CHAPITRE Ql ATKIÈMi
duisit sa division ii pied et combattit pour l'honneur, lorsque évidemment il n'était plus temps de combattre pour la victoire 1 .
Lorsque des rois ont péri ou ont été pris sur le champ de bataille, il a toujours été de mode de les représenter comme ayant fait des prodiges de valeur ; mais Jean ne doit sa réputation ni à la flatterie ni a la pitié : elle avait été antérieurement établie dans plusieurs engagements, et était également reconnue de ses amis et de ses epnemis. 11 soutint pendant quelque temps cette lutte inégale. Tl avait reçu deux blessures au visage; un coup le porta a terre, et il fut entouré d'une nuée d'adversaires, tous jaloux de s'assurer d'une si noble proie. Un jeune chevalier, s'élançant à travers la foule , plia le genou et le pria de se rendre , s'il ne voulait perdre la vie. 11 demanda son cousin, le prince de Galles. « 11 n'est point ici, repartit le chevalier ; mais rendez-vous a moi, et je vous conduirai vers lui. — Mais qui êtes-vous? demanda le roi. — Denis de Morbccque, répliqua-t-il, un chevalier de l'Artois, mais forcé de servir le roi d'Angleterre, parce que j'ai été banni de France. » Jean se rendit a lui, et son tlls Philippe fut fait prisonnier en même temps 2.
Ainsi finit la bataille de Poitiers, dans laquelle toute la chevalerie de France fut défaite par une poignée d'Anglais, et où le roi devint le prisonnier du prince qu'il croyait avoir pris dans ses filets. Si dans une telle occasion le jeune vainqueur eût trahi quelques symptômes de vanité, c'eût été pardonnable; mais sa modération dans la victoire ajouta à l'admiration qu'il avait inspirée par sa conduite dans la bataille. Il y avait dans son armée beaucoup de chevaliers qui auraient pu lui disputer la palme de la bravoure personnelle : il n'avait peut-être pas son égal dans les qualités plus aimables de la modestie et de la courtoisie. 11 se comporta envers son royal captif avec tout le respect dû à un souverain, le servit à table, adoucit son affliction en lui rappelant sa valeur, et lui assura que, dans l'opinion de ceux qui avaient été témoins de sa conduite, il avait bien gagné ce jour-là « le prix et la guirlande» de chevalerie 3 . Le lendemain matin [23 mars 1357] il
1. Froiss. c. 100. L'ordre dans lequel Froissart relate les événements de cette bataille est évidemment erroné. Ainsi il tue le connétable de France avant la fuite des trois princes, et le représente comme combattant après. Je lésai placés dans l'ordre où je pense qu'ils ont eu lieu.
2. Froiss. c. 161. La relation de cet écrivain est complète *. on ne peut glaner que quelques particularités de plus dans les historiens français et anglais. Les noms des tués et des captifs se trouvent dans Avesbury, 252.