Froiss. c
on les laissa s avancer sans les inquiéter. Knfin l'ordre fut donué : les archers placés derrière les haies lancèrent une grêle meurtrière de llèches; le passage fut encombré d'hommes et de chevaux à l'agonie, et la pression toujours croissante du reste de la • colonne rendit la confusion irrémédiable. Quelques chevaliers se frayèrent un chemin h travers tous les obstacles; d'autres brisèrent les haies, et par petits corps atteignirent sur différents points le front des Anglais; mais aucun ne put pénétrer jusqu'au corjîs principal. Les flèches étaient dirigéesd'une main trop sûre pour être évitées par l'adresse, et volaient avec une rapidité a laquelle une armure ordinaire ne pouvait résister. D'Antlreghen futdénronté et pris, Clermont fut tué; ceux qui leur survivaient, épouvantés de leur sort, s'arrêtèrent, puis se retirèrent lentement, et enfin s'enfuirent précipitamment vers la seconde division, qui les reçut dans ses rangs.
Mais cette division elle-même commença a chanceler. Les archers, la terreur des hommes d'armes h distance, avançaient de front, et elle vit tout a coup un corps de six cents Anglais franchir une éminence voisine et tomber sur son flanc gauche. Les chevaliers qui étaient a l'arrière-garde laissèrent a la hâte leurs bannières pour prendre leurs chevaux, et les seigneurs à qui étaient confiés les trois princes, alarmés pour eux, les envoyèrent à Chauvigny sous la garde de huit cents lances. Le départ d'un corps si considérable fut pris pour une fuite, et en quelques minutes toute la division se dispersa.
Les hommes d'armes commandés par Edouard avaient été jusqu'alors spectateurs du combat. « Sire , dit Jean Chandos au prince, nous sommes maîtres du terrain. Montons a cheval, et chargeons le roi de France. Je le connais pour un intrépide chevalier qui ne voudra jamais fuir devant un ennemi. La tentative peut coûter cher; mais, s'il plaît à Dieu et a saint George, il sera notre prisonnier. » L'avis fut approuvé, et l'armée sortit de ses retranchements et s'avança vers la lande qui était devenue le théâtre de la bataille. Le duc d'Athènes, connétable de France, fut le premier à se porter à leur rencontre : à son cri de « Montjoie et Saint-Denis ! » ils répondirent par le cri national de « saint George pour Guienne! » et en peu do minutes le duc et la plus grande partie des siens furent tués. La cavalerie allemande chargea ensuite les Anglais, mais elle fut aisément dispersée, et perdit les trois comtes qui la commandaient. Enfin, Jean lui-même, animé par le désespoir (car sa réserve s'était déjà enfuie) , con-