Rym. vi, 161-164. Scaîa Chr
3. Rym. vi, 167, 168, 180. D'après les ordonnances royales, les Français pas-
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[31 mars.] Delà Bourgogne, Edouard tourna vers le nord, suivit le cours de la Seine, et , ad bout de quinze jours, planta sa bannière devant les portes de Paris [2 avril]. Pendant les fêtes de Pâques, les opérations de la guerre furent suspendues d'un consentement mutuel; mais ce fut en vain que les légats du pape tentèrent d'ouvrir une négociation. Les prétentions hautaines du roi d'Angleterre furent reçues avec une obstination égale parle dauphin, dont la confiance était raffermie par le nombre de troupes qui . accouraient sous son étendard, par la rigueur du temps et par la détresse où la rareté des provisions tenait les Anglais, Après avoir envoyé un vain cartel a son adversaire, et avoir déchargé sa vengeance sur les faubourgs en y mettant le feu [7 avril], Edouard décampa, en menaçant de rendre dans Tété à la capitale une seconde et plus redoutable visite. La nécessité lui fit prendre le plus court chemin pour aller en Bretagne. A Gallardon, il fut rejoint par le chancelier de France, porteur de nouvelles propositions de paix. Elles furent rejetées; le chancelier persévéra, et le roi hâta sa marche. La précipitation des Anglais était semblable ii celle d'une armée défaite, qui tâche d'échapper à la poursuite d'un ennemi victorieux; leur roule était couverte d'hommes et de chevaux morts de besoin et de fatigue, et aux environs de Chartres [13 avril], ils se trouvèrent exposés à une des plus effroyables tempêtes dont l'histoire fasse mention. La violence du vent, la grosseur de la grêle, la lueur incessante des éclairs et la vue des milliers d'hommes qui périssaient autour de lui, éveillèrent dans le cœur du roi le sentiment des horreurs causées par son ambition. Dans un accès de remords, il sauta à bas de son cheval, et, étendant ses bras vers la cathédrale de Chartres, il fit vœu à Dieu et à la Vierge de ne plus repousser les propositions de paix, pourvu qu'elles fussent compatibles avec la conservation de son honneur
La négociation avança alors avec plus de rapidité. Le 7 mai, un armistice fut conclu : le 8, le traité, emphatiquement appelé « la grande paix, » fut signé h Brétigny par les commissaires des deux parties. Le roi d'Angleterre renonçait a ses prétentions sur la couronne de France, et a son droit aux anciennes possessions patrimoniales de sa famille, la Normandie, l'Anjou, la Touraine
serent tous les habitants de Winchelsea au fil de lcpée. Travscripfs for Xett> Hymer, 5.
1. Froiss. c. 209. Suivant Knyghton, il périt ce jour-là 6,000 chevaux. Knvght. mm. Scala Chron. 193.
r.HAI'lTIŒ QUATitlKMK. 201)
et le Maine : il restituait toutes ses conquêtes, à l'exception de Calais et de Guines, et se réservait le Poitou et la Guienne avec leurs dépendances, et le comté de Ponthieu, l'héritage de sa mère. Le dauphin, au nom de son père, consentit à ce qu'Edouard et ses héritiers possédassent h toujours la pleine souveraineté des pays qui lui étaient assurés par le traité; qu'une rançon de trois millions de couronnes d'or fût payée pour Jean dans le cours de six années, et qu'Edouard reçût et retint comme otages vingtcinq barons français, seize des prisonniers faits a la bataille de Poitiers et quarante-deux bourgeois des plus riches cités de France1.
[18 mai.] Le roi partit immédiatement pour l'Angleterre, et Jean fut envoyé a Calais, afin de pouvoir communiquer plus facilement avec son tils le dauphin, qui à cet effet se rendit à Boulogne \S juillet]. 11 s'éleva bien des difficultés inattendues : à plusieurs reprises des explications furent demandées et données de part et d'autre, et trois mois s'écoulèrent avant que le traité fut solennellement ratifié. La ratification elle-même contenait une déviation importante des articles originaux. Jean était jaloux d'obtenir d'Edouard sa renonciation à toutes prétentions sur la couronne de France ; Edouard, d'obtenir de Jean une renonciation à la suzeraineté de la Guienne, du Poitou et du Ponthieu. Cependant ces renonciations ne se firent pas; non qu'aucun des rois refusât de s'en tenir au traité original, mais parce que les hommes de loi prétendirent qu'aucune renonciation ne serait valide, ta ni que les autres clauses n'auraient pas été mises à exécution. 11 fut néanmoins convenu mutuellement [24oct.J, que toute cession stipulée par le traité serait faite aussitôt que possible; qu'alors les renonciations seraient fidèlement échangées dans l'église des Augustins à Bruges, à la prochaine fête de l'Assomption, ou au plus tard à celle de Saint-André. En attendant chacun des monarques engagea sa parole qu'il ne donnerait aucune suite à ses prétentions, et qu'en ce qui concernait l'intérêt de Tautre partie, elles seraient considérées comme formellement abandonnées
Après ces mesures préliminaires, le traité fut ratifié à Calais avec plus de solennité que de coutume. Edouard et Jean se réunirent dans l'église de Saint-Nicolas, montèrent les degrés de
1. Rym. vi. 175-106. Deux couronnes d'or équivalaient à un noble anglais. Transcripts frotn New Rym. 5ô.
•2. Rym. vi, 219-398.
l'autel et s'agenouillèrent ensemble sur la plate-forme. L'envoyé du pape , Audoyn , abbé de Cluny, qui célébrait la messe , se tourna vers eux après la consécration , tenant dans sa main la patène avec l'hostie dessus, et ayant à son côté les évéques de Winchester et de Boulogne , qui soutenaient le missel. 11 récapitula en leur présence les principaux articles du traité qu'ils allaient jurer. Alors Edouard, après une courte pause, s'adressa au roi de France : — « Beau frère, dit-il, je vous préviens que » mon intention n'est pas d'être lié par ce serment, si, de voire » côté, vous n'observez pas fidèlement tous les articles du traité. » Jean signifia son assentiment , et posant une main sur la patène1 et l'autre sur le missel, il jura par le corps du Christ et par les saints Evangiles. Edouard l'imita, et on lit prêter le môme serment à vingt-quatre princes et barons français et à vingt-sept princes et barons anglais
Mais les infortunes de Jean avaient affaibli son autorité, et il vit qu'il était plus aisé de promettre que de tenir. Après beaucoup de résistance et des délais multipliés, il était parvenu à remettre a Edouard les divers districts mentionnés dans le traité; mais telle était sa pauvreté qu'en quatre ans il n'avait pas payé un tiers de sa rançon; et l'opposition de ses barons était si opiniâtre, qu'il n'osa jamais faixe la renonciation do suzeraineté à laquelle il s'était engagé. Quelle que fût la cause de ce retard, personne ne mit en doute l'honneur du roi ; mais la sincérité de son fils parut très-problématique. C'était sous prétexte de cette suzeraineté que les précédents rois de France avaient annexé à leur couronne plusieurs des plus belles provinces du royaume, et on soupçonna que la répugnance du dauphin venait de l'espoir que le même titre pourrait dans la suite lui fournir une occasion d'incorporer à ses états celles que le traité assurait à Edouard et à ses successeurs.
11 faut reconnaître toutefois que le gouvernement français avait aussi de justes raisons de plaintes. Pendant la guerre, la libéralité et la réputation d'Edouard avaient attiré sous son étendard des soldats de fortune de toutes les nations de l'Europe. Ces hommes ne pouvaient vivre que du produit de leur épée; et quand le roi leur ordonna de remettre les forteresses dans lesquelles ils étaient en quartier, ils refusèrent d'obéir, s'y maintinrent en dépit des deux monarques, et subsistèrent en pillant le pays. On a calculé
1. Rym. vi, ^33. Dans la ratification du traite, Edouard oc prit pas son titre habituel de roi de France.