au milieu de la forêt de Selkirk, cinq mille hommes moururent avant qu'ils eussent licencié leurs troupes ; et les fugitifs emportèrent avec eux la contagion dans les retraites les plus reculées de l'Ecosse2.
Les conséquences de cette mortalité sont détaillées avec soin par les écrivains contemporains. D'abord la réduction du nombre des consommateurs en amena une proportionnée dans le prix des