‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 153 sur 563 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

le cardinal Talleyrand Périgord arriva sur le champ de bataille, et les mains levées au ciel , supplia Jean d'épargner le sang de tant de nobles chevaliers, et de ne pas risquer sur l'incertaine issue d'une bataille les avantages qu'il obtiendrait certainement d'une négociation. Ses prières réitérées arrachèrent le consente- * ment du roi ; et allant vers le prince, il lui représenta le danger de sa situation : «Sauvez mon honneur, dit le jeune Edouard, ef l'honneur de mon armée , et je suis prêt a écouter des conditions raisonnables. — Beau fils, repartit le cardinal, vous avez sagement répondu. Ce sera ma tâche d'obtenir de telles conditions. » Le légat fut infatigable datis ses efforts. Il courut d'une armée à l'autre. 11 travailla à vaincre la répugnance du prince et à diminuer la confiance du roi. Edouard offrit de rendre ses conquêtes, son butin et ses captifs, et de ne pas porter de sept ans les armes' contre la France. Jean, à la persuasion de l'évêque de Châlons et d'Eutache de Ribeaumont, demanda comme ultimatum, que le prince et cent de ses chevaliers se rendissent prisonniers de guerre. La proposition fut rejetée avec indignation : la perspective d'une pacification s'évanouit, et la nuit fut employée à se préparer au combat. A en juger d'après la différence du nombre, on ne pouvait avoir aucun doute sur son issue; mais le souvenir de la bataille de Crécy animait les Anglais d'une lueur d'espérance, et ébranlait par instants la confiance de leurs ennemis1.

[19 sept.] Au point du jour, les trompettes appelèrent les deux nations a leurs postes respectifs. Les Anglais avaient profité de l'intervalle pour ouvrir des tranchées et former une barricade de chariots dans les endroits oii leur position semblait d'un accès moins difficile. Les Français n'avaient fait d'autre changement que de placer h l'arrière-garde un corps de réserve sous les ordres du duc d'Orléans, et de donner le commandement de la première division à deux maréchaux, Arnold d'Andreghen et Jean de Clermont. Le cardinal Talleyrand était encore sur les lieux; mais ses instances furent inutiles, et on lui dit qu'une telle importunité déplaisait au roi et pourrait avoir des conséquences désagréables pour lui-même. Il alla donc porter cette nouvelle au prince, qui répondit froidement : « Dieu défende le droit ! » et le départ du légat fut le signal de la bataille. Les maréchaux français, à la tête de leur cavalerie , entrèrent intrépidement dans le défilé, et

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