‹ Histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 287 sur 563 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

retira en France : le pape, après quelques négociations avec Richard, le transféra, probablement h son insu, au siège de Saint- Andrews ; et Roger Walden, doyen d'York et trésorier de la maison du roi, lui succéda dans l'archevêché de Canterbury l.

Le comte de Warwick fut ensuite amené à la barre de la chambre [28 sept.]. Il s'avoua coupable ; mais la sentence de mort fut commuée en exil, et on lui assigna l'île de Man pour résidence. Le lord Cobham fut convaincu aussi sur l'accusation des communes, et condamné à passer le reste de sa vie dansl'île de Jersey. Le lord Morlimer, qui s'était réfugié dans une des tribus irlandaises, fut mis hors la loi 2.

Quel que pût être le but de Richard , que ce fût sa sûreté ou sa vengeance, il faut avouer que la marche suivie dans ces procédures fut illégale et injustifiable. Le roi viola non-seulementles pardons qu'il avait accordés autrefois, mais les termes de la proclamation qu'il venait de publier. D'un autre côté, le concours des princes du sang est une forte présomption qu'il y avait eu quelque chose d'extrêmement criminel et dangereux dans la conduite de Gloucester. Ses neveux, les comtes de Somerset et de Rutland, étaient deux de ses accusateurs; ses frères, les ducs de Lancaster et d'York, prirent part h sa condamnation; et le premier prononça même contre lui la sentence de trahison. Pouvons-nous supposer qu'ils se seraient tous unis de la sorte pour déshonorer et punir leur propre sang, s'ils n'eussent été influencés par un autre motif que le ressentiment du roi pour une offense commise et pardonnée dix ans auparavant3?

1. Rot. Pari. 851. D'après un document qui se trouve dans Wilkins (Con. m, '23-2), et qui, s'il est authentique , doit avoir contenu les instructions du roi à ses envoyés, il paraîtrait que Richard trouvait Saint-Andrews trop près de l'Angleterre. On voit néanmoins dans Rvmer, vin, 31, qu'il consentit à la translation.

2. Rot. Pari. .'379-382. Cobham fut condamné en janvier. Je fais mention de lui maintenant, afin que toutes les condamnations passent à la fois sous les veux du lecteur.

3. Je crois avoir découvert quelques traces d'inimitié entre le duc de Lancaster et le parti du duc de Gloucester avant cette époque. Dans le parlement de

, 1391, le comte d'Arundel , intime ami de Gloucester, dit au roi que certaines choses lui pesaient tellement sur le cœur, qu'en conscience il ne pouvait les lui cacher : 1" Que le duc de Lancaster se promenait souvent bras dessus bras dessous avec le roi, qui même portait sa livrée : 2° qu'au conseil le duc par sa hauteur empêchait les autres de donner leur opinion; 3° qu'il avait obtenu le don de la Guienne au préjudice du roi ; 4" qu'il avait reçu trop d'argent pour son voyage en Espagne ; ;V que sa conduite dans les négociations relatives à la paix était bldmable Richard justifia son oncle; et par arrêt du parlement, Arundel fut obligé de faire au due l'excuse suivante : « Sire, puisquil semble au roi et aux v autres lords, et de plus, puisque vous êtes si fort mécontent et fâché de mes » paroles, je les rétracte, et je supplie votre bonne seigneurie de me tenir quitte * de votre mawtalent ressentiment). » Rot. Pari, m, 313, 314.

Il est à remarquer que plusieurs pairs qui siégèrent et votèrent dans ce parlement, avaient pris part aux actes mômes que Ton taxait maintenant de trahison. Le duc d'York, l'évôque de Win- chester et Richard Scrope, avaient été membres de la commission de Gloucester; les comtes de Derby et de Nottingham avaient été deux des cinq qui avaient accusé de trahison les favoris du roi. La condamnation de leurs anciens compagnons ne pouvait manquer d'éveiller en eux les plus sombres appréhensions; et après ce qui s'était passé, l'expédient auquel ils eurent recours n'était pas fait pour leur rendre la sécurité. Richard déclara en plein parlement que, bien que les trois premiers eussent été nommés de la commission, ils s'étaient toujours conduits en fidèles et loyaux sujets; et que les deux derniers, quoiqu'ils se fussent d'abord laissé tromper par les fausses raisons de Gloucester, avaient donné une preuve convaincante de leur loyauté en l'abandonnant et en revenant à leur devoir à l'instant môme où ils avaient reconnu sa trahison. [29 sept.] Il créa ensuite ses deux cousins de Derby et de Rutland ducs de Hereford et d'Albemarle ; ses deux frères utérins, les comtes de Kent et de Huntingdon, ducs de Surrey et d'Exeter ; le comte de Nottingham, duc de Norfolk; le comte de Somerset, marquis de Dorset; les lords Despenser, Nevil, Percy et William Scrope, comtes de Gloucester, de Westmoreland, de Worcester et de Wiltshire. Puis il prononça un pardon général dont furent exceptés ceux qui avaient pris les armes contre le roi dans la onzième année de son règne, non, toutefois, sans espoir de rentrer en grâce, pourvu qu'ils le demandassent dans un délai de huit mois. Pour donner plus de stabilité à ces mesures, il fut décrété que tramer la mort ou la déposition du roi, ou lui retirer l'hommage qui lui avait été fait, ou lever des troupes et marcher contre lui dans le dessein de faire la guerre dans l'intérieur du royaume, étaient et seraient réputés actes de trahison; que tout jugement, ordonnance ou déclaration faits dans le présent parlement, auraient à tout jamais pleine force de statuts ; que si aucun homme tentait de les modifier ou de les abolir, il subirait les peines de la trahison ; et que les lords spirituels et temporels jureraient de les observer; que leurs serments seraient enregistrés à la chancellerie ; et que les prélats excommunieraient tous ceux qui, en public ou en particulier, agiraient contre. Le dernier jour de la session, les pairs prêtèrent serment; à la requête du roi, les membres des communes étendirent la main droite pour montrer qu'ils le prêtaient

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