‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 28 sur 563 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la nature dos tenures ; il n'aliéna aucune propriété ; maintint, h une ou deux exceptions près , les anciens gouverneurs dans la garde des châteaux royaux ; et s'il força les plus dangereux des barons écossais de résider pendant un court intervalle au sud de la Trent, il s'engagea à les remettre en pleine liberté dès qu'il aurait conclu la paix avec le roi de France [3 sept.]. Les plus hauts offices du gouvernement furent donnés à des Anglais, sous John de Warenne, comte de Surrey, qui fut revêtu du titre de tuteur du royaume1.

Les insurrections réitérées des Gallois devaient avoir appris à Edouard que les serments de fidélité arrachés à un peuple conquis ne répriment que faiblement l'amour de l'indépendance. Mais il comptait plus sur les "craintes que sur la conscience des chefs écossais [1297].lLa rapidité de sa conquête avait prouvé la supériorité de sa puissance, et il jugea avec raison que les peines réservées à la trahison contiendraient dans le devoir tout homme dont la famille était en possession de propriétés et d'honneurs. A la vérité, l'Ecosse a cette époque dut peu aux efforts de ses nobles : ce fut un individu obscur ,.le plus jeune iils d'un gentilhomme campagnard, qui alluma et entretint la flamme du patriotisme écossais. Les historiens conjecturent que William Wallace était né dans le voisinage de Paisley ; ils affirment que ses hostilités contre les Anglais vinrent plus de la nécessité de sa propre ' conservation que de l'amour de son pays. Il avait commis un meurtre ; pour éviter les poursuites de la justice, il s'enfuit dans les bois ; et il y fut rejoint par des hommes dont la destinée était semblable , et qui cherchaient a échapper au châtiment de leurs crimes ou avaient refusé de jurer fidélité au conquérant [mai] . D'abord ils subsistèrent par des déprédations nocturnes : le succès augmenta leur courage et multiplia leur nombre ; et une heureuse rencontre, dans laquelle William Heslop, shériff de Lanarkshire, fut tué, donna de la célébrité au nom de Wallace. Il existait un autre chef de proscrits, sir William Douglas, qui avait été fait prisonnier à Berwick, et avait reçu la liberté et la restitution de ses biens de la générosité d'Edouard. Il se joignit à Wallace

1. Rym. ii, 723, 727, 731. Heming. 103, 118. Ford, xi, 27. Boniface VIII semble ne pas avoir approuvé cette conquête. Dans une lettre au roi, il l'exhorte a ne point écouter les suggestions de gens dont l'intérêt est de l'entraîner dans des guerres; et il ajoute que, quoiqu'il possède maintenant l'Ecosse injustement, il (le pape) tâche, comme il l'en a déjà informé, de l'obtenir ponr lui justement, sans diminution de sa réputation ou danger pour son salut. Ryra. n, 804. Je ne lHiis découvrir le sens de cette énigme.

3(i HISTOIRE D'ANGLETEhKE.

dans une tentative pour surprendre à Scone le justic ier en chef Ormesby, qui perdit ses trésors, niais dut son salut h la précipitation de sa fuite1. Animés par leur exemple ou poussés par des motifs semblables, d'autres chefs indépendants se soulevèrent dans différents comtés, attaquèrent les Anglais et les partisans des Anglais partout ou ils purent le faire avec l'espoir de l'impunité, massacrèrent tous ceux qui tombèrent dans leurs mains, et forcèrent leurs compatriotes a combattre sous leurs étendards. La naissance et les progrès de ces nombreux partis avaient été vus avec une secrète satisfaction par le grand maître de l'Ecosse et par Wisheart , évêque de Glasgow, qui résolurent de les réunir en un seul corps, et de donner à leurs efforts une direction commune. Se déclarant les défenseurs dê Tiutlépendance écossaise , ils invitèrent les différents chefs à se rallier autour d'eux ; et Wallace, Douglas, sir Alexander Lindsay, sir Andrew Moray et sir Richard Lundy obéirent à la sommation. Le plus jeune Bruce, comte de Carrick, fut invité a soutenir leur cause. Il ne savait à quoi se décider. Quel que fût le parti qui réussît, il pouvait gagner ou perdre une couronne.- D'abord il se rendit a Carlisie, renouvela son serment de fidélité a Edouard, et ravagea les terres de sir William Douglas ; puis il changea d'avis , tenta en vain la . lidélité des habitants del'Annandale, et se rendit en hâte avec les siens au camp des patriotes 2.

Edouard avait alors entrepris de recouvrer la Guienne ; et il ne put être détourné de son dessein par le danger de perdre l'Ecosse. Il nourrissait l'espoir que son lieutenant serait en état de dompter les insurges : il était convaincu qu'à son retour il pourrait aisément reconquérir tout ce qui aurait été perdu. Le gardien et le trésorier étaient en route pour venir conférer avec le roi, lorsqu'ils reçurent l'ordre de rassembler les forces des six comtés du nord de l'Angleterre, et de rétablir l'autorité royale en Ecosse. On forma deux armées, l'une sur la côte de l'est, l'autre sur* celle de l'ouest, dette dernière , sous les ordres de Henri, lord Percy, et de sir Hobert Clifford, découvrit les Ecossais près d'irvine , sur la rive droite de la rivière. Mais l'ardeur des patriotes avait été refroidie par les dissensions de leurs chefs : et sir Richard Lundy aban-

1. Fordun, xi, 28./\Valsing. 70. Erat quidam latro publiais, Willelmus Wnleyx nominc, qui multis temporibus exulaverut... jactus est quasi princeps contra. Ifuic Willelmus Douglas... latro latroni sociatur. Heming. 118, 119.

2. Knvght, 2513, 2514. Walsing. 70. Cmu episcopo Glasguensi et senescallo Scothequi tnt'ius malt fabriratoresextiteruot, eonfœderatusost. Heming.118,119.

(iHAPITKË PRBMIEK. 37

donna une causo qui, iit-il observer, no pouvait prospérer longtemps, puisque la discorde y régnait. Sa défection ouvrit la plus sombre perspective aux autres commandants ? Bruce , le grand maître, Tévêque, Lindsay et Douglas se hâtèrent de capituler [9 juillet], pour sauver leurs vies, membres et propriétés; et signèrent un papier dans lequel ils reconnaissaient leur faute, promettaient satisfaction , et se chargeaient d'user de leur influence pour pacifler le pays. Wallace et Moray, qui n'avaient rien à perdre, n'étaient pas compris dans la capitulation; et cette circonstance accrut leur popularité parmi les simples soldats, qui désapprouvaient la pusillanimité de leurs chefs. La majeure partie de l'armée les suivit dans leur retraite au delà du Fnth ; et beaucoup de seigneurs, qui faisaient parade de loyauté, encouragèrent secrètement leurs tenanciers à se joindre aux insurgés».

Le roi avait déjà fait voile pour lo continent , et Warenne, avec une armée nombreuse, avait atteint la ville de Stirling. Wisheart et Douglas , hors d'état de remplir leurs engagements , se rendirent volontairement aux Anglais ; mais le grand maître et le comte de Lennox amusèrent le tuteur du royaume au moyen d'une prétendue négociation, jusqu'à ce que Wallace et Moray eussent assemblé toutes leurs forces derrière les montagnes des environs de Gambuskenneth. Ils Tirent alors la réponse que les insurgés ne voulaient admettre aucune condition qui n'assurerait pas l'indépendance nationale , et ils promirent de rejoindre l'armée royale le lendemain matin avec une suite do quarante chevaliers. Ce malin-là [10 sept.], Warenne, contre l'avis de Lundy, ordonna aux Anglais de traverser le Forth sur le pont, qui était si étroit qu'il n'y pouvait passer de front que deux hommes armés. Wallace épiait leurs mouvements à distance ; et dès qu'il vit environ cinq mille cavaliers et fantassins sur la rive gauche de la rivière , il ordonna aux siens de descendre des hauteurs et d'anéantir leurs ennemis. Warenne, ne pouvant envoyer du secours, fut forcé de rester sur la rive droite, spectateur oisif du massacre de ses gens. Tous ceux qui avaient passé le pont, à très-peu d'exceptions près, tombèrent sous le glaive ou périrent dans la rivière. Au nombre des tués, fut le trésorier Cressingham ; et les Ecossais, pour montrer la haine qu'ils portaient à cet homme , écorchèrent son cadavre , et firent de sa peau des courroies pour leurs chevaux. Ce désastre imprévu rompit tous les plans du tuteur. L'armée de

1. Rvra. iî,7H. Km ght. 2515, 2516. Wnkinp. 70. Heminfr. 122-124. Trivi-t/300.

Page 1