‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 268 sur 563 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

sentence de la haute cour du parlement, ils avaient été condamnés à subir la peine de la trahison; mais au même instant les évéques entrèrent dans la chambre [6 mars], et supplièrent qu'on mît Pin à une telle effusion de sang. A leur intercession, on épargna la vie des condamnés ; mais ils furent bannis a perpétuité et enfermés dans différentes cités d'Irlande

Le même jour, Févêque de Chichesler, confesseur du roi, fut accusé d'avoir usé de menaces envers les juges à Noltingham, caché les projets des traîtres, et mis, par sa connivence, tout le royaume en danger. Il répliqua qu'il n'avait jamais été fait de menaces aux juges; qu'il était dans l'obligation de garder le secret quant aux réponses, et qu'il avait pris soin qu'il ne résultât aucun mal de cette affaire. Il fut condamné à l'exil en Irlande 2.

Si la vengeance ou le désir d'intimider eussent été le but de Gloucester, il aurait pu être satisfait; mais sa soif de sang ne Tétait pas ; et quatre chevaliers, les plus anciens et les plus fidèles amis du roi, furent accusés par les communes [12 mars] comme fauteurs et complices des traîtres déjà condamnés. Ils repoussèrent Taccusajion, et offrirent de prouver leur innocence en vrais chevaliers, de la manière que les lords décideraient. La politique des royalistes était alors de prolonger les délibérations; huit jours se passèrent en investigations et en débats, et l'approche des fêtes de Pâques fit sentir la nécessité d'un ajournement. Le dernier jour [20 mars], les lords et les communes accordèrent au roi leur subside jusqu'à la Pentecôte, et prêtèrent serment de soutenir les lords appelants durant le présent parlement, et de vivre et mourir avec eux envers et contre tous. Les deux chambres furent alors ajournées par le roi jusqu'au lundi en quinze après les fêtes de Pâques 3.

Durant la prorogation, tous les efforts furent tentés pour sauver la vie des quatre chevaliers, particulièrement celle de sir Simon Burley. Il avait appartenu à la cour d'Edouard III, avait

1. Rot. Pari, m, 238-941. On les répartit de la manière suivante : — Sir Rob. Bealknap à Drogheda, arec une allocation de 40 1. par an ; sir John Holt, dito. 40 marcs; sir Ro«. Fulthorpe, Dublin, 40 1.; sir Will. Burgh, dito, 40 marcs; sir John Cary, Waterford, 20 1.; John Lokton, dito, 20 1.

2. Rot. Pari. m,2ll, 243, 944. On lui assigna Cork pour résidence, avec la permission de recevoir" 40 marcs par an de celui de ses amis qui pourrait les lui allouer.

3. Les shériffs eurent l'ordre de faire prêter le même serment à tous les hommes en place , et à tous les gentilshommes et personnes influentes de leurs comtés, vit, 572. Voyez le rapport du comté de Lincoln, Rot. Pari, ni, 400.

été choisi par le prince Noir, pour être le tuteur de Richard, et avait négocié le mariage de son souverain avec la reine actuelle. Il élait attaché au roi comme à son fils, et le roi l'aimait et le vénérait comme un père. Pour toutes ces raisons, Richard sollicita vivement Gloucester de l'épargner; mais il reçut pour réponse que, s'il voulait conserver sa couronne, il devait consentir à l'exé- * cution de son favori ». La reine à genoux appuya la prière de son mari ; mais ni son rang ni sa beauté, ni ses larmes ni ses instances ne purent adoucir le cœur du tyran [13 avril]. Cette tâche alors fut entreprise par le comte de Derby, un des appelants, et une violente mais inutile querelle entre l'oncle et le neveu servit seulement à prouver qu'aucune considération ne pouvait détourner le duc de son projet sanguinaire. A la rentrée du parlement l'enquête fut reprise ; Richard soutint obstinément que Burley était innocent, et retarda pendant trois semaines la destinée de son ami en refusant son assentiment. Enfin, un jour que le roi et les lords qui le soutenaient étaient absents, le parti opposé décida qu'un des treize chefs d'accusation se rapportait au prisonnier [5 mai]. On le fit venir et on le condamna immédiatement sur la vague imputation d'avoir conspiré avec d'autres traîtres la mort de ceux qui avaient établi la dernière commission de gouvernement. Il fut exécuté le même jour, et la seule faveur qu'il put obtenir, fut que Ton commuât en décapitation la partie la plus ignominieuse de la peine 2.

Une semaine après [12 mai], on prononça sur le sort des compagnons d'infortune de Burley, sir John Beauchamp, sir James Berners et sir John Salisbury. Les deux premiers furent convaincus de trahison, pour avoir aliéné a leur profit et au détriment de ses loyaux sujets l'affection du roi; le dernier, pour avoir consenti à passer les mers, et a solliciter Taide du roi de France en faveur des cinq lords accusés de trahison. Tous trois furent menés immédiatement au supplice; Salisbury fut traîné sur la claie et pendu ; mais lo roi s'interposa en faveur des deux autres, et obtint des lords qu'ils eussent la tête tranchée 3.

1. Qe s'il voloit estre Roy, covient estre perfourne et fait. Rot. ParL m, 431 .

2. Rot. Pari. 5*41-343, 376. Dans les rôles de ce parlement il est dit avoir été condamné avec V assentiment du roi (Rolls y 243). Dans ceux de la vingt-unième année du règne de Richard, sans son assentiment, contre sa volonté et en son absence. Rolls, 376.

3. Rot. Pari, m, 243. La manière dont ces procès furent conduits ne parait pas très-conforme à nos idées de justice. L'acte d'accusation fut d'abord lu en

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