‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 156 sur 563 · Froiss. c · texte numérisé non relu

Froiss. c

lin HISTOIRE D'ANGLETERRE.

continua sa marche avec ses prisonniers vers Bordeaux, et ayant conclu une trêve de dçux ans avec le dauphin, régent de Franco [5 mai], il revint en Angleterre au printemps. Il débarqua avec Jean à Sandwich et se rendit h Londres à petites journées. Son père avait donné les ordres nécessaires pour son entrée dans la capitale, sous prétexte de faire honneur au roi de France; malencontreux honneur qui rappelait à ce monarque sa caplivité et le rendait le principal ornement du triomphe de son vainqueur. Des arcs étaient élevés dans les rues ; des tapisseries, des pièces d'argenterie et des armes étaient suspendues aux fenêtres, et la route était bordée d'une foule de spectateurs. [24 mai.] Le lordmaire, à la tête de plus de mille citoyens, divisés en compagnies distinguées par leurs devises et couleurs respectives, s'avança au-devant du prince et de sa suite à Southwark. Le roi de France était monté sur un cheval' de bataille isabelle, magnifiquement harnaché : le jeune Edouard, sur un petit poney, n'avait rien qui le distinguât; mais il n'échappa point aux yeux avides des spectateurs, qui saluèrent de vives acclamations le vainqueur de Poitiers. Plusieurs heures s'écoulèrent avant que la cavalcade put atteindre Westminster-hall, où le roi était assis sur son trône, entouré de ses prélats et de ses barons. A l'entrée de Jean , il se leva, descendit pour l'embrasser et le mena prendre part à un banquet splendide. On lui assigna, ainsi qu'à son fils, pour résidence le palais de la Savoie, et ensuite le château de Windsor *.

D'après une idée qui régnait depuis des siècles, le prisonnier de guerre devenait la propriété absolue de celui qui l'avait pris. L'homme qui aurait pu luiôter la vie avait acquis un droit sur sa personne ; et selon qu'il était dominé par l'avarice ou la générosité, par la colère ou le caprice, il prolongeait ou abrégeait la détention du captif. Edouard, qui sentait les inconvénients de ce système, cherchait depuis longtemps h l'abolir, en retirant les prisonniers importants des mains des particuliers, et en les plaçant sous sa propre surveillance. Quand c'étaient des gens qu'il craignait d'offenser, il leur achetait leurs captifs pour une somme stipulée : les autres, il les forçait de s'en dessaisir h un prix fixé par son conseil. 11 s'assura ainsi deux grands avantages. 11 était à môme de retenir les prisonniers dont l'élargissement aurait pu être préjudiciable à ses intérêts; et comme il avait soin de demander plus qu'il n'avait donné, il était sûr de remplir ses coffres

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