CHAPITRE CINQUIÈME
la couronne du martyre. Lors do son procès, il présenta aux juges le môme écrit, mais avec des corrections et améliorations nombreuses, Il y commence par protester de sa disposition à se soumettre à la correction de L'Eglise et à rétracter tout ce qu'il pouvait avoir enseigné de contraire à la doctrine du Christ. Il passe alors aux propositions diverses qu'il explique, atténue et défend; mais de temps à autre, pour leur donner un sens à peu près raisonnable, il est forcé de recourir à des équivoques et à des échappatoires indignes d'un homme de sens ou d'un honnête homme *. Cet écrit, toutefois, tel qu'il était, fut admis par les évêques comme orthodoxe, et son auteur fut renvoyé avec Tordre de s'abstenir d'un langage aussi propre a embarrasser et à égarer les ignorants. Quelques écrivains disent que les deux évêques furent intimidés par un message de la princesse de Galles : Wyclifîe lui-même considère et célèbre son acquittement comme un triomphe2.
De cette époque à* l'insurrection des communes, le recteur de Lutterworth s'occupa de diriger les opérations des pauvres prêtres, et tourna graduellement ses attaques des possessions du clergé sur les doctrines de l'Eglise. Dès que la tranquillité fut rétablie, l'évêque de Londres succéda au primat, qui avait été assassiné
1. Ainsi, par exemple, il avait enseigné que « les chartes d'héritage perpétuel » étaient impossibles, que Dieu même ne pouvait donner à l'homme des posses- » sions civiles pour toujours. » Il déclara alors que par les mots * pour toujours, » il entendait après le jour du jugement. Ses opinions étaient donc conforme* aux premiers principes de la religion , et n'avaient pas trait aux possessions civiles actuelles. Il avait enseigne aussi que « s'il y avait un Dieu, les lords temporels » pouvaient légitimement et meritoirement s'emparer des biens mondains d'une » église délinquante. » 11 protesta que par cette doctrine il n'entendait pas que les lords temporels pussent s'emparer de ces biens de leur propre autorite , mois que s'il y avait un Dieu, il était tout-puissant ; que s'il était tout-puissant, il avait le pouvoir de commander aux lords temporels de s'emparer des biens de l'église, et que, s'il le leur commandait, alors ils pouvaient le faire légitimement et meritoirement. Il se trouve beaucoup d'autres explications de nature semblable. Walsîngham, 206, 207.
2. Je ne doute pas que je n'aie placé les trois écrits, publiés par Wycliffe vers cette époque, dans l'ordre où ils parurent originairement. Le premier — indique par quelques écrivains comme le dernier — « la réponse à un docteur bigarre » porte à première inspection la preuve qu'il fut composé aussitôt après l'arrivée des bulles et la nomination des délègues. Les deux autres sont des apologies en faveur de ses opinions qui avaient ete censurées par le pape, accompagnées de certaines gloses et atténuations qui tendent à effacer ou depuiser ce qu'elles ont de plus choquant. L'une d'elles est intitulée, « Aliquis responsio ad bullam, » et écrite d'un ton de hardiesse et de bravade; l'autre est plus modérée dans ses termes, et ses explications tiennent plus de l'excuse. On ignore à qui la première fut adressée ou présentée ; d'après son titre et son ton , je la croirais écrite pour être répandue dans l'université; l'autre fut présentée aux délègues, et parait avoir été acceptée par eux comme satisfaisante. On peut voir le dernier de ces écrits dans Walsingham (206) ; tous trois dans Lewis (318, 319). Pour un arrangement dînèrent, consultez le Wycliffe de M. Vaughan, i, 387.
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[17 mai 1382 et une de ses premières mesures fut de convoquer un synode de théologiens, dans lequel vingt-quatre propositions, recommandées avec zèle par les nouveaux prédicateurs, furent censurées : dix comme hérétiques, quatorze comme erronées et d'une tendance dangereuse Le hasard voulut que, tandis que le synode siégeait, un tremblement de terre ébranlât la métropole, circonstance que la politique ou le fanatisme de Wycliffe convertit en preuve de sa doctrine. « La terre trembla, écrit-il, parce » qu'ils accusaient d'hérésie Christ et les saints du ciel. La terre » de la foi, la voix de l'homme, répondirent pour Dieu, comme » elles firent au temps de sa passion, quand il fut condamné à » une mort corporelle 'x [20 juin]. » De cette condamnation il appela à la protection du duc de Lancaster par ses disciples Hereford et Rapyngdon ; mais ce prince repoussa la demande ; les messagers eux-mêmes furent forcés, après quelques tergiversations, de se rétracter s [13 juillet]; et on envoya à Oxford un mandat royal qui suspendait Wycliffe de l'emploi de professeur, et ordonnait que tous ses ouvrages fussent saisis et adressés a l'archevêque dans l'état où ils se trouveraient, sans rature ni altération 4. Ne voulant pas, toutefois, céder à l'orage, il chercha à se mettre sous la protection du parlement,, et présenta une pétition « pour le mainiien de la foi chrétienne, » dans laquelle il cherchait adroitement à soulever en faveur de ses dogmes les passions et les préjugés de la nation. Il demandait que l'erreur de ceux qui avaient condamné la doctrine des prédicateurs ambulants fût corrigée et publiée; que la propre doctrine du Christ au sujet de l'eucharistie pûtôtre enseignée publiquement dans les églises ; que les membres des ordres religieux * eussent pleine liberté de se séculariser ; que les dîmes fussent appliquées aux seuls objets auxquels les destinaient la loi de Dieu. el la loi du pape ; et qu'on ne mît plus de taxes sur le peuple ; mais que l'on affectât aux besoins de la nation les revenus des ecclésiastiques coupables, et tous les revenus superflus de l'Église, qui étaient en réalité le patrimoine des pauvres 5.