CHAPITRE QUATRIÈME
minster [25 nov.], obtint une aide considérable pour six années, et ordonna h ses forces de s assembler dans le Northumberland. La seule terreur de son approche lui rendit Berwick ; et à Roxburgh il acheta de Baliol ses biens patrimoniaux dans leGalloway, ainsi que ses droits au trôned'Ecosse [20 janvier 1356]. Ce prince, avancé en âge et sans enfant, céda avec joie un titre stérile et contesté pour une somme immédiate de cinq mille inarcs et une rente annuelle de deux mille livres *. De Koxburgh, Edouard traversa les Lothians, faisant porter devant lui la bannière d'Ecosse déployée; et les Anglais, ne rencontrant point d'ennemis, se divisèrent en petits corps, et réduisirent en cendres toutes les fermes, tous les villages et les villes a vingt milles des côtes de la mer. A Edimbourg, leur marche fut arrêtée de nouveau par le manque de vivres. A la vérité, une flotte qui portait d'abondantes provisions avait fait voile pour le port de Leith ; mais elle avait été repoussée par un fort vont du nord ; et Edouard ordonna a regret à son armée de retourner en Angleterre. Les Ecossais harcelèrent son arrière-garde, et assouvirent leur vengeance sur le peu de traîneurs qui s'attardèrent. Le dégât causé par cette expédition fut longtemps présent à la mémoire des indigènes, qui , dans leurs incursions subséquentes en Angleterre , s'excitaient à de pareilles déprédations par le cri de « la Chandeleur brûlée ! 2 »
L'année suivante fut signalée par la victoire à jamais mémorable de Poitiers. L'honneur et le butin de la dernière campagne avaient stimulé le prince de Galles à une tentative semblable dans une direction différente [6 juillet ]. Avec une petite armée de douze mille hommes, il quitta Bordeaux, remonta la Garonne jusqu'à Agen, et tournant a gauche, ravagea les fertiles provinces du Quercy, du Limousin , de l'Auvergne et du Berry. Son but n'était point de faire des conquêtes, mais d'infliger aux indigènes les maux de la guerre, et d'enrichir ses compagnons aux dépens de l'ennemi. La moisson fut foulée aux pieds, le bétail fut massacré , les vins et les provisions que l'armée ne put consommer lurent détruits ; les fermes, les villages et les villes furent réduits en cendres, et tous les captifs qui pouvaient payer leurs rançons furent conduits à Bordeaux. Il se détourna d'issoudun et de Bourges, qui menaçaient d'une vigoureuse résistance [4 sept.]; mais
1. Rym. v, 832-841, 850, 859. Rot. Scot. i, 788, 799. Baliol mourut en 130:1. Knyght. 2627.
2. Avesbury, 235-238. Knyght, 2011. Lel. Coll. i, 500. Ford, xiv, 13.
m HISTOIRE D'ANGLETERRE.
il prit Vierzon d'assaut, et Romorantin en y mettant le feu. Dans cette expédition dévastatrice, Vidée ne semble pas être venue au jeune prince qu'il était dangereux de pénétrer si avant dans un puissant royaume, ou que la retraite lui serait probablement coupée par des forces plus nombreuses. Le roi de France avait ordonné a ses vassaux de le rejoindre à Chartres; et traversant la Loire àBlois, avait poussé jusqu'à Poitiers. Edouard s'était mis trop tard en marche pour la môme ville ; mais le malheur était qu'il n'avait sur l'ennemi que des rapports vagues et suspects, tandis que ses propres mouvements étaient exactement observés et notiflés chaque jour au monarque français. Une après-midi, après une marche fatigante, les Anglais avaient atteint le village de Maupertuis , a environ cinq milles de Poitiers , lorsque leur avant-garde rencontra inopinément l' arrière-garde de l'ennemi. [17 sept.] Le danger de sa position frappa immédiatement l'esprit du roi. «Dieu nous aide! s'écria-t-il; il ne nous reste qu'à combattre vaillamment ». »
Les historiens sont en grand désaccord sur la force des deux armées ; mais on peut s'en faire une idée approximative d'après le témoignage de sir Thomas Gray, qui dit que Jean avait sous ses ordres huit mille cottes d'armes, et Edouard mille neuf cents2. Toutefois cette supériorité était balancée en partie par l'avantage d'une position très-défavorable aux opérations de la cavalerie , qui formait la réelle, la seule force de l'armée française. C'était un terrain montant, couvert de vignes et entrecoupé de' haies, accessible seulement sur un point par un défilé long et étroit , qui nulle part ne tenait que quatre cavaliers de front. [18 sept,] Dans la matinée, le prince ordonna à ses hommes d'armes de se former à pied en tete de la route : il posta devant eux une moitié de ses archers, qu'il disposa en herse, disposition qu'il affectionnait; il fit ranger l'autre moitié le long des haies, entre le corps principal et la lande où l'ennemi était campé. Jean partagea son armée en trois divisions à pied, sous le commandement séparé de son cousin le duc d'Orléans, de ses trois fils aînés, et de lui-môme et de son quatrième fils, jeune homme de seize ans. Il ne fit rester à cheval que trois petits corps, dont l'un, composé de trois cents chevaliers et écuyers, choisis dans touto l'armée, était destiné h la mission dangereuse de disperser les archers placés en tête do la ligne anglaise. Ces dispositions étaient à peine achevées, que