‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 237 sur 563 · Bot. Pari, in, 31, 45. Mat. of Mealm, u · texte numérisé non relu

Bot. Pari, in, 31, 45. Mat. of Mealm, u

leurs voisins de l'Essex. A Durtford, un des collecteurs avait réclamé la, taxe pour une jeune fille dont le père était couvreur : sa mère soutint qu'elle n'avait pas l'âge requis par le statut ; et l'officier se disposait à vérifier le fait par un examen indécent, lorsque son père , qui revenait du travail, fit jaillir d'un coup de marteau la cervelle de l'insolent. Ses voisins applaudirent a son courage. Ils jurèrent de le protéger contre tout châtiment ; et , par leurs menaces et leurs promesses, ils s'assurèrent la coopération de tous les villages de la division occidentale du Kent.

Un troisième parti d'insurgés se forma des habitants de Gravesend, irrités de la conduite de sir Simon Burley [juin]. Il avait réclamé un des bourgeois comme son serf, refusé de lui accorder la liberté à moins de trois cents livres , et l'avait fait emprisonner au château de Rochester. A l'aide d'un corps' d'insurgés de l'Essex , le château fut pris et le captif délivré. A Maidstone, ils nommèrent Wat, le tyler (tuilier) de cette ville, chef des communes du Kent, et emmenèrent un prédicateur ambulant, du nom de John Bail, qui pour ses harangues séditieuses et hétérodoxes avait été enfermé par ordre de l'archevêque». Le maire et les aldermen de Canterbury furent contraints de jurer fidélité à la bonne cause [10 juin] ; plusieurs des citoyens furent tués, et cinq cents se joignirent aux insurgés , dont le plan était de marcher sur Londres. Quand ils eurent atteint Blackheath , leur nombre s'élevait, dit-on, à cent mille hommes. Bail fut nommé prédicateur de cette multitude effrénée et tumultueuse, et il prit pour texte de son sermon les vers suivants :

Lorsque Adam bêchait et qu'Eve filait, Qui donc en ce temps gentilhomme était?

Il leur dit que la nature faisait naître tous les hommes égaux; que la distinction de servage et de liberté était une invention de leurs oppresseurs et contraires aux vues de leur créateur ; que Dieu leur offrait maintenant les moyens de recouvrer leur liberté,

1. Pour ces différentes particularités voyez Knyghton, 2633, Walsingham, 247, etStowe, 283, 284. Quelques écrivains ont représenté Bail comme un des disciples de Wycliffe. Qu'il fut un prédicateur ambulant, et qu'il déclamât avec une égale véhémence contre le clergé, cela est certain. Mais il était plutôt le précurseur, comme l'appelle Knyghton (2644, 2655), que le sectateur de Wycliffe ; car il prit la profession de prédicateur ambulant longtemps auparavant, du vivant même de l'archevêque Islep, qui mourut en 1360. Ce prélat et ses successeurs Langham et Sudbury, ainsi que plusieurs évêques, l'avaient excommunié plusieurs fois pour avoir prêché « des erreurs , des schismes et des scandales contre le pape, les archevêques, les évènues et le clergé. » Voyez Wilkins, Conc. m, 64, 152. Cependant, lorsque Wycliffe commença à dogmatiser, Bail adopta quelques-unes des doctrines du nouveau prédicateur, et les enta sur les siennes. Wals. 275.

CHAP1TUE UMJLIEMK. ?S5

et que s'ils restaient esclaves le blâme en devrait retomber sur eux ; qu'il était nécessaire de se défaire de F archevêque, des comtes et barons, des juges , des hommes de loi et des faiseurs de procès ; et que, lorsque la distinction des rangs serait abolie, tout le monde serait libre, parce que tout le monde aurait la môme noblesse et la même autorité. Son discours fut accueilli avec des salves d'applaudissements par ses auditeurs infatués, qui promirent de le faire, au mépris de ses propres doctrines , archevêque de Canterbury et chancelier du royaume

La connaissance de ces faits fut soigneusement propagée, par lettres et par messagers, dans les comtés voisins. Partout on avait préparé le peuple , et en peu de jours la flamme s'étendit de la côte méridionale du Kent a la rive droite du Humbcr 2. Les insurgés suivaient régulièrement la même marche en tous lieux. Ils pillaient les manoirs de leurs seigneurs, démolissaient les maisons, et brûlaient les rôles des cours ; décapitaient tous les juges, hommes de loi et jurés qui tombaient entre leurs mains, et faisaient prêter serment à tous les autres d'être fidèles au roi Richard et aux communes, de ne reconnaître aucun roi du nom de Jean 3, et do s'opposer à toute taxe autre que celle du quinzième, l'ancienne taille payée par leurs pères. Les membres du conseil virent avec étonnement l'explosion subite et l'extension rapide de celte insurrection , et égarés par leurs craintes et leur ignorance, ils ne savaient a qui se fier, ni quelles mesures prendre.

La première personne qui rencontra la populace a Blackheath, fut la princesse de Galles^mère du roi, a son retour d'un pèlerinage h Canterbury. Elle échappa au danger par son adresse [11 juin], et quelques baisers de « la belle pucelle de Kent » achetèrent la protection des meneurs, et lui assurèrent le respect de la troupe. On lui permit de rejoindre le roi, qui avec son cousin

1. Wuls. 275. Suivant les aveux de Straw après sa condamnation, les meneurs, à Blackheath, résolurent en secret de s'emparer de la personne du jeune roi, afin de paraître agir sous son autorité; de détruire tous les ordres privilégiés de r église et de l'état, ne conservant que les moines mendiants pour accomplir les offices de la religion; puis de se défaire du roi lui-même, et de nommer dans chaque comté des rois des communes. Voyez ces aveux dans Walsingham, 265.

2. Plusieurs de ces lettres ont été conservées. Quelques-unes sont en vers, contenant des expressions énigmatiques ou d'argot, et sont signées par Jakke Milner, Jak Carter, Jak Treweman, probablement des noms supposés, et par Jon Balle. Voyez-les dans Knyghton, 2637, et Stowe, 294.

3. Rot. Pari, nr, '99. Nullum regem qui vocaretur Joannes , faisant allusion au duc de Lancaster, qu'on croyait exercer l'autorité royale sous le nom de son neveu, et qu'on regardait par conséquent comme l'auteur de la taxe. Wals. 248.

58b HISTOIRE D'ANGLETERRE.

Henri, comte de Derby, Simon, archevêque de Cantcrbury et chancelier, sir Robert Haies , grand-maître des chevaliers de Saint-Jean et trésorier, et environ cent sergents et chevaliers, avait quitté le château de Windsor, et se rendait pour plus de sûreté à la Tour de Londres. [12 juin.] Le lendemain matin, le roi descendit la rivière dans sa barque pour recevoir les pétitions des insurgés. Au nombre do dix mille, avec deux bannières de Saint- George et soixante pennons, ils attendirent son arrivée a Rotherhithe; mais leurs horribles hurlements et leur farouche aspect intimidèrent tellement les personnes qui l'escortaient, qu'au lieu de le laisser débarquer, elles profitèrent de la marée, et s'en retournèrent précipitamment ». Tyler et Straw, irrités de ce désappointement, menèrent leurs hommes dans Sou thwark, où ils démolirent les maisons appartenant a la Marshalsea et au banc du roi, tandis qu'un autre parti forçait l'entrée du palais de l'archevêque a Lambeth , et brûlait le mobilier ainsi que les archives de la chancellerie.

[13 juin.] Le lendemain matin, on leur permit de passer sur le pont, par petites compagnies, selon leurs différentes municipalités, et d'entrer dans la Cité. La populace se joignit à eux, et dès qu'ils se furent régalés aux frais des plus riches habitants , l'œuvre do dévastation commença. Ils démolirent Newgate, et délivrèrent les prisonniers; pillèrent et détruisirent le magnifique palais de la Savoie, appartenant au duc deLancaster; brûlèrent le tÔmplc avec ses livres et ses archives, et envoyèrent un parti mettre le feu a la maison des chevaliers hospitaliers à Clerkenwoll, que sir Robert Haies avait récemment fait bâtir. Pour prouver toutefois qu'ils n'avaient aucune vue d'intérêt privé , ils firent une proclamation qui défendait a qui que ce fût de rien mettre de côté dans le pillage, et cette défense fut exécutée si rigoureusement, que la vaisselle plate fut brisée et coupée en petits morceaux, que les pierres précieuses furent réduites en poudre, et qu'un des mutins, qui avait caché dans son sein une coupe d'argent, fut immédiatement jeté avec son butin dans la rivière 2. A chaque homme qu'ils rencontraient, ils posaient cette question : « Pour qui tiens-tu? » et s'il ne faisait pas la réponse convenable : «Pour le roi Richard

1. * Quand ils aperçurent sa barque, » dit Froissart , « ils poussèrent des acclamations et des cris comme si tous les diables de Tenter eussent été en leur

compagnie. Froiss. lix.

2. Wals. Knyght. i!(>U5. La Savoie avait été rebâtie par Henry duc de Laucaster. C'était le plus magnifique palais de l'Angleterre. Ibid.

Page 1